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C’est en lisant « le Dimanche de Bouvines » de Georges Duby que j’ai mieux compris le cadre culturel et le mode de pensée qui est encore aujourd’hui celui de l’institution ecclésiale. Ce peut être une explication du comportement actuel des évêques.

​Il s’agit moins de l’histoire de ce dimanche de juillet 1214 que de celle de son souvenir à partir des chroniques qui l’ont relaté et notamment celle de Guillaume le Breton. Cette bataille, ses préparatifs, son déroulement et ses conséquences sont racontées. Philippe le roi prêtre s’offrait en victime pour accomplir le sacrifice qui sauve la nation.

Un homme mis à part, ayant reçu une onction sacrée, est responsable du salut de tous. Dans un moment décisif, il remet son pouvoir entre les mains de ses pairs qui le légitiment plus encore. Puis « L’oint du Seigneur » appelle la bénédiction de Dieu sur les siens et il partage avec eux le pain et le vin avant de s’offrir lui-même, dans l’âpreté des combats en sacrifice. Sacrifice offert au nom de la défense de la primauté et de l’honneur de l’église contre le monde incarné par l’empereur excommunié Otton dont la harangue avant le combat est tout enflammée par l’esprit de réforme.

Mais cette liturgie eucharistique s’accomplit dans les règles. Le clivage entre « les gens de
pieds » et les chevaliers, entre le commun et les « consacrés » est essentiel. Ce sont les
chevaliers et eux seuls, qui sauveront le roi tombé à terre alors que l’armée d’Otton se distingue par l’importance de ses « piétons ».

Sur le champ de Bouvines, deux conceptions de la vie ecclésiastique s’affrontèrent.
Aujourd’hui encore, nous avons pu le constater, c’est le même schéma de pensée en vigueur, avec par exemple, l’incompréhension structurelle de la pédo-criminalité des clercs par les évêques.

En 1214, le cadre de référence, c’est l’onction qui seule donne la légitimité, le clivage entre les consacrés (les chevaliers vassaux du roi prêtre) et les laïcs (gens de pieds indignes de célébrer le sacrifice salvateur), le rapport au monde perçu comme le combat légitime et salvateur de l’église pour rétablir contre l’esprit du monde, l’harmonie originelle.
Toute ressemblance avec la conception de l’église que s’en font ses clercs est tout sauf
fortuite.


Que peut encore nous dire aujourd’hui une église qui se pense elle-même comme on se pensait au XIII° siècle ?
 

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