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Introduction

Lorsqu’elle est bornée à des lectures bibliques traduites en français, la pastorale pose certains problèmes de compréhension à une assemblée contemporaine. Non seulement la traduction de l’hébreu ou du grec altère le sens ou perd la qualité littéraire du texte original, mais le contexte de la société a changé. Beaucoup d’homélies ne parviennent pas à replacer les textes dans leur sens original ou à leur donner une perception compréhensible. Dans certains cas, des passages deviennent obscurs, provocants ou scandaleux comme le sacrifice d’Isaac par Abraham, les dix plaies d’Egypte ou le livre de Josué.

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Il existe une tendance des chrétiens, pratiquants ou guère, à choisir d’autres lectures, en particulier lors des célébrations importantes, de mariage ou de funérailles. Parmi la littérature moderne, cela se limite souvent à Khalil Gibran, Antoine de Saint Exupéry ou Christian Bobin, alors qu’il existe une foule d’autres auteurs, passés ou présents. L’objectif de ce chapitre du lectionnaire est de collationner des textes puisés dans la littérature française de Villon à Brassens en passant par Pascal, Teilhard de Chardin et Péguy. Un texte de qualité dans la langue de l’auditeur transmet plus que la simple sémantique des mots et des phrases, car il ouvre une dimension poétique, lyrique, imagée, seule capable de transmettre la transcendance. Au fil des siècles et jusque dans l’époque présente, les peuples de langue française ont compris le christianisme d’une certaine façon, propre à leur génie culturel.

En 363, les chrétiens de l’époque ont délimité le Nouveau Testament L’évolution rapide de la société invite à une démarche contemporaine. La révélation n’est pas un phénomène clos et le divin continue d’advenir.

  • Paul Claudel

    La mort n'est rien

    La mort n'est rien : je suis seulement passé, dans la pièce à côté.
    Je suis moi. Vous êtes vous.
    Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
    Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné.
    Parlez-moi comme vous l'avez toujours fait, n'employez pas un ton différent.
    Ne prenez pas un air solennel ou triste.
    Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
    Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
    Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.
    La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé.
    Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ?
    Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin. 

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  • Paul Claudel

    A la bonne heure ! C’est ce vieux Job que je veux dire !

    A la bonne heure ! C’est ce vieux Job que je veux dire ! Bravo ! Il s’est trouvé quelqu’un à la fin pour dire carrément son fait au Tout-Puissant !
    « Regarde-moi, dit-il, et ne fait pas semblant de ne pas me voir ! Alors ! C’est comme cela que l’on se conduit avec les innocents ?
    Moi, Job, je ne me sens coupable de rien ! Mais s’il était vrai que j’aie péché,
    L’importance que cela a, Tu aurais bien de la peine à le démontrer !
    Mais à la place que Tu occupes, et puisque c’est Toi n’est-ce pas ? qui est responsable du monde,
    Quand tu vois comment cela fonctionne,
    Nous donner un tel spectacle, ma parole ! moi à ta place j’aurais honte !
    Il n’y a que le moment après tout pour nous qui compte, et l’on ne nous consolera pas du présent avec le futur !
    La justice m’est devenue de faible prix au prix de cette injustice que tu m’accordes !
    Qu’est-ce que c’est de Ta part sans rime ni raison que cette explosion imbécile de miséricorde ?
    Allons ! Le moment est venu ! rends Tes comptes ! Tâche moyen un petit peu de nous expliquer ce monde que tu as fait ! »
    Et le Seigneur, Il baisse la tête, répond : « Pardon Job ! Je ne l’ai pas fait exprès ! » 

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  • Paul Claudel

    Nous sommes partis bien des fois déjà

    Nous sommes partis bien des fois déjà, mais cette fois-ci est la bonne.
    Adieu, vous tous à qui nous sommes chers, le train qui doit nous prendre n'attend pas. 
    Nous avons répété cette scène bien des fois, mais cette fois-ci est la bonne.
    Pensiez-vous donc que je ne puis être séparé de vous pour de bon ? 
    Alors vous voyez que ce n'est pas le cas.
    Adieu, mère.
    Pourquoi pleurer comme ceux qui ont une espérance ?
    Les choses qui ne peuvent être autrement ne valent pas une larme de nous.
    Ne savez-vous pas que je suis une ombre qui passe, vous-même ombre et apparence ?
    Nous ne reviendrons plus vers vous.

    Et nous laissons toutes les femmes derrière nous, les vraies épouses, et les autres, et les fiancées.
    C'est fini de l'embarras des femmes et des gosses, nous voilà tout seuls et légers.
    Pourtant à ce dernier moment encore, à cette heure solennelle et ombragée,
    Laisse-moi voir ton visage encore, avant que je ne sois le mort et l'étranger,
    Avant que dans un petit moment je ne sois plus, laisse-moi voir ton visage encore ! avant qu'il soit à un autre.
    Du moins prend bien soin où tu seras de l'enfant, l'enfant qui nous était né de nous,
    De l'enfant qui est ma chair et mon âme et qui donnera le nom de père à un autre.
    Nous ne reviendrons plus vers vous.

