« Après avoir chanté, les Psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers » (Mc 14,26).
Jésus et ses amis ont prié les Psaumes. Et la prière des Psaumes a accompagné les Juifs tout au long de leur histoire, dès avant l’exil à Babylone et jusqu’après Auschwitz ! En monde chrétien, les Psaumes ont été commentés par les Pères de l’Église grecs et latins, chantés par les moines et les moniales jusqu'à aujourd’hui ; ils sont aussi la prière quotidienne de nombreux croyants, qui y trouvent les mots pour dire leurs souffrances et leurs joies, leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs certitudes, et continuer à parler quotidiennement avec le Dieu toujours plus grand qu’on ne peut imaginer.
Mais d’autres, tout aussi sincères, butent sur les Psaumes et n’y entrent pas. Ces textes ne leur « parlent » pas, et leur restent étrangers pour des raisons multiples : la distance culturelle et l’arrière-plan historique, plus ou moins légendaire, des grands récits d’Israël, ou encore une sagesse ancienne sans accroche contemporaine, des représentations de Dieu multiples, contradictoires et parfois trop anthropomorphiques (« une fumée sort de ses narines… »), le
caractère très concret des émotions dont l’expression emprunte à toutes les parties du corps et aux différents sens, un excès peu vraisemblable dans l’accumulation des malheurs, une outrance ,enfin et surtout une violence souvent choquante à l’égard de l’adversaire personnel ou des ennemis politiques…
Comment prier avec cet ensemble qui reste opaque ?
Nous vous proposons d’entrer dans le Psautier en nous laissant guider par la méditation du très grand bibliste que fut Paul Beauchamp, et en lisant son livre, Psaumes nuit et jour, datant de 1981, mais toujours réédité et lu.
L’auteur reconnaît d’emblée qu’une initiation est nécessaire pour entrer dans les Psaumes, et il commence par poser les questions qui souvent nous taraudent : pourquoi aller chercher la prière d’un peuple ancien, les enfants d’Israël devenus les Juifs, alors que nous sommes chrétiens du 21ème siècle ?
Que faire de ces vieux textes, qu’ont-ils à dire à un monde entièrement différent ?
Nous les lisons peut-être, répond l’auteur, pour y entendre « un peuple qui a su parler comme témoin de toute l’humanité ». Le cri des Psaumes qui se veut plus fort devant Dieu que la mort, nous vient de loin. Et ce qui peut l’entendre, n’est-ce pas ce qu’il y a d’humanité en nous ? Des cordes profondes que les Psaumes viennent faire résonner. Ceci, sans effacer jamais tant d’autres manières de prier…plus récentes ou plus anciennes encore !
Mais pour Paul Beauchamp les Psaumes invitent les chrétiens à replonger dans les racines premières de leur foi que nul ne peut renier, la foi juive au Dieu unique, pour y trouver une nouveauté inouïe, et ainsi rendre plus lumineux ce qu’eux-mêmes croient.
On y trouve l’alternance fondatrice entre la supplication (la peine, le malheur, les souffrances) et la louange (la joie, l’admiration, les beautés de la vie et du monde). On y trouve l’aller-retour entre la prière personnelle, centrée sur soi, ce que l’on éprouve et vit, et la plongée dans les beautés et les splendeurs du monde, entre la solitude et l’appui de la vie commune d’un groupe de croyants…
On y trouve surtout une incroyable réalité d’incarnation ! Tout chez le psalmiste passe par le corps et les sens, et à ce titre, ce qu’il dit consonne avec la redécouverte contemporaine de l’unité profonde de l’être humain :
« Mon être a soif du Dieu vivant… je suis une terre aride, altérée, sans eau » ! (Ps 63).
Ce que les Psaumes affirment aussi, c’est qu’il y a toujours un « toi » auquel on peut s’adresser, un « toi » vers lequel on peut crier, un « toi » qui pourra répondre à la parole du suppliant. C’est le fondement d’une espérance inébranlable. Celui qui prie n’est jamais seul. Le silence qui parfois s’abat sur lui se fissure un jour pour laisser place à une oreille qui écoute, à un cœur qui accueille et qui vibre.
Ce « toi » peut prendre divers noms, le Seigneur, Dieu, le défenseur, le libérateur, le rocher, la forteresse…
Une chose est sûre, il est fidèle et l’être humain peut compter sur lui. Et jusque dans la mort, malgré elle et peut-être au-delà, le cri du psalmiste est relayé par le chant de louange de l’assemblée des frères ; si bien que le lien avec le Dieu fidèle n’est jamais rompu, la parole jamais définitivement interrompue.
Nous lirons pas-à-pas le livre dense de Paul Beauchamp, des chapitres brefs qui donnent toujours à méditer. Sur lesquels parfois, il faudra nous expliquer. Beauchamp offre parfois des « os » que l’on peut ronger longtemps, et que la vie quotidienne soudain éclaire.
Et chaque fois, comme il le suggère, nous nous pencherons sur un ou deux psaumes caractéristiques.
Nous les lirons ensemble, et en échangeant car ils invitent au dialogue, ce que Paul Beauchamp excelle aussi à faire ! La prière des Psaumes est d’abord une prière partagée par d’autres et avec d’autres.
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Roselyne Dupont-Roc