Dimanche 28 décembre 2025 – La Sainte Famille – Mt 2, 13-15. 19-23
« On va rechercher l’enfant pour le faire périr ! »
Ainsi, dès les premières années de Jésus, une traque a commencé. À différents moments, différentes personnes vont prendre le relais d’Hérode, dit Hérode le Grand. Un de ses fils prendra sa suite et fera de la Galilée un lieu plus sûr. Ou juste un peu moins dangereux. Mais pourquoi ce lieu et ce moment particulier de l’histoire d’Israël pour cette entrée, discrète et fragile, du Fils de Dieu envoyé parmi nous, dans la chair et l’histoire humaines ? Le pays est sujet à des révoltes ; en Galilée, la fracture sociale est particulièrement forte. Autour du clan d’Hérode, on ne compte plus les assassinats : rien n’importe que le pouvoir, à conserver coûte que coûte. Israël dans quelques décennies deviendra un vrai chaudron, secoué de révoltes contre l’occupant romain et le pouvoir local.
Mais, en fait, a-t-il existé un autre moment qui aurait été bien plus judicieux pour que Jésus y grandisse, puis agisse pour le salut du monde ? Quel lieu, quel moment de l’histoire peuvent prétendre à une paix véritable entre les humains, et se trouver capable d’accueillir le prophète d’un Dieu des pauvres et des petits ? Les Écritures sont claires : les prophètes sont mal venus, mal acceptés, et la tradition populaire à l’époque de Jésus veut que tous les prophètes meurent assassinés. N’est-ce pas vrai encore de certains prophètes de notre temps ? Dit autrement, lorsqu’un prophète se manifeste publiquement, quels sont ceux qui, finalement, ne le rejetteraient pas, et ne le condamneraient pas à mort ?
Joseph et Marie ont-ils raconté à l’enfant les péripéties de ses premières années ? L’invitation par un messager du Seigneur à fuir en Égypte pour échapper à Hérode puis celle à revenir en terre d’Israël, par exemple ? Et lui ont-ils dit régulièrement : « Sois prudent » ? Les a-t-il écoutés ? Un jour, il suffira d’une parole prononcée dans une synagogue pour que les assistants le poussent au dehors sans ménagement et veuillent le faire périr (Lc 4,29). Et ce sera récurrent. Dès que Jésus s’affichera, il s’en trouvera qu’il incommode, insupporte par ses paroles, ses actes, son attitude, suffisamment pour qu’on lui jette : « Qui es-tu pour faire, pour dire cela ? » (Mt 21,23). Même si une foule le suit, ici ou là au point de l’acclamer, même s’il trouve des amis pour cheminer avec lui, il semble que la mort rôde. Et il le sait : « Jérusalem, toi qui tues les prophètes… » (Mt 23,37) Et il va pourtant monter à Jérusalem, au cœur battant de la foi juive, pour dénoncer la transformation du Temple, la maison de prière du Père, en « caverne de brigands » (Mt 21,13) ! « Eh bien allons-y et mourrons avec lui ! » déclare bravement un de ses amis (Jn 11,18). La traque…
Une histoire ancienne ? Mais également une histoire d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Jésus est-il le bienvenu ? Constatons qu’il ne l’est pas toujours au sein même de nos vies, telles que nous les menons. Peut-être trouvons-nous commode qu’il s’éloigne, vers l’Égypte ou ailleurs, le temps pour nous de ‘faire nos affaires’. Ce qui revient alors à l’empêcher de planter ses racines, c’est-à-dire l’empêcher de s’incarner ? Et quel signe lui donnera-t-on pour qu’il puisse rentrer au pays, notre pays ?