J’ai lu « découvrir une histoire longtemps enfouie. Revenir avant le tournant qui a défiguré le chrétianisme » livvre de Michel Gigand et Jean Marie Peynard, 2 prêtres ouvriers de Caen ( édité par Golias) De nombreux ouvrages édités par Karthala ( Brun…)
De nombreux ouvrages développe un discours très radical sur le christianisme qui au 2 ème siècle aurait balayé le christianisme inauguré par Jésus de Nazareth. Qu’en pensez vous? En particulier du livre de André Sauges: »De Jésus de Nazareth à la fondation du christianisme.
Créé par : Noël Barré
Date de création :
Votre question est très…
Votre question est très contemporaine, et je suis contente que vous l'ayez posée, même si, je l'avoue, elle me fait un peu sauter au plafond !
Ces livres ne manquent pas d'intérêt, mais ils se fondent tous sur le même parti-pris idéologique : le christianisme aurait "défiguré" le message de