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Pourquoi Jésus se fait-il baptiser par Jean-Baptiste
Il y a un autre aspect, bien plus terre à terre, que l'on peut envisager si l'on croit que Jésus est vraiment homme. Et j'ai besoin de croire qu'il est vraiment homme tout en nous révélant Dieu, sinon il n'y aurait pas vraiment incarnation. C'est que le jeune Jésus a pu être attiré par le mouvement qui se produisait autour du Baptiste comme sans doute un certain nombre de jeunes gens de son temps, et qu'il se fait baptiser. S'il se savait ne pas être pécheur, comme on entend souvent interpréter cet événement, il n'était pas vraiment homme, ou d'une autosuffisance impossible à envisager. Ce baptême a pu être pour lui l'occasion d'un bouleversement spirituel : chez les synoptiques, c'est Jésus qui voit l'Esprit. Seul Jean indique que le Baptiste a vu. Cela peut faire comprendre pourquoi Jésus éprouve le besoin de partir au désert, afin de creuser dans la solitude et la prière ce qui va être sa mission. D'autres passages des évangiles nous montrent cette évolution par laquelle passent tous les êtres humains, quoique de façons très différentes. C'est le cas par exemple de Mt 15, 21-28 où l'insistance de la Cananéenne va élargir la mission de Jésus à d’autres que "les brebis perdues de la maison d'Israël". Cette interprétation ne correspond pas à ce que l'on entend le plus souvent dans les homélies, mais elle est pourtant partagée par beaucoup de catholiques que j'ai rencontrés dans différents groupes et mouvements. Certains théologiens la partagent. Les nombreuses recherches savantes, il me semble, ne l'invalident pas.
Et moi, je partage fermement…
Et moi, je partage fermement cette opinion, qui est fondée sur notre foi commune en l'incarnation.
Dès le début, l'Eglise a dû lutter contre la déviance (ensuite dite hérésie) docète qui fait de Jésus un dieu ou un demi-dieu se promenant sur la terre, omniscient et tout puissant, parfait et en réalité divin et non humain. Un enfant Jésus des évangiles apocryphes qui fabriquait des oiseaux en argile pour leur donner vie, et qui faisait mourir un petit camarade qui l'avait insulté !
Non, non, non. Les premiers conciles oecuméniques peinent à ciseler la formule symétrique de Chalcédoine : "véritablement Dieu et véritablement homme, parfait en sa divinité et parfait en son humanité".
Et l'homme véritable Jésus a partagé toutes nos limites de "petit d'homme", enfant, adolescent, et adulte enfin... Certes; excepté le péché, mais qu'est-ce que le péché sinon le refus de l'amour de Dieu et l'opacité volontaire de notre conduite devant Dieu ? Jésus a vécu dans l'intimité et la transparence avec le Père, qui s'est révélé à lui par les moyens humains que Jésus avait pleinement assumé.
Il n'en était pas moins pleinement divin, mais c'est dans la perfection de son humanité que se manifeste le mieux sa divinité !
L'histoire est théologienne
Permettez-moi de remercier, en les approuvant, les réponses de Mm C. Duboscq et R. Dupont-Roc à ma question relative à l’effacement du baptême de Jésus par Jean. C’est très précisément parce que je crois que le « Vrai homme » appelle « l’évolution » dont parle Chantal (qui parle d’ « un bouleversement spirituel » chez Jésus lui-même, qui, en effet, comme vrai homme en croissance spirituelle, a du, pour reconnaître sa Filialité absolue, apprendre de ses propres « expériences spirituelles » …), et que je partage le refus de Roselyne « contre la déviance (ensuite dite hérésie) docète qui fait de Jésus un dieu ou un demi-dieu se promenant sur la terre …, — c’est très précisément pour cela que je m’étonnais tout simplement, et j’allais dire tout « normalement », de cette « omission » du baptême de Jésus par Jean, omission décidée qui est pour moi une véritable question théologique : n’y a-t-il pas une « pente » platonisante de la vision johannique de l’histoire même de Jésus (les réalités d’en-bas ne sont que les ombres des modèles parfaits, des réalités d’En-Haut, d’où descend, pour y revenir, le Fils-Verbe absolu) ; c’était là ma question, que me permet la notation même de Zumstein : « le langage johannique met en compétition deux ordres de réalité — la réalité de Dieu et la réalité du monde — » (p. 13). Il me semble que cette question ne peut pas ne pas se poser (nous rencontrerons ainsi dans la lecture de Jean des « oppositions » comme chair/esprit, lumière/ténébres, du monde/pas du monde, etc… , jusqu’à Gethsémani où Mc indique que Jésus prie pour que « s’il était possible, cette heure passât loin de lui », où Mt (et Lc) indique de même que Jésus prie son Père « pour que cette coupe passe loin de moi », et où Lc parle de son « entrée en agonie », là où Jn, on l’a souvent noté, ignore tout du tragique de cette passion, et montre Jésus qui, dans un sorte de Force tout divine, affronte son Heure).
