Lectures correspondant à la FDR N°1
P. Beauchamp, 1ère partie, Les Psaumes et nous, p. 19-57
Psaume 40 (39 Septante)
I-Lecture de Paul Beauchamp, p.19-57
Nous commençons par 5 petits chapitres très denses, dans lesquels il faut avancer pas à pas !
1- Ouvrir le livre : Paul Beauchamp se veut pédagogue. La distance culturelle entre nous et le monde des Psaumes est immense, il le sait, et il faut beaucoup apprendre pour tenter de la combler. Mais il propose ici que nous apprenions au fur et à mesure de la lecture.
Cela me semble possible, mais à une condition : ne jamais cesser de se poser des questions, d’interroger le texte, ne jamais projeter sur lui ce que nous croyons savoir « déjà » !
Et pour commencer : que signifie le verset 11 du Psaume 77 (76)
« J’ai dit, une chose me fait mal ;
la droite Très Haut a changé » ?
Pourquoi Dieu n’agit-il plus dans notre histoire, alors que la tradition d’Israël ne cesse de commémorer la sortie d’Egypte, le salut à travers la mer et les exploits de Dieu pour son peuple ?
Qui en souffre ? le psalmiste avant nous. Mais qui est le psalmiste ? le nom de David est emblématique : le roi choisi qui a dansé devant Dieu, le roi coupable qui a tué un général pour prendre sa femme, le roi magnifique et si faible. Il représente tout un peuple. Et le psalmiste est la figure qui prend en charge ce peuple, dans un cri solitaire et solidaire. Ne pourrions-nous pas en faire partie ?
P. Beauchamp trouve alors la raison de cette participation dans la bénédiction biblique d’Abraham pour toutes les nations en Genèse 12,3.
Le fil rouge qui nous relie au Psalmiste part d’Abraham, passe par David, puis par Jésus le Christ pour nous atteindre enfin, quand nous nous mettons en quête de Dieu.
Or, ce à quoi le psaume 77 (et tant d’autres) nous fait participer, c’est à une actualité de crise.
Crise toujours actuelle, parce que les Psaumes ne se contentent pas de nous raconter des vieux récits de salut, des histoires merveilleuses, ils nous racontent les lendemains, la désillusion, l’expérience de l’absence de Dieu et de son silence. Et constatent :
Ps 77, v.5 « je me trouble, incapable de parler » !
Les psaumes dits de supplication nous rejoignent : les récits appris de la tradition, ceux du « catéchisme », nous les avons reçus, nous pouvons les redire… mais ce ne sont que des mots…
Où en est la réalité ?
Un jour, le malheur a submergé Israël, aux récits des pères ont succédé les cris des fils, que les Psaumes nous font entendre. Un jour le malheur nous submerge, et nous pouvons nous associer au cri des fils.
Un cri qui nous invite à relire et à revivre les récits du passé, l’Exode, le leur, le nôtre, pour entrer dans des chemins nouveaux, dont « nul ne connaît la trace », mais par lesquels Dieu nous conduira.
2-Prière de tous en un seul
Il est facile de constater à quel point le danger et les malheurs sont présents dans les Psaumes.
Dès les premiers textes, « pour lui, pas de salut auprès de Dieu » (Ps 3) ; la mort rôde, omniprésente.
Mais c’est parce qu’il a vécu une expérience extrême de danger et la proximité de la mort, que le psalmiste peut parler à tous les humains.
L’expérience des Psaumes est radicale, peut-être l’est-elle trop pour nous ?
Mais quiconque a, une fois dans sa vie, rencontré le malheur, en garde l’expérience marquée dans son être ; tout être humain d’ailleurs est marqué d’avance par la mort. Toute existence humaine l’est par la fragilité. Et, tôt ou tard, chacun peut de ce fait entendre la radicalité des Psaumes.
Certes, les expériences décrites sont extrêmes, mais il y a eu et il y a des gens qui les vivent.
