Dimanche 30 novembre 2025 – 1er dimanche de l’Avent – Mt 24,37-44
Jésus attendait-il la venue proche du Règne de Dieu, précédée, selon le livre de Daniel, de celle d’un personnage humain qui arrive dans la gloire, le Fils de l’homme ? Ses disciples se demandèrent très vite s’il n’était pas lui-même ce Fils de l’homme à qui tout devait être remis par Dieu. Mais à quoi servent donc de telles spéculations, sinon à faire naître ou à entretenir des peurs obscures et manipulées ?
Inutile de parier sur un avenir douteux, que nul ne peut connaître. Et qui peut savoir l’heure de sa mort ? L’un est pris, l’autre laissé… Jésus nous entraîne ailleurs : il appelle vigoureusement à ne pas se laisser détourner de l’événement principal de nos vies qui est notre rencontre avec le Christ, l’Envoyé de Dieu, rejoignant et révélant la part divine qui est en chacun de nous. Il y faut une vigilance constante et un discernement exercé : savoir le reconnaître en toute rencontre, quelle qu’elle soit, avec celui qui prend l’apparence du cambrioleur, ou celui qui nous attend après notre mort ; reconnaître notre Seigneur dans l’autre et jusque dans le petit et dans l’étranger. Jésus rappelle que sa Bonne Nouvelle n’est pas seulement celle de sa venue, mais celle d’un salut qui a sauvé Noé, et à travers lui toute l’humanité. Le projet de Dieu est à la foi un projet de salut individuel et de salut collectif : le sauvetage d’un seul homme sauve toute l’humanité, comme le don de soi consenti d’un seul homme sanctifie tous ceux qui méditent les récits de la Passion.
À cette proposition, nous faisons bien souvent obstacle : l’obsession de nos occupations quotidiennes, de notre souci de nous-même obscurcit notre regard, et nous empêche d’y trouver les traces de la présence divine au plus intime de chacun de nous et de son action. L’indifférence à ce qui n’est pas nous ferme la voie à l’appel de celui que nous côtoyons sans même le regarder. L’obstacle est en nous-même !
Que peut y faire la foi en Jésus Christ ? Comment peut-elle percer notre cuirasse ? Rien ne se voit de l’extérieur. Et pourtant il y a le regard intérieur, la présence discrète en nous de celui qui est le Fils de l’homme, pleinement fils de Dieu, pleinement fils de l’humain. Il ne s’agit pas alors de manifester bruyamment notre attachement à une « religion », mais de laisser une place en nous à celui dont la présence va radicalement transformer la portée de notre quotidien et lui donner une capacité à « bien » agir. Être prêt à tout instant à lui laisser le champ libre pour parler, nous taire, agir ou être là. Être prêt à tout instant à accueillir ce qui surgit d’inattendu et qui nous requiert. Être prêt à tout instant à aimer, il y a urgence ! Veillez donc, dit Jésus, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient !