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« Il faut que le fils de l’homme soit élevé » (Jn 3, 14)

Sylvie TAMARELLE . 13 septembre 2025

Dimanche 14 septembre 2025 – La croix glorieuse – Jn 3, 13-17

La photo largement diffusée du chœur de Notre Dame de Paris après son incendie en avril 2019 est impressionnante ! Elle est semblable à un tableau avec ses contrastes de luminosité, ses acteurs, ses plans témoins de mondes différents. Deux mystères de la foi chrétienne s’y côtoient : l’incarnation de Jésus, fils de Dieu, et son élévation dans la gloire. On pourrait la croire destinée à une catéchèse ! 

L’œil est d’emblée attiré par la croix centrale, épurée, éclatante de dorure qui surplombe la scène et symbolise l’élévation dont parle Jean : « Il faut que le fils de l’homme soit élevé. » (Jn 3,14)

Puis, il descend sur la représentation de la Pieta qui forme visuellement comme un socle à la croix : Jésus, né d’une femme, gît dans les bras de sa mère, le corps lourd, abandonné. Là, terre et ciel se rejoignent : « Nul n’est monté au ciel sinon celui qui en est descendu, le fils de l’homme. » (Jn 3,13) Le plan inférieur de la photo rassemble des débris, tout ce qui est destiné à disparaitre de ce monde, et symbolise à la fois la violence destructrice et la finitude de notre humanité : « Tu es poussière et tu redeviendras poussière. » (Gn 3,19)

 

Les royautés de ce monde à travers les statues latérales de Louis XIII et Louis XIV reposent sur ce parterre instable voué à l’effacement. Le Royaume dont parle Jésus tout au long de ses trois ans de prédication n’est pas du même ordre. Il annonce un royaume de Vie, où la vie est plus forte que la mort ; et l’évangéliste Jean le scande : « Tout homme qui croit en Jésus aura la vie éternelle. » (Jn 3,16) La seule puissance qui y règne est celle d’un amour désarmant qui va jusqu’à accepter une mort ignominieuse sur la croix. Quelques anges, sombres, à hauteur d’humanité ressemblent à des témoins discrets mais impuissants face à ce chaos…

 

L’Église catholique, en ce 14 septembre, célèbre la « croix glorieuse ». Mais comment est-on passé de la croix, lieu de supplice infamant, à cette croix, signe de la gloire du Christ ? Paul le rappelle : si le Messie crucifié est scandale pour les Juifs, et folie pour les peuples païens, la crucifixion ne prend sens que par la résurrection. « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vide. » (1 Co 15,14) Et Jean l’atteste ainsi : « Ainsi faut-il que le fils de l’homme soit élevé ! » Mais pour que les représentations de la croix deviennent signe glorieux des chrétiens, il a fallu attendre la fin du IVe siècle (avec la conversion de l’empereur Constantin après sa vision d’une croix, la découverte supposée de la sainte croix par Hélène sa mère, l’abolition de la crucifixion). On est ainsi passé de la terreur inspirée par cet objet de mort à la vénération de la croix, signe du Christ sauveur : « Dieu a envoyé son fils non pour juger le monde mais pour le sauver. » (Jn 3,17)

Ce Christ en croix, qui vit la condition de tous les humains humiliés, souffrants, torturés ou injustement condamnés, n’en finit pas de nous questionner. Mais on le sait, l’amour vécu jusqu’au bout a le pouvoir de sauver, de restaurer, de relever.

Mystère inépuisable. Osons nous laisser saisir. 

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