Nonobstant cette « déshistorisation », il faut, bien entendu, entendre l’affirmation johannique toute chrétienne, de l’in-carnation :
Le Verbe s’est fait chair. Jn 1, 14
Il est venu chez lui. Jn 1,11
A ceci vous reconnaissez l'Esprit de Dieu :
tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair
est de Dieu,
et tout esprit qui divise Jésus
n'est pas de Dieu
1 Jn 4, 2-3
Et, nonobstant toujours cette même déshistorisation, il faut se réjouir de l’immense profondeur « spirituelle », précisément comme sa valeur d’éternité, de l’œuvre johannique !!!
Mais : pouvait-on ne pas sacrifier le roc tout concret de l’existence « finie » d’un Homme (comme chez Marc), pour nous révéler son poids d’éternité ? C’est, en effet, en celui qui sut endurer en ce monde-ci, en notre histoire même, et jusqu’à la fin, jusqu’à l’extrême (Jn 13, 1) sa Filialité, et sa Fraternité, que, pour reprendre les mots de Roselyne, « se manifeste le mieux sa divinité ». Oui : le devenir historique de cet Homme est la Gloire de Dieu ; en christianisme : l’Éternité S’est révélée dans le temps, la Vie éternelle dans une existence « finie ».
Bonjour, Monsieur,Je ne peux…
Bonjour, Monsieur,
Je ne peux qu'approuver vos apports si abondants sur la question difficile de la figure de Jean-Baptiste dans les 4 évangiles (il y a des thèses sur la question) ; mais ce forum n'est pas le lieu de lire une bibliographie savante (même si les 4000 pages de Meier !), mais de lire et de discuter le petit livre, très dense, de Jean Zumstein et surtout de le confronter et de nous confronter au texte même de l'évangile.
Oui, avec Jean le Baptiseur, on touche un noyau dur de l'histoire de Jésus (qui a dû faire partie d'abord de son entourage, sur ce point le témoignage de Jean est précieux), et chaque évangéliste a construit à sa façon la relation de Jésus au Baptiste (Luc envoie Jean, dont il fait le cousin de Jésus, en prison avant le baptême de Jésus), avec des perspectives christologiques propres (la question de la justice chez Matthieu).
Pour Jean, il apparaît qu'il s'agit de détacher la nouveauté absolue de Jésus en le faisant sortir définitivement du groupe du Baptiste. Mais aussi de faire du Baptiste le dernier prophète des Ecritures juives. Et c'est la raison pour laquelle il supprime l'épisode, très probablement historique, du baptême de Jésus, qui d'ailleurs, renonce à baptiser.
Plutôt que de lire Dodd, et d'entrer d'emblée dans des considérations spéculatives sur le caractère gnostique ou non de l'évangile de Jean (et encore moins sur sa dimension métaphysique), je propose très modestement que nous interrogions ensemble le texte. Appuyé sur Zumstein : oui, on peut s'interroger sur son expression "deux ordres en compétition"... Il vaudrait mieux dire "en tension", dont l'un travaille l'autre.
Mais le texte de l'évangile est nuancé et il faut d'abord avancer dans la lecture...