Dimanche 5 juillet 2026– 14e dimanche du temps ordinaire – Mt 11, 25-30
Quand on prend le temps de regarder le contexte, on voit que dans le chapitre 10 de Matthieu, Jésus a envoyé ses disciples en mission : « Ayant fait venir ses douze disciples, Jésus leur donna autorité sur les esprits impurs… » (Mt 10, 1), en les invitant à se préparer pour faire face aux difficultés qu’ils vont rencontrer dans leur mission : « Voici que moi, je vous envoie comme des moutons au milieu des loups ; soyez-donc rusés comme les serpents et candides comme des colombes… » (Mt 10, 16)
Puis voilà qu’il s’adresse à tous ; à nous : « Venez à moi vous tous qui peinez, qui êtes chargés, et moi, je vous reposerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cœur. Et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est bienfaisant, et ma charge, légère. » (v. 28-30)
Il veut faire de nous ses disciples : il nous convie à venir à Lui, nous tous qui peinons sous le poids du fardeau. À son école, il nous donnera le repos par rapport à ce fardeau et nous proposera son joug, plus léger…
Une belle image, mais concrètement, dans nos vies, que peut-elle signifier ?
Dans la tradition juive, l’image du « joug de la Loi » existe : elle dit le lien étroit de l’être humain avec le Dieu de l’alliance, un lien qui peut être vécu avec joie (Siracide 51,26-27), mais qui peut être brisé aussi par le refus humain (Jérémie 2,20 ; 5,5).
En effet, le joug, c’est ce qui joint deux objets ou deux être ensemble. Mais on peut aussi peut-être penser que c’est le fardeau si lourd que font peser sur les épaules des humbles ceux qui s’approprient la Loi au lieu de la voir comme un don et qui, à l’époque, multipliaient les obligations : Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens, alors qu’eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt (Mt 23, 4).
Ne correspond-il pas également, pour les contemporains de Jésus comme pour nous maintenant, aux peines et aux difficultés de la vie, vécues dans la solitude souvent ? Alors ce que Jésus propose à ses disciples pour créer un lien entre les hommes, c’est aimer Dieu, nous aimer les uns les autres, aimer simplement, en vérité. C’est ce que son enseignement – dont Matthieu commence le récit par les béatitudes (Mt 5, 1-16) – nous apprend à faire. Ce « joug » est léger car il aide à traverser les épreuves de la vie !
Ce « joug » paraît léger mais il n’est pas si facile à porter cependant… L’amour est si facilement perverti, détourné de son but, ou parfois refusé ! C’est à travers les récits des paraboles et son enseignement que, appelés à être disciples, nous nous familiarisons avec ce à quoi le Christ nous appelle.
Le cheminement avec l’évangile s’inscrit dans la réalité de nos histoires, de nos fardeaux quotidiens, maladies, souffrances, précarité, deuils, mais aussi querelles et ruptures… Jésus y répond par un amour inconditionnel, proposé à tous, qui invite à une autre façon de vivre nos existences parfois cahotantes, et qui ne nous dispensera jamais de chercher à connaître et intérioriser ses paroles.
Nous avons à l’incarner aujourd’hui dans nos comportements et notre langage pour être compris autour de nous si nous ne voulons pas tomber dans un travers déjà dénoncé, l’hypocrisie religieuse. Jésus l’énonce lui-même en reprochant à Jérusalem de ne pas s’être convertie (« au jour du Jugement, le pays de Sodome sera mieux traité que toi » – Mt 11,24).
Multiplier les obligations rituelles, édicter des jugements sévères, employer un vocabulaire et des formules incomprises à l’intérieur même de nos assemblées, tout cela ne nous rend-il pas incohérents avec la Parole de Jésus, qui veut nous « relier » sous son « joug » de d’accueil et de bonté ?
Ce qu’il est venu dire est accessible à ceux qui écoutent et gardent dans leur vie ce souci d’aimer.
Sommes-nous capables de porter cet amour du Christ, un « joug »en effet apparemment léger, si nous le portons chaque jour ensemble avec l’aide de l’Esprit que Dieu nous donne ?