Les Psaumes disent la réalité d’un monde qui souffre, avec un déplacement : au lieu de prier « pour », ceux qui souffrent, ils proposent de dire « Je » à leur place, d’entrer dans le drame de l’humanité aujourd’hui.
Se laisser habiter, envahir par la prière des malheureux, c’est élargir notre cœur et se laisser envahir et transformer par eux. Parce qu’ils disent le drame de l’humanité, et peut-être le nôtre, ces mots nous mettent en question ; ils nous appellent vers les éprouvés.
Mais comment des mots si lointains peuvent-ils nous rejoindre ?
Pour Israël, la promesse crée une solidarité qui dépasse le peuple, et atteint toute l’humanité.
Les chrétiens ont appris de Jésus Christ que l’humanité forme un seul corps dont il porte le cri qu’il a fait sien. Au nom de Dieu, Jésus « a scellé en lui l’unité de toutes les souffrances humaines ».
Beauchamp conclut que le « je » des Psaumes « est celui de Jésus Christ, mais il n’en chasse personne ». Au contraire il s’efface pour attirer en eux et laisser son Esprit à ceux, quels qu’il soient, qui veulent entrer dans les mots des Psaumes.
Parler d’inspiration, c’est parler du souffle qui fait vivre, celui de l’Esprit ; portés par l’Esprit, ceux qui lisent les Psaumes comprennent qu’ils sont passages avec d’autres, avec tous les autres, de la mort à la vie. De la nuit au réveil.
3-Terre épaisse des Psaumes
Parmi les points de perplexité que suscitent les Psaumes, P. Beauchamp en retient deux, qui irritent souvent les chrétiens :
-Pourquoi le psalmiste dit-il si souvent qu’il est juste ?
-Pourquoi a-t-il des paroles si dures contre ses ennemis ?
Tout le contraire des conduites souvent attendus d’aveu de ses propres faiblesses et de pardon des ennemis.
1-La prétention du psalmiste (« jamais mon pied n’a trébuché » 17,5) rejoint celle du pharisien de la parabole de Luc 18,11. Quelle est la différence ?
Le pharisien de Luc s’érige en juge des autres (« comme ce publicain »), tandis que le psalmiste est le plus souvent du côté des accusés. Alors que, comme Job devant le Satan, l’Accusateur, le psalmiste plaide sa défense.
Que signifie pour nous cette figure de l’accusation ou de l’Accusateur ?
P. Beauchamp constate un « point faible » des chrétiens (ou de l’enseignement traditionnel de l’Eglise) : le penchant à la culpabilisation et l’invitation à avouer ses fautes, pour y trouver un soulagement et un progrès. Et il s’interroge : ne serait-ce pas le point par lequel se glisse le Satan-Accusateur en nous ? Se dire trop volontiers pécheur n’est-ce pas une façon de prétendre à sa propre justice ? « Un moi ‘juste’ imaginaire bien vivace persécute en nous le moi ‘pécheur ». Le vrai péché n’est-il pas dans l’orgueil secret du moi ‘juste’ ?
En réalité, pour se dire « pécheur » en vérité, il faut aussi savoir se reconnaître « juste ».
Pour les chrétiens, Dieu regarde les humains (et l’Eglise pécheresse elle-même) sur le visage de son Fils, le Christ (Paul le dit clairement en 2 Co 5,18-19). Paul Beauchamp en conclut : « Croire que Dieu nous voit justes en Jésus Christ est peut-être le moyen le plus conforme à l’Evangile, d’avoir honte de nos péchés et plus de pitié pour ceux des autres » !
2- Les imprécations contre les ennemis
Si on trouve parfois citées des malédictions prononcées par les persécuteurs contre les justes, il est clair que les plus nombreuses sont celles que prononce le psalmiste :
« Qu’ils soient rayés du livre de vie,
Retranchés du nombre des justes » (Ps 69,29).
