Aller au contenu principal

Lectures : coups de cœur et prix littéraires

Image

Jésus selon Matthieu, héritages et rupture

par Colette et Jean-Paul Deremble – Artège-Lethielleux – avril 2017 – 414 pages – 24, 90€. Ne croyez pas, au vu d’un titre aussi sobre et d’un total de 414 pages, que vous êtes devant un Commentaire du Nouveau Testament de type universitaire, classique, sage et savant ! Et pourtant, le travail de Colette et Jean-Paul Deremble est tout cela et bien autre chose. Il est savant, car les auteurs ont une compétence intellectuelle reconnue. Il est classique et organisé comme les Commentaires des grandes collections bibliques qui suivent, verset après verset, le texte grec. Il a l’air aussi sage qu

Quand tu étais sous le figuier.

Adrien Candiard, Quand tu étais sous le figuier. Propos intempestifs sur la vie chrétienne Éditions du Cerf – mars 2017 – 176 pages– 10 € L'introduction nous place d'emblée au cœur du sujet, à savoir la vie chrétienne qui est « d'avoir le courage de ne pas renoncer à la joie, la vocation, par ailleurs, n'étant que l'autre nom de la vie spirituelle, la vie tout court que Dieu veut nous proposer. » À partir du récit et de l'analyse du « recrutement » de Nathanaël par Jésus via Philippe, sorte de fil rouge qui court tout au long de l'ouvrage, l'auteur nous propose une méditation qu'il qualifie

Brève apologie pour un moment catholique

Brève apologie pour un moment catholique Jean-Luc Marion de l’Académie française, Grasset 2017, 128 p, 15.00 €, livre numérique : 10.99 € Voilà un ouvrage bienvenu en ce temps de disponibilité estivale ! Sa modeste taille (124 p.) et l’accessibilité de l’écriture en permettent une lecture aisée, tandis que l’actualité du propos s’avère bien essentielle ! Un paradoxe à souligner et qui ne déplaira pas à son auteur, lui qui, dans ce livre-essai, met cette notion au cœur de sa réflexion : le paradoxe, dit-il, « se borne à énoncer une vérité inattendue », il n’est pas à craindre car « il nous

Max Bobichon, un prêtre dans la cité

Max Bobichon, un prêtre dans la cité. Entretiens avec Jean-Dominique Durand & Thomas Montmessin. Éditions Libel. – 20€. – Mai 2017. Tout le monde y peut pas être de Lyon, il en faut bien qui soyent d'ailleurs ! Ainsi parle la sagesse populaire lyonnaise, mais en ces temps où le concept d'identité est brandi à tout bout de champ par les champions du repliement national et sous un aspect qui pourrait sembler xénophobe a priori, ce dicton ne signifie pas qu'il faille mettre des barrières entre la ville, célèbre par sa gastronomie, et le reste du monde, bien au contraire ! C’est le constat qu

La Femme et l'avenir de l'Eglise

« Les femmes et l’avenir de l’Eglise » Joseph Moingt (Etudes Janvier 2011) Est-ce que le déclin de l’Eglise au cours de la deuxième partie du XXème siècle serait lié à l’émancipation de la femme et son accession à des responsabilités professionnelles, familiales, sociales ou politique ? L’Eglise honore des femmes, en reconnait docteurs de l’Eglise, plusieurs sont autour de Jésus, mais elle reste encore profondément marquée par la condition des sociétés patriarcales et traditionnelles qui prévalaient à l’époque bibliques. Les positions sur la sexualité ou la contraception heurtent aujourd’hui

Accueillir, écouter les migrants – Un partage d’humanité

Patrice Sauvage, Réseau Chrétien-Immigrés, Accueillir, écouter les migrants – Un partage d’humanité (Préface de frère Alois, prieur de Taizé) Éditions franciscaines – juin 2017 – 146 pages – 9,50€ Pas de grandes théories, dans ce petit ouvrage ; pas de polémiques ni de pompeuses déclarations d’intention sur la « question des immigrés ». Mais du réel, la relation précise de ce qui s’est vécu et se vit dans une région rurale, au sein d’un doyenné, autour des villes de Tournus et de Cluny, pour accompagner des déboutés du droit d’asile ; ou à Paris, dans des paroisses impliquées dans l’accueil et

Tous frères et sœurs – Chroniques d’un prêtre du 20e siècle, par Bertrand Jégouzo

