Dimanche 23 février 2025 – 7e dimanche du temps ordinaire – Lc 6, 27-38
« Mais je dis à vous qui écoutez : aimez vos ennemis. » (v. 27). Ou, au plus près du grec, « agapez vos ennemis. »
Le vocabulaire grec est clair :
- Jésus n’invite pas ses disciples – ceux qui l’écoutaient alors, et nous, lecteurs de l’évangile aujourd’hui – à devenir amis de leurs ennemis, comme l’emploi systématique dans les traductions (pour éviter un néologisme ?) du verbe « aimer » peut le laisser entendre. L’agapé[i] est le terme utilisé dans la Torah par les Septantes pour nommer la relation à laquelle Adonaï invite les hommes, par exemple en Dt 6, 5, « tu agaperas Adonaï ton Élohim », et en Lv 19,18, « agape ton compagnon comme toi-même » ; il est utilisé dans l’évangile de Jean pour la relation de Jésus avec ses disciples et avec son Père, et pour celle à laquelle Jésus invite ses disciples par son enseignement : « Une instruction nouvelle je vous donne afin que vous vous agapiez les uns les autres selon que je vous ai agapés afin que aussi vous agapiez les uns les autres. » (Jn 13, 34) ;
- les ennemis dont il est question ici ne sont pas des ennemis avec qui le disciple est en guerre, mais des personnes qui lui veulent du mal, qui le haïssent dans la vie quotidienne. Ainsi que le montrent les exemples donnés par Jésus pour illustrer son propos, il est question ici de l’attitude du disciple lorsqu’il est confronté à des comportements inamicaux et violents : détester, maudire, calomnier, frapper, voler (v. 28-30).
Agaper ceux qui nous veulent du mal, ceux qui se détournent de l’enseignement de la Torah et de celui des Évangiles, ceux qui font fausse route et agissent comme tels. Je n’entends pas cette invitation comme une invitation à nier ou à cautionner la violence de l’acte commis, ni comme une invitation à donner raison à celui qui commet cette violence. Mais au contraire je l’entends comme une invitation à ne pas alimenter – et peut être réussir à briser – le cycle de la répétition de la violence qui répond à la violence, ce cycle infernal qui enferme ceux qui s’y laissent prendre. Comme une invitation à ne pas enfermer dans ses comportements mortifères le compagnon qui fait fausse route et ne choisit pas la vie comme il y est invité : « La vie et la mort, je les donne en face de vous, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que tu vives, toi et ta semence. » (Dt 30, 19).
« Et comme vous désirez que fassent pour vous les hommes, faites de même pour eux… Agapez vos ennemis, faites du bien. » (v. 31-35) Ne pas alimenter le cycle de la violence ne suffit pas. Nous sommes également invités à établir avec chacun – y compris avec ceux qui font fausse route – des relations d’agapé bienveillantes, basées sur la juste conscience et l’absolu respect de l’identité et de la dignité, pour soi et pour l’autre, qui aident chacun à délier ce qui le détourne de l’haleine de Vie insufflée par Élohim dans les narines de l’Adam (Gn 2, 7).
« Et vous serez fils du Très Haut » (v.35) : l’objectif qui nous est proposé ici est clairement prophétique. Le chemin pour y parvenir… À chacun de le découvrir en travaillant personnellement les Écritures pour ne pas faire fausse route et discerner comment traduire sa vie spirituelle dans une vie sociale fondée sur la mise en pratique de l’enseignement de la Torah et de celui des Évangiles.
[i] Le grec dispose de quatre mots pour désigner différentes nuances de l’amour : l’amour entre époux, la passion, l’amitié, et l’agapé.