Dans la liturgie, on saute pudiquement ces passages ! Le motif invoqué est parfois l’ancienneté des textes, une époque peu ou mal civilisée ; mais c’est une illusion et un faux prétexte.
Car, dans le Nouveau Testament, les imprécations, mises parfois sur les lèvres de Jésus, ne manquent pas (Mt 25,41).
P. Beauchamp rappelle alors deux faits :
D’une part, le problème du mal, son mystère et celui du jugement de Dieu font partie du mystère de notre foi, du mystère de nos vies et de notre monde. Et il ne faut pas l’éluder, sans chercher à le résoudre ou à le réduire. D’autre part, nous ne pouvons fermer les yeux sur la réalité du péché et de la mort à l’œuvre autour de nous. Les Psaumes nous apprennent à les haïr, à l’imitation de Jésus lui-même.
Certes Jésus renonce à toute haine et demande au Père de pardonner à ses bourreaux ; mais il a su aussi dénoncer et condamner. Il a vécu l’indignation devant l’injustice et la méchanceté.
Ne rêvons donc pas de perfection (souvent fantasmée), et au contraire, acceptons de repartir de la terre épaisse des Psaumes, qui est aussi la terre épaisse de nos expériences et de nos vies.
Et c’est dans cette épaisseur de notre être, de nos vies que l’Esprit vient nous chercher et nous accompagner, pour les traverser avec nous, comme il le fait pour le Psalmiste…
4-Les Psaumes du Christ et les nôtres
Une remarque essentielle : nous ne sommes pas seulement des lecteurs des Psaumes, nous pouvons dans la prière les chanter ou les réciter.
Réciter ou chanter un texte, c’est à la fois reconnaître qu’il ne nous appartient pas, qu’il nous a été transmis, et en prendre possession, l’actualiser pour soi. Admirable définition de la « tradition » : « être soi-même l’actualité d’un message que l’on a reçu d’autres » !
Paul parle de « revêtir » le Christ, du « Christ qui vit en moi ». Prier les Psaumes, les revêtir, en devenir acteurs, pourrait être un bon moyen d’accueillir la tradition de ceux qui ont « revêtu le Christ », et de la vivre soi-même
Relisant le chapitre 24 de Luc, Beauchamp s’interroge sur la raison pour laquelle il est dit que Jésus « accomplit » toutes les Ecritures, et dans ces Ecritures, notamment, le troisième volet de ces Ecritures, les Psaumes (Lc 24, 44). Il ne s’agit pas seulement du fait que Jésus à plusieurs reprises, prie ou chante les Psaumes (Mc 14,26), cite l’un ou l’autre psaume, notamment au cours de sa passion (Mt 26,30 et 28,10° ; Plus que cela, il s’agit de connaître Jésus Christ par les Psaumes !
Paradoxe ! Mais dire que Jésus « accomplit les Ecritures », c’est dire qu’il s’inscrit dans le dessein de Dieu ; non seulement les Ecritures le désignent, mais il les endosse comme sa propre aventure humaine qu’il mène à son terme. C’est ce qui est souvent mis sous l’expression « obéir à Dieu » ; une expression qui est juste au sens étymologique « être à l’écoute de » (ob-audire), mais qui laisse trop dans l’ombre la liberté de Jésus et sa façon de vivre pleinement l’aventure de l’humanité sous la promesse et l’alliance. Une autre façon de le dire, qui nous gêne souvent, c’est le « ne fallait-il pas ? » ou « il fallait » lucanien (Luc 24,26).
On comprend alors que la lettre aux Hébreux puisse mettre dans la bouche de Jésus le Psaume 40,7 : « tu ne voulais ni offrande ni sacrifice… alors, j’ai dit : voici, je viens » (Hébreux 10,5-7).
