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la bouchée de Judas

En lisant les synoptiques, nous remarquons que Jésus désigne Judas comme celui qui a plongé la main avec lui dans le plat, ou qui se sert à la table avec lui, alors que chez Jean c'est celui à qui Jésus donne la bouchée qu'il a trempée.
Comment interpréter cette différence, entre celui qui se sert, et celui que Jésus sert ?
Est-ce pour montrer que Jésus garde l'initiative et reste le maître de son destin, d'autant qu'il est précisé que c'est alors « que Satan entra en Judas » ? Ou pour une autre raison ?

Créé par : Marie-France, groupe de Châlons en Champagne

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mer 03/06/2026 - 17:48

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Vous posez une excellente question, Marie-France, et elle est bien difficile. Je ne suis pas sûre du tout de savoir répondre de façon juste.
J'essaie, en m'appuyant sur votre suggestion, mais je ne garantis rien. J'ai toujours eu l'impression que dans les récits des Synoptiques, le traître pouvait être au fond n'importe lequel des apôtres, "celui qui met sa main..." ; une façon de dire que tous, nous aurions pu l'être...
Chez Jean, Jésus donne la bouchée à Judas  : je ne crois pas qu'il s'agisse de condamner Judas, mais bien de montrer que dans le combat contre Satan, Jésus, comme vous le dites, garde la main jusqu'au bout. Judas en fait les frais, mais il représente quiconque est ou se laisse manipuler par la force du mal. Et c'est bien la puissance du mal qui est l'adversaire que Jésus vient vaincre.
Peut-être auriez-vous d'autres idées ?

Posté par Cécile (visiteur)

mer 10/06/2026 - 10:23

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Je rapproche cette discussion sur Judas et la bouchée de celle sur le pardon un peu plus bas dans ce forum. Le pardon qui paraît un élément aussi central de l’Evangile que l’amour du prochain. Sans doute parce qu’il conditionne l’amour du prochain : si nous nous sommes permis de condamner, comment pourrons-nous aimer sans avoir pardonné ?
A la suite de Roselyne, il ne semble pas que Jésus condamne Judas quand il l’évoque dans Jean 13, 21-30. Il ne le désigne pas aux autres par son nom. Il n’est pas écarté de la table et paraît même être le premier à recevoir du Christ la bouchée de pain à l’origine de notre eucharistie. Je trouve cela émouvant. Ne faut-il pas voir la miséricorde du Christ à l’œuvre même lorsque le mal nous divise ?
A ce sujet, j’ai trouvé très éclairant le livre de Lyta Basset « Moi non plus je ne te condamne pas ».

Merci de ces remarques, et de fait le livre de Lyta Basset peut être conseillé à tous. C'est une partie de sa thèse réécrite pour être vraiment lisible; mais je rappelle parce que c'est suggestif que sa thèse s'appelait : "Le pardon originel" !

Ceci dit, je reste personnellement toujours prudente avec la notion de "pardon". Dieu seul pardonne et depuis toujours il passe par-dessus son propre don refusé par les humains pour les par-donner, leur donner du surplus. Une des plus belles images est celle du père de l'enfant prodigue en Luc 15, 11-31.
Quant à nous, je trouve qu'il est tellement difficile de "pardonner" dans certains cas, et encore plus d'inviter d'autres à pardonner. Car il faut d'abord qu'il y  ait eu demande de pardon. Et ensuite on peut remettre à Dieu le soin de pardonner : "Père, pardonne-leur" dit Jésus en croix (Luc 23, 34). Et, pour soi, tenter de regarder sans aucune rancoeur ni rancune, et de rendre sa dignité à l'agresseur... C'est déjà beaucoup....

Posté par Gaviglio Véronique (visiteur)

mer 24/06/2026 - 11:41

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Comment comprendre le verset 23 du chapitre 20 ?
Cela me semble incompatible
avec un Dieu d'amour qui pardonne en premier, n'est ce pas l'homme qui refuse ce pardon au nom de sa liberté ?

Posté par Roselyne

mer 24/06/2026 - 15:15

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Vous avez raison, ce verset 20,23 est difficile, voire pour nous scandaleux :
"si vous pardonnez (laissez aller) les péchés de certains, ils leur seront pardonnés (laissés aller), si vous retenez (maitrisez )ceux de certains, ils seront retenus". 
j'ai essayé de traduire au plus près une phrase très proche de celle qu'on trouve en Matthieu 18,18 avec un autre vocabulaire, mais chez Matthieu la phrase était suivie de la parabole intimant à Pierre l'ordre de pardonner 70 fois 7 fois, à l'infini !
Que signifie chez Jean cette possibilité de laisser aller ou de retenir ? Je ne crois pas qu'il s'agisse de mettre en question la précédence de l'amour de Dieu qui pardonne et la liberté de l'être humain qui peut ou non entrer dans ce pardon. Il s'agit plutôt de préciser quelle est l'attitude des disciples (et de tout chrétien) devant les pécheurs (et tous entrent dans cette "catégorie") : laisser aller les péchés (ce qui implique une démarche commune de réconciliation) et libérer les pécheurs, ou retenir les péchés, ce qui ligote les pécheurs et les empêchent de continuer à avancer, peut-être d'entrer dans un chemin de conversion. Chacun de nous est mis devant cette double possibilité vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres !

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