Tous frères et sœurs – Chroniques d’un prêtre du 20e siècle, par Bertrand Jégouzo (Edilivre, février 2017, 211 p., 17€50) Le jeune Bertrand Jégouzo a 11 ans lorsqu’il entre au petit séminaire de Sainte-Anne-d’Auray, en 1956. Il en sort une demi-journée toutes les six semaines, et pour quelques vacances – toujours décalées par rapport aux autres écoliers – à Noël et à Pâques. Dans ce paysage austère, pas une femme, sauf sa mère, une fois par semaine, et la religieuse infirmière du séminaire. Ces petits sont déjà considérés comme célibataires avant d’avoir connu la puberté. Voilà comment ils

La Bible racontée comme un roman, par Christine Pedotti

Christine Pedotti persévère : le tome 2 de sa Bible racontée comme un roman est paru en novembre 2016. Et il est aussi captivant que le premier. Encore une fois, il faut redire combien il est dommage de se croire obligé d’acheter une Bible si c’est pour la laisser dormir sur une étagère. Ceux qui ont la chance d’avoir déjà une culture religieuse ou un groupe de lecture peuvent être aidés à entrer dans le texte malgré la distance d’une culture ancienne, aux mœurs qui ne sont plus tout à fait les nôtres. Mais comment feront ceux qui n’ont pas cette chance ? Le livre de Christine Pedotti est pour

Plus tard, je serai un enfant – Éric-Emmanuel Schmitt

Éric-Emmanuel Schmitt est aujourd’hui un des auteurs français contemporains les plus lus dans le monde. Dans une série d’entretiens qu’il vient de publier sous le titre Plus tard, je serai un enfant (éd. Bayard, 2017), il montre comment le cœur de son œuvre est au service de la grâce reçue lors de La nuit de feu (éd. Albin-Michel, 2015) qu’il vécut dans le désert du Hoggar où il s’était égaré : « Une présence m’incendie. Je comprends que tout a un sens. La grâce de cette nuit ne me quitte plus. […] J’ai décidé de devenir le scribe de cette joie. […] Platon assurait que la qualité originelle du

« Dans le mystère de Dieu, tout est commencement. » (Bernard Feillet)

Tous les amoureux de la lecture ont dans leur bibliothèque certains ouvrages vers qui ils reviennent régulièrement comme vers une source toujours aussi rafraîchissante. Parmi ces livres qui, périodiquement, m’aident, comme dirait René Char, à « laver mes yeux », il y a L’errance de Bernard Feillet, prêtre catholique qui a traversé les ruptures et les mutations du catholicisme, et plus généralement des sociétés contemporaines. De son expérience de prêtre, il retient, écrit-il, « que l’individu devant Dieu ne peut laisser à personne le droit de prononcer le dernier mot sur sa vie. Même si ce mot

Ce que les évêques disent du politique

À deux reprises, ces derniers temps, les évêques ont pris la parole au sujet du politique. En juin d’abord, un texte court : 2017 année électorale – quelques éléments de réflexion, puis en octobre Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique (Coédition Bayard, Cerf, Mame). Ces deux textes ne s’adressent pas aux chrétiens, mais « aux habitants de ce pays ». Pour nous tous chrétiens, vient une question : quelle est notre relation avec les habitants de notre pays, de nos quartiers ? Dans le texte de juin, les évêques voulaient donner du grain à moudre aux futurs candidats ou à leurs

Le Prix littéraire de la Conférence

Pour répondre à sa vocation, la Conférence s’est donné un prix littéraire qui a été décerné pour la première fois en 2015. Lire est important. C’est même un des « devoirs fondamentaux » de tout croyant. Cela permet d’enrichir sa foi, de mieux connaître le patrimoine religieux de l’humanité, d’éviter les pièges de la radicalisation aveugle. On a si souvent dit qu’un chrétien devait avoir « l’intelligence de sa foi » que, lorsque l’occasion se présente, il ne faut pas la laisser filer. Mais comme beaucoup d’entre vous se plaignent de « ne pas savoir quoi lire » parmi la profusion des parutions

Étienne Séguier, Pratiquer la miséricorde. Empathie et solidarité

Étienne Séguier, Pratiquer la miséricorde. Empathie et solidarité Éd. Empreinte temps présent – 2015– 120 pages – 8€. Un petit livre tout simple, paru à la veille de l’année de la miséricorde décrétée par le pape François et qui vient de se clore en novembre dernier. Cela ne rend pas la miséricorde caduque pour autant ! Même si le mot a pu sembler désuet. Mais quoi de plus actuel, au contraire, que cette « capacité de ressentir dans nos entrailles la misère des autres » (p. 9) ? Et c’est de là que veut partir l’auteur, qui nous invite à être à l’écoute de nos sensations, de notre ressenti. La

Soyez prêts pour le 2e prix de la Conférence !

