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The parting of the ways
Un nombre conséquent d'universitaires juifs américains ont replacé Jésus et ses disciples dans le cadre du judaïsme du second Temple. Le dernier Cahier Évangile s'en est fait l'écho. Selon eux l'intolérance vient davantage des disciples de Jésus que de la Synagogue. L'absence de chrétiens en lien avec la tradition rabbinique lors des premiers conciles, le peu de référence à la formation de Jésus (cf l'encyclopédie Jésus) nous ont conduit à la situation présente. Nous admettons que Jésus était juif mais nous préférons parler d'incarnation ou de kénose que de participer à une Bar Mitzva ou à un office de Chabbat. A chacun de s'interroger sur ce point aveugle. Jean évoque les émotions de Jésus et lui fait dire que le salut vient des Juifs mais, comme me le faisait remarquer un ami juif, ce ne sont pas des sujets qu'il peut aborder avec des amis chrétiens ! Armand Abécassis avait coutume de dire que si Jésus revenait il fréquenterait une synagogue et aurait du mal à comprendre les pratiques liturgiques chrétiennes. N'était-ce qu'une boutade?
Votre réflexion est très…
Votre réflexion est très pertinente et suggestive. Et pour aller plus loin, vous avez certainement lu le livre passionnant de Daniel Boyarin "Le Christ juif".
Bien sûr, Jésus allait à la synagogue et au Temple, il discutait avec les Pharisiens, mais il a été aussi violemment contesté par certains courants religieux du judaïsme tellement diversifié de son temps, notamment les Sadducéens, maîtres du Temple, et ceux qui s'accommodaient d'un pouvoir romain oppresseur. Contesté et finalement arrêté avec leur aide, et livré aux Romains pour qu'ils le mettent à mort. Cela entre dans le cadre des tensions terribles entre les Juifs eux-mêmes depuis deux siècles (vers 104 av.J.C. le roi juif Alexandre Jannée fit crucifier plusieurs centaines de Pharisiens), mais cela reste tout de même une vraie question !
Les disciples de Jésus, en train de devenir les chrétiens, vivent dans un judaïsme très différent, réunifié autour de la Loi, des textes en hébreu, et surtout sur des critères identitaires forts, avec expulsion de toutes sortes de déviants (dont les Nazoraîm,mais ils étaient loin d'être les seuls, ni les groupes les plus importants). Le problème alors est celui d'une ouverture très large (depuis 30 ans déjà avec Paul) des groupes chrétiens aux païens. Ce que les Juifs ne pouvaient admettre. On aurait pu rêver un partage des tables selon les principes d'Actes 15, 19-20 ; mais lorsque les païens deviennent majoritaires et que les Juifs se referment sur une identité menacée, l'unité n'est plus possible.
Et je n'ai pas évoqué la question de fond, car c'est un point discuté (voir D. Boyarim et d'autres) et peut-être à discuter avec vos amis juifs : un Messie crucifié était-il pensable et admissible ? Celui-là pouvait-il être l'Envoyé de Dieu, le Fils de l'homme de Daniel 7 ? D.Boyarim semble le croire, mais à l'époque, on constate que le Targum d'Isaïe 52,13-53,12, qui fait du serviteur souffrant un Messie triomphant par la force et la violence, s'y refusait absolument.
Je suis vraiment d'accord avec nous : si nous pouvons en parler amicalement, faisons-le ; si je suis invitée à la synagogue, j'y vais volontiers.
Mais ma liberté "chrétienne" vis-à-vis de tous les rites et de toutes les obligations (même liturgiques est difficilement transposable dans la pratique juive !
La question des "hérésies"…
La question des "hérésies" est difficile à aborder, parce qu'en fait il n'y a pas eu d'hérésie tant qu'un contenu de foi ou une doctrine n'ont pas été formellement fixés. Et cela n'a pu se faire dans l'Eglise qu'avec le temps au cours des trois ou quatre premiers siècles.
En fait on assiste plutôt au cours du deuxième siècle, notamment en Asie mineure, à une effervescence de propositions religieuses et de doctrines diverses, en grande partie venues du fait que le judaïsme en se resserrant autour de la Loi hébraïque et l'enseignement des rabbis (après 70) avait largement exclu ou laissé partir des courants très divers et divergents. En grande partie aussi du fait de propositions religieuses venues de l'Est, des religions zoroastriennes, et des multiples cultes à mystère qui avaient fleuri dans l'Empire romain depuis deux ou trois siècles (culte de Sérapis, d'Isis, mystères de Mithra…). Y a-t-il eu aussi influence du christianisme ?
C’est au deuxième siècle que les grands systèmes gnostiques ont commencé à se développer (Marcion, puis Hérakléon, Valentin , Ptolémée etc.), à bonne distance en fait de la foi chrétienne. Aussitôt d’ailleurs les chrétiens ont réagi. Marcion et son église ont été exclus de Rome, et un évêque comme Irénée de Lyon écrit une oeuvre monumentale intitulée Contre les hérésies, plus exactement « contre la gnose au nom menteur », car gnose signifie « connaissance » et pour Irénée la vraie connaissance est la foi conforme à l’Evangile.
L’évangile de Jean a-t-il été influencé par des courants pré-gnostiques ? On a déjà à Qumrân des oppositions très dualistes « lumière/ténèbres ». Disons que cette tendance est dans l’air du temps, notamment en Asie mineure. Et il me semble que les choses ont plutôt fonctionné en sens inverse. Ce sont les courants gnostiques qui, au deuxième siècle, ont tenté de s’approprier l’évangile de Jean (le prologue est cité par Hérakléon). Irénée s’empare de la question et y met bon ordre !