P. Beauchamp peut donc dire que l’obéissance de Jésus au Père (sa façon d’entrer dans le dessein du Père) passe par les hommes : par le destin de son peuple, par le destin de l’humanité. Un dessein que les Psaumes prennent en charge, puisque chacun de ceux qui disent « je » raconte comment il a été confronté à la mort et à la vie.
Cette inscription dans l’humain est l’œuvre de l’Esprit, comme le dit Beauchamp : entre Jésus et le Père, il y a l’œuvre de l’Esprit dans un peuple.
Et c’est parce qu’il a revêtu ainsi notre humanité, qu’il l’a revêtu aussi à travers les Psaumes, que nous pouvons « revêtir le Christ » en récitant les Psaumes.
Les Psaumes nous permettent alors de nous connaître nous-même, aussi bas et aussi haut que nous sommes vraiment, comme le Christ qui a endossé notre chair de péché.
Les Psaumes nous introduisent ainsi tout à la fois au peuple juif et à l’humanité, au Christ et à l’Eglise qui prie, et à notre propre vie.
5-Le modèle et l’unique
P. Beauchamp s’interroge plus avant sur la notion d’«accomplissement des Ecritures » si fréquente chez les évangélistes, Matthieu, Luc et Jean notamment (moins massivement chez Marc).
Il y voit une double surprise qui accompagne la reconnaissance post pascale du Ressuscité :
-première surprise : il était le Messie, le Messie qui est venu, ce Messie dont les Ecritures et notamment les Psaumes donnaient la figure.
-second surprise : il est venu et nous n’avons pas su le reconnaître.
La première surprise est l’inouï de la ressemblance : « celui dont il est écrit dans la Loi et les Prophètes, nous l’avons trouvé, c’est Jésus le fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1,45).
Cette expérience qui consiste à trouver dans l’Ecriture ce qui désigne (d’avance) la figure de Jésus, P. Beauchamp propose à son lecteur de la refaire à partir de quelques versets bibliques que les évangélistes ont utilisés : les psaumes 22 et 69 notamment qui permettent d’éclairer la passion de Jésus.
Mais alors pourquoi ne l’ont-ils pas reconnu aussitôt ? La réponse est d’abord simple : des milliers d’êtres humains ont vécu et souffert cela. Le portrait du juste souffrant pouvait s’appliquer à tant d’autres que Jésus !
Quelques rares éléments mettent Jésus à part ; mais ce ne sont jamais des preuves, ce sont des indices permettant de suggérer qu’on pouvait reconnaître en lui « Le » juste souffrant par excellence.
En fait les évangélistes ne fournissent jamais aucune preuve de l’identité de Jésus de Nazareth comme Messie et Fils de Dieu ; plutôt, ils invitent chacun à faire le déplacement et à aller voir : « viens et vois » ! Aucun ne prétend nous convaincre de ce qui est devenu pour eux « la vérité », ils nous indiquent seulement le chemin…
Et ce chemin, différent pour chacun, passe par les Psaumes !
Lecture du Psaume 40 (traduction liturgique)
01 Du chef de chœur. De David. Psaume.
02 D'un grand espoir j'espérais le Seigneur : * il s'est penché vers moi pour entendre mon cri.
03 Il m'a tiré de l'horreur du gouffre, de la vase et de la boue ; * il m'a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas.
04 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. * Beaucoup d'hommes verront, ils craindront, ils auront foi dans le Seigneur.
05 Heureux est l'homme qui met sa foi dans le Seigneur * et ne va pas du côté des violents, dans le parti des traîtres.
06 Tu as fait pour nous tant de choses, toi, Seigneur mon Dieu ! * Tant de projets et de merveilles : non, tu n'as point d'égal ! Je les dis, je les redis encore ; * mais leur nombre est trop grand !
07 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; * tu ne demandais ni holocauste ni victime,
08 alors j'ai dit : « Voici, je viens. « Dans le livre, est écrit pour moi
09 ce que tu veux que je fasse. * Mon Dieu, voilà ce que j'aime : ta loi me tient aux entrailles. »
10 J'annonce la justice dans la grande assemblée ; * vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais.
11 Je n'ai pas enfoui ta justice au fond de mon coeur, je n'ai pas caché ta fidélité, ton salut ; * j'ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.
12 Toi, Seigneur, ne retiens pas loin de moi ta tendresse ; * que ton amour et ta vérité sans cesse me gardent !
13 Les malheurs m'ont assailli : * leur nombre m'échappe ! Mes péchés m'ont accablé : ils m'enlèvent la vue ! * Plus nombreux que les cheveux de ma tête, ils me font perdre coeur.
14 Daigne, Seigneur, me délivrer ; Seigneur, viens vite à mon secours ! *
15 [Qu'ils soient tous humiliés, déshonorés, ceux qui s'en prennent à ma vie ! Qu'ils reculent, couverts de honte, ceux qui cherchent mon malheur ; *
16 que l'humiliation les écrase, ceux qui me disent : « C'est bien fait ! »]
17 Mais tu seras l'allégresse et la joie de tous ceux qui te cherchent ; * toujours ils rediront : « Le Seigneur est grand ! » ceux qui aiment ton salut.
18 Je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi. * Tu es mon secours, mon libérateur : mon Dieu, ne tarde pas !
Notes :
Le « plan » d’un Psaume ne répond pas toujours à un ordre logique, même s’ils sont le plus souvent articulés en un temps de supplication suivi d’un temps de louange, comme l’est d’ailleurs l’ensemble du psautier.
On trouve aussi souvent (comme ici) des aspects différents, pas immédiatement successifs, selon les moments de la vie que le psalmiste traverse et dont il témoigne : joie d’une libération ou d’un salut, louange et promesse, souffrance vécue ou remémorée, angoisse et peur des ennemis, espérance d’un avenir meilleur… Il faut s’arrêter sur chacun de ces moments pour le goûter de l’intérieur.
Le principe de la poésie hébraïque est la répétition d’une première phrase sous une forme différente (le vocabulaire et l’ordre des mots changent) pour un même sens.
Généralement, chaque verset comporte ces deux phrases.
v. 1 Les « titres » des Psaumes ont été donnés tardivement, permettant de repérer des collections : les plus importantes sont liées à l’histoire de David, d’autres seulement au nom d’un « maître de chant ».
v. 2-3 L’expression redondante « d’un grand espoir j’espérais » est un tour constant en hébreu pour exprimer l’intensité d’une situation.
L’hébreu est une langue très concrète, les parties du corps sont utilisées pour décrire sentiments et émotions. Les métaphores que nous connaissons aussi (« je perds pied », « je me noie », « j’étouffe ») sont de ce fait revivifiées, ramenées à leur sens premier : la vase, la boue, les eaux profondes, le roc solide etc…
v. 4-5 Lorsque le psalmiste raconte, déjà il a éprouvé une libération, une forme de salut et il entre dans la louange : « un chant nouveau » !
Mais on ne loue jamais tout seul (« venez voir ce qui m’est arrivé, venez voir comme c’est beau ! ») ; la louange appelle le partage…
Espérance et foi sont étroitement liées : la foi, c’est la confiance en quelqu’un sur lequel on peut s’appuyer.
Et celui qui met sa confiance en Dieu ne peut se laisser prendre dans les filets du mensonge et de la haine.
v. 6 La louange s’élargit à toutes les œuvres de Dieu, au salut passé du peuple et à la création relue comme un salut.
v. 7-9 Pour remercier le Dieu qui l’a sauvé et rester en sa présence (dans son « orbite »), le psalmiste s’interroge et fait écho aux prophètes (ainsi Isaïe 1,10-20 ; Michée 6,6-9 ; Jérémie 7) qui dénoncent un culte menteur, que Dieu déteste et vomit.
Au lieu de « tu m’as ouvert l’oreille », le texte grec (Septante) traduit : « tu m’as construit un corps » (cité et appliqué à Jésus en Hébreux 10,5).
« ni victimes » traduit ici le sacrifice expiatoire « pour le péché » (Lv 9,7-22).
« Voici, je viens » : c’est la réponse à l’appel de Dieu que prononcent Abraham et Moïse (Genèse 22,1 ; Exode 3,4).
Il faut souligner le fait que la réponse immédiate ici conduit à lire les Ecritures, le livre donné par Dieu, en vue d’un faire : « écouter et mettre en pratique » sont les fondements de l’observation de la Loi (voir Exode 24,7 ; Deutéronome 5,1 ; 6,1 etc.).
« ta loi me tient aux entrailles » : voir Jérémie 31,33 « je mettrai ma loi au fond de leur être, je l’ inscrirai sur leur cœur »
v. 10-11 « la grande assemblée » désigne probablement le peuple ou le groupe réuni pour la prière.
La mise à disposition de soi à Dieu se décline aussitôt en partage et en service de l’assemblée ; elle consiste à annoncer Dieu à d’autres, à proclamer pour tous sa justice qui est fidélité et salut, son amour qui est tendresse et sa vérité qui est solidité.
v. 12-14 Le verset 12 fait transition ; celui qui parle au nom de Dieu est aussitôt en danger.
l’accumulation des malheurs est une caractéristique du Psautier, nous y reviendrons, un malheur semble attirer tous les autres, probablement pour former la figure de l’être humain fragile et souffrant.
Une seconde caractéristique, c’est que ces malheurs sont aussitôt portés devant Dieu sous la forme d’une plainte, voire de cri.
Nous nous étonnons de voir les péchés figurer dans la liste, comme si le mal subi et le mal faire étaient du même ordre ; mais ces péchés peuvent être aussi bien ceux des adversaires, ceux qui causent les malheurs ; ils peuvent aussi être un retour sur ce que le malheur suscite de haine, de rancune, voire de désespoir chez la victime.
Dans tous les cas, une chose compte : se tourner vers Dieu et le supplier…
v. 15-16 Car ce que le Psalmiste ne veut pas lâcher c’est l’espérance, que le malheur peut aussi bien ronger.
Les chrétiens (très idéalistes) s’indignent souvent de ces malédictions prononcées contre les adversaires ; au point qu’on les met entre crochets pour ne pas les prononcer dans la prière.
On oublie qu’ils représentent aussi le péché, les forces du mal extérieures ou intérieures, et parfois le penchant de chacun à s’y abandonner.
Et que celui qui est maltraité, torturé, mis à mort, a le droit de crier contre ceux qui l’oppriment…
Sous des formes un peu différentes, ces versets reparaissent ailleurs comme un lieu classique du refus du mal et du malheur.
v. 17-18 La finale est double :
Elle énonce la certitude d’un salut et d’une louange à chanter et à vivre ensemble :
Elle rappelle la fragilité de chacun et l’espérance toujours à relancer, dans un monde incertain…
Et maintenant ? Si on veut suivre Paul Beauchamp, on peut se demander dans quelle mesure la vie, la mort et la résurrection de Jésus « accomplissent » ce psaume.
Quelle relecture du Psaume permet de dire d’une part qu’il conduit à Jésus le Christ, d’autre part que Jésus Christ lui-même a rejoint le psalmiste ?
En particulier, on peut s’interroger sur les versets 7 et 8. La relecture qu’en a fait la lettre aux Hébreux a probablement facilité la dérive de la relecture chrétienne devenue majoritaire : la mort de Jésus remplace tous les sacrifices demandés par Dieu ! Mais Dieu justement ici n’en veut aucun !
Et la mise à disposition de soi que le suppliant opère (« voici, je viens »), le conduit au livre de la Loi, et à une proclamation publique de la justice et de la tendresse de Dieu.