Voici venir le temps de la désignation de notre Deuxième Prix Littéraire. Tout au long de l’année 2016, notre Comité de Lecture s’est réuni – physiquement ou par la voie d’internet – afin de sélectionner chaque mois un livre qui puisse alimenter notre recherche de vie spirituelle, ou nous permettre de mieux appréhender les problèmes de notre société ou toute question présente dans le débat actuel des idées. Votez ==> http://doodle.com/poll/46nqgdekvbc4qdza. À ce jour, dix livres ont été proposés à votre lecture et vous en trouverez ci-joint la présentation. Le vote pour le Prix Littéraire

Un évènement : le 1er Prix Littéraire de la Conférence

Le Prix Littéraire de la CCBF est décerné chaque année, non par un comité restreint, mais par un vote de l’ensemble des adhérents qui choisissent parmi les « bons livres » sélectionnés au cours des mois précédents par un comité de lecture. Le 1er Prix Littéraire a été attribué au livre de Jean-Paul Vesco intitulé « Tout amour véritable est indissoluble » publié aux Editions du Cerf. L’auteur est l’évêque d’Oran et il remet en cause le refus par l’Eglise d’accorder tout sacrement aux personnes divorcées et remariées. Il estime tout d’abord que s’il y a amour véritable dans une seconde union, il

Approche historique et radicalité évangélique (3)

À propos du livre de José Antonio PAGOLA, JÉSUS, approche historique (Le Cerf, 2013) 3eme Partie Le point crucial : le statut des femmes. « Nul ne peut au nom de Dieu défendre ou justifier la suprématie des mâles, ni la soumission des femmes à leur pouvoir patriarcal. […] On ne trouve pas [chez Jésus] d’exhortations pour définir les devoirs des hommes d’une part, et ceux des femmes d’autre part, comme c’était courant chez les rabbins. » (p. 232-233) – « Ce que Jésus veut développer dans cette “nouvelle famille” […] : une famille non patriarcale, où tous sont frères et sœurs. Une communauté

Qu'est-ce que vouloir croire veut dire ?

Je ne soulève cette question que par mode de conclusion, ou même plutôt d'ouverture d'une autre piste sur laquelle notre réflexion pourrait se poursuivre. D'après Gianni Vattimo, la foi de beaucoup de chrétiens aujourd'hui se réduit à un faible vouloir croire, espérer croire, sinon à un croire que l'on croit. Une telle réduction du croire me paraît significative d'une perte de confiance en leur propre foi de la part de chrétiens dont la foi n'est plus soutenue par une certaine unanimité de croyance. La persistance d'un vouloir croire, si faible soit-il, est cependant significative, d'un autre

La foi a-t-elle besoin de s'expliquer?

La théologie catholique courante dispense, apparemment, de se poser les questions que je vais soulever. La foi n'est pas un savoir, dit-elle, elle n'a donc pas à répondre 'aux questions du type: d'où savez-vous que Jésus est Fils de Dieu, l’avez-vous vérifié ? La foi ne consiste pas à « croire que… », mais à « croire en » : c'est un acte de confiance en la personne de Dieu, du Christ, un engagement pris à son endroit, cela ne s'explique pas plus que la sympathie que quelqu'un vous inspire. D'ailleurs la foi ne dépend pas de nous: c'est un don de Dieu une grâce, une lumière, une force: la grâce

Diriger et servir : la double injonction faite aux prêtres

Dès le début de son pontificat, Jean-Paul II insiste sur la dimension de service du sacerdoce : « Toute notre existence sacerdotale est et doit être profondément imprégnée de ce service si nous voulons accomplir comme il faut le Sacrifice eucharistique in persona Christi. [...] Le sacerdoce nous est donné pour servir constamment les autres »(Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint, 8 avril 1979, n° 5). Comme pour les femmes, le prêtre est dans l’injonction de servir et sa vie en serait « imprégnée ». L’institution demande aux prêtres d’être des serviteurs ; cette dimension est même constitutive

Le retour des clercs. L’Église entre cléricalisme et concile

Le retour des clercs. L’Église entre cléricalisme et concile, par Gian Franco Svidercoschi, Mediaspaul, 150 p. 24€Le constat serait, hélas, banal s’il n’émanait pas d’une analyse autorisée ; celle d’un italien, vaticaniste depuis 1959, ancien directeur adjoint de l’Osservatore Romano, qui a écrit de nombreux livres et collaboré à la rédaction de Ma vocation de Jean-Paul II.Il constate sans ambages : il y a aujourd’hui deux Églises.La première se comporte en « patronne » de la vérité, en vertu d’une autorité reçue directement de Dieu. « Marquée par une autorité cléricale renaissante », elle se