Chères amies, chers amis, tous participants au forum Lire les Psaumes,
A la fin de cette première période, qui, pour beaucoup, a été une période d’essai et de mise au point, je vous livre quelques réflexions sur le Psaume 40 (39) que je vous avais proposé de lire.
Il ne correspond pas vraiment au thème principal du premier chapitre du livre que vous avez lu et dans lequel P. Beauchamp insiste surtout sur la façon dont les Psaumes « commentent » et déploient par avance ce qui sera la vie, la mort et la prière de Jésus ; c’est tout le drame humain que les Psaumes déploient, c’est tout le drame humain que Jésus prend en charge de façon décisive. Nous en avons beaucoup discuté sur le forum, et vous retrouverez au début de la Feuille de route n°2, un petit condensé (tiré du livre lui-même) de cette première partie.
Pourquoi avoir choisi le Psaume 40 ? ¨Parce qu’il me semble qu’il traverse de façon très éclairante les différents aspects et les différents moments de la prière du psalmiste. Il ne les déroule pas dans un ordre chronologique et encore moins logique ; cela peut nous surprendre, car il y a tout de même dans le recueil des Psaumes un mouvement d’ensemble qui va de la plainte et de la supplication à l’action de grâce et à la louange, mais c’est après bien des détours, des régressions ( ?) et des digressions impressionnantes.
C’est qu’il ne faut pas chercher dans chaque Psaume un ordre logique ; plutôt il faut superposer les différents moments, car ils sont parfois dispersés très différemment dans nos vies : après l’émerveillement et la louange, peuvent venir les malheurs et la supplication ; après le rassemblement joyeux et convivial peuvent venir des temps de solitude, voire de rancœur et de dépression ! En superposant, on s’aperçoit que la fragilité est toujours présente, le danger toujours à l’affût, mais qu’une petite lumière de consolation et de joie peut pointer aussi aux jours les plus noirs !
Je propose (et c’est parfaitement discutable) de lire dans ce psaume au moins 4 mouvements ; je les intitulerai ainsi :
Le souvenir du salut : les « merveilles de Dieu , et la louange (v. 1-6)
Le témoignage devant tous : la justice de Dieu (v. 7-12)
Les malheurs, la plainte et la supplication (voire la malédiction) : la miséricorde de Dieu (v. 13-17)
La confiance dans la fragilité : la présence de Dieu (v. 18).
Quelques remarques dans chaque cas :
1- « D’un grand espoir j’espérais le Seigneur » : l’imparfait traduit un accompli de l’hébreu, l’espérance née dans l’épreuve a un aspect d’acquis, de définitif. Une espérance dont la traduction grecque accentuera l’aspect d’attente persévérante.
L’espérance est fondée sur la mémoire ; le souvenir rapporté ici est celui d’un salut personnel, décrit dans des images extrêmes, mais que beaucoup ont pu éprouver : enlisement, engloutissement, étouffement, la sensation de sombrer. Un jour, on retrouve le souffle et la lumière. On peut espérer que chacun a vécu un jour ou l’autre ce moment d’émerveillement (se réveiller vivant), même s’il a été enfoui sous le poids des jours difficiles.
Cette expérience fait aussi lever la mémoire des merveilles que le Seigneur a accomplies pour son peuple. Un salut passé devient garant pour l’avenir.
Dès lors la louange peut jaillir, et comme toujours, elle est contagieuse, se partage avec d’autres : « tous verront et ils croiront » !
2-Le souvenir engage ainsi sur la voie du témoignage ; il faut faire connaître à tous le salut offert par Dieu.
A partir du verset 7, résonne un écho de la critique prophétique d’un culte déconnecté du réel et parfois hypocrite : Dieu ne demande ni offrande, ni sacrifice !
Le psalmiste au contraire se présente comme le lien vivant entre les autres et Dieu ; Dieu ne lui demande rien, et lui propose cette mise à disposition de soi pour témoigner devant tous.
A un culte refusé, est substituée la lecture du livre (le rouleau), qui évoque immédiatement la Torah, la Loi. Et une loi intériorisée : la loi attachée aux entrailles, qui évoque l’alliance nouvelle annoncée par Jérémie 31,33 : « je mettrai ma Loi au fond d’eux-mêmes, je l’inscrirai sur leur cœur ».
Une loi vécue, qui façonne la personne et sa vie, et dont l’annonce rassemble.
Louer Dieu, vivre de sa Loi, c’est toujours pour le Psalmiste partager avec d’autres, parler et témoigner devant « la grande assemblée » : l’assemblée des croyants en prière.
Témoigner, c’est « oser parler », ne pas garder pour soi, ne pas cacher. Dire Dieu, c’est dire sa justice, sa vérité, son salut, sa tendresse ; la justice de Dieu étant celle qui ajuste l’être humain et tout être humain à sa tendresse : là est la vérité de Dieu ; on pourrait traduire aussi bien par « fidélité ».
3-Parvenu à ce sommet, on pourrait s’étonner du tournant que prend le verset 14, avec l’énoncé des malheurs qui ont accablé et accablent le psalmiste.
Malheurs et péchés semblent mis sur le même plan : les uns et les autres ont cette capacité d’abîmer la vie humaine personnelle et sociale ; le psalmiste veut évoquer le mal global, la force hostile à la création et à la bénédiction divine, qui peut apparaître sous de multiples formes.
Dès lors, la supplication monte vers Dieu, insistante, et se transforme vite (trop vite ?) en malédictions contre ceux qui personnifient le mal : désir de mort, méchanceté, mépris et insultes. Le suppliant ne cherche pas à se venger, il implore l’aide de Dieu et sa justice.
Le verset 17 renverse la situation en retrouvant l’espérance et la louange pour tous les chercheurs de Dieu, tous ceux qui l’aiment. Comme l’autre voie proposée à tout un chacun.
Le bonheur n’existe que partagé, et partagé au plus grand nombre !
4-Le verset 18 (qui a de nombreux parallèles) revient à une situation personnelle de faiblesse et d’humiliation, celle aussi de tout un chacun ; alors la plainte peut jaillir à nouveau car la vie a ses surprises et ses écueils. Et la supplication se fait plus pressante, ou plutôt elle prend appui sur la confiance du Dieu qui déjà est là : « tu es mon secours et mon libérateur ».
La foi du psalmiste, celle qui lui permet de traverser les épreuves, c’est la conviction qu’un « Toi » l’écoute, et se tient proche, un « Toi » qu’il peut toujours implorer, dans une espérance, une attente qui lui fait traverser les jours difficiles et se fait toujours plus pressante : « mon Dieu, ne tarde pas ! »