    Adieu, amis !
    Nous arrivions de trop loin pour mériter votre croyance.
    Seulement un peu d'amusement et d'effroi.
    Mais voici le pays jamais quitté qui est familier et rassurant.
    Il faut garder notre connaissance pour nous, comprenant, comme une chose donnée dont l'on a d'un coup jouissance, 
    L'inutilité de l'homme et le mort en celui qui se croit vivant.
    Tu demeures avec nous, certaine connaissance, possession dévorante et inutile !
    L'art, la science, la vie libre, ô frères, qu'y a-t-il entre vous et nous ?
    Laissez-moi seulement m'en aller, que ne me laissiez-vous tranquille ?
    Nous ne reviendrons plus vers vous.

    Envoi

    Vous restez vous, et nous sommes à bord, et la planche entre nous est retirée.
    Il n'y a plus qu'un peu de fumée dans le ciel, vous ne nous reverrez plus avec vous.
    Il n'y a plus que le soleil éternel de
    Dieu sur les eaux qu'il a créées.
    Nous ne reviendrons plus vers vous.

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  • François Cheng

    La mort n’est point notre issue

    La mort n’est point notre issue, 
    Car plus grand que nous 
    Est notre désir, lequel rejoint 
    Celui du Commencement, 
    Désir de vie.
     La mort n’est point notre issue, 
    Mais elle rend unique tout d’ici ; 
    Ces rosées qui ouvrent les fleurs du jour, 
    Ce coup de soleil qui sublime le paysage, 
    Cette fulgurance d’un regard croisé,
    Et la flamboyance d’un automne tardif, 
    Ce parfum qui assaille et qui passe, insaisi, 
    Ces murmures qui ressuscitent les mots natifs, 
    Ces heures irradiées de vivants, d’alléluias, 
    Ces heures envahies de silence, d’absence, 
    Cette soif qui jamais ne sera étanchée, 
    Et la faim qui n’a pour terme que l’infini… 
    Fidèle compagne, la mort nous contraint 
    A creuser sans cesse en nous 
    Pour y loger songe et mémoire, 
    A toujours creuser en nous 
    Le tunnel qui mène à l’air libre. 
    Elle n’est point notre issue. 
    Posant la limite, 
    Elle nous signifie l’extrême 
    Exigence de la Vie, 
    Celle qui donne, élève, 
    Déborde et dépasse.

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  • Jean Calvin

    Parce que nous ne jouissons de Jésus-Christ que par l'Évangile

    Parce que nous ne jouissons de Jésus-Christ que par l'Évangile, nous croyons que l'ordre de l'Église, qui a été établi en son autorité, doit être sacré et inviolable, et partant que l'Église ne peut subsister sinon qu'il y ait des pasteurs qui aient la charge d'enseigner, lesquels on doit honorer et écouter en révérence quand ils sont dûment appelés et exercent fidèlement leur office
    Nous croyons donc que nul ne se doit retirer à part et se contenter de sa personne, mais tous ensemble doivent garder et entretenir l'unité de l'Église, se soumettant à l'instruction commune et au joug de Jésus-Christ, et ce en quelque lieu qu'il aura établi un vrai ordre, même si les édits des gouverneurs terriens y soient contraires, et que tous ceux qui s'en séparent font perversement, et s'ils en détournent les autres, les faut tenir pour pestes mortelles.
    Toutefois, nous croyons qu'il convient discerner quelle est la vraie Église parce qu'on abuse par trop de ce titre. Nous disons donc que c'est la compagnie des fidèles qui s'accordent à suivre la parole de Dieu et la pure religion qui en dépend, et profitent en celle-ci tout le temps de leur vie, croissant et se confirmant en la crainte de Dieu, selon qu'ils ont besoin de s'avancer et marcher toujours plus outre.

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  • Jacques Brel

    Quand on n’a que l'amour

    Quand on n’a que l'amour
    A s'offrir en partage
    Au jour du grand voyage
    Qu'est notre grand amour
    Quand on a que l'amour
    Mon amour toi et moi
    Pour qu'éclatent de joie
    Chaque heure et chaque jour
    Quand on a que l'amour
    Pour vivre nos promesses
    Sans nulle autre richesse
    Que d'y croire toujours
    Quand on a que l'amour
    Pour meubler de merveilles
    Et couvrir de soleil
    La laideur des faubourgs

    Quand on n’a que l'amour
    Pour unique raison
    Pour unique chanson
    Et unique secours
    Quand on a que l'amour
    Pour habiller matin
    Pauvres et malandrins
    De manteaux de velours
    Quand on a que l'amour
    A offrir en prière
    Pour les maux de la terre
    En simple troubadour
    Quand on a que l'amour
    A offrir à ceux -là
    Dont l'unique combat
    Est de chercher le jour

    Quand on n’a que l'amour
    Pour tracer un chemin
    Et forcer le destin
    A chaque carrefour
    Quand on n’a que l'amour
    Pour parler aux canons
    Et rien qu'une chanson
    Pour convaincre un tambour
    Alors sans avoir rien
    Que la force d'aimer
    Nous aurons dans nos mains
    Amis le monde entier

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  • Georges Brassens

    Elle est à toi cette chanson

    Elle est à toi cette chanson
    Toi l'auvergnat qui sans façons
    M'as donné quatre bouts de bois
    Quand dans ma vie il faisait froid
    Toi qui m'as donné du feu quand
    Les croquantes et les croquants
    Tous les gens bien intentionnés
    M'avaient fermé la porte au nez
    Ce n'était rien qu'un feu de bois
    Mais il m'avait chauffé le corps
    Et dans mon âme il brûle encore
    A la manière d'un feu de joie
    Toi l'auvergnat quand tu mourras
    Quand le croque-mort t’emportera
    Qu'il te conduise à travers ciel
    Au père éternel

    Elle est à toi cette chanson
    Toi l'hôtesse qui sans façons
    M'as donné quatre bouts de pain
    Quand dans ma vie il faisait faim
    Toi qui m'ouvris ta huche quand
    Les croquantes et les croquants
    Tous les gens bien intentionnés
    S'amusaient à me voir jeuner
    Ce n'était rien qu'un peu de pain
    Mais il m'avait chauffé le corps
    Et dans mon âme il brûle encore
    A la manière d'un grand festin
    Toi l'hôtesse quand tu mourras
    Quand le croque-mort t’emportera
    Qu'il te conduise à travers ciel
    Au père éternel

    Elle est à toi cette chanson
    Toi l'étranger qui sans façons
    D'un air malheureux m'as souri
    Lorsque les gendarmes m'ont pris
    Toi qui n'as pas applaudi quand
    Les croquantes et les croquants
    Tous les gens bien intentionnés
    Riaient de me voir amener
    Ce n'était rien qu'un peu de miel
    Mais il m'avait chauffé le corps
    Et dans mon âme il brûle encore
    A la manière d'un grand soleil

    Toi l'étranger quand tu mourras
    Quand le croque-mort t'emportera
    Qu'il te conduise à travers ciel
    Au père éternel

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  • Christian Bobin

    Il marche. Sans arrêt il marche

    Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelques soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.
    Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre. Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par se pieds nus. Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas.
    Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle.

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  • Georges Bernanos

    Mon enfant, quoi qu'il advienne

    Mon enfant, quoi qu'il advienne, ne sortez pas de la simplicité. À lire nos bons livres, on pourrait croire que Dieu éprouve les saints comme un forgeron une barre de fer pour en mesurer la force. Il arrive pourtant aussi qu'un tanneur éprouve entre ses paumes une peau de daim pour en apprécier la souplesse. Oh ! Ma fille ! Soyez toujours cette chose douce et maniable entre ses mains ! Les saints ne se raidissaient pas contre les tentations, ils ne se révoltaient pas contre eux-mêmes, la révolte est toujours une chose du diable, et surtout ne vous méprisez jamais ! Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous. Sur ce point-là aussi nous devons bien nous garder de prendre à la lettre certains propos des saints, le mépris de vous-même vous conduirait tout droit au désespoir, souvenez-vous de ces paroles, bien qu'elles vous paraissent maintenant obscures. Et pour tout résumer d'un mot qui ne se trouve plus jamais sur nos lèvres, bien que nos cœurs ne l'aient pas renié, en quelque conjoncture que ce soit, pensez que votre honneur est à la garde de Dieu. Dieu a pris votre honneur en charge, et il est plus en sûreté entre ses mains qu'entre les vôtres.

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  • Louis Aragon

    Celui qui croyait au ciel

    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Tous deux adoraient la belle 
    Prisonnière des soldats
    Lequel montait à l'échelle
    Et lequel guettait en bas
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Qu'importe comment s'appelle
    Cette clarté sur leur pas
    Que l'un fut de la chapelle
    Et l'autre s'y dérobât
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Tous les deux étaient fidèles
    Des lèvres, du cœur des bras
    Et tous les deux disaient qu'elle
    Vive et qui vivra verra
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Quand les blés sont sous la grêle
    Fou qui fait le délicat
    Fou qui songe à ses querelles
    Au cœur du commun combat
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Du haut de la citadelle
    La sentinelle tira
    Par deux fois et l'un chancelle
    L'autre tombe qui mourra
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Ils sont en prison Lequel
    A le plus triste grabat
    Lequel plus que l'autre gèle
    Lequel préfère les rats
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Un rebelle est un rebelle
    Deux sanglots font un seul glas
    Et quand vient l'aube cruelle
    Passent de vie à trépas
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Répétant le nom de celle
    Qu'aucun des deux ne trompa
    Et leur sang rouge ruisselle
    Même couleur même éclat
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas
    Il coule il coule il se mêle
    À la terre qu'il aima
    Pour qu'à la saison nouvelle
    Mûrisse un raisin muscat
    Celui qui croyait au ciel
    Celui qui n'y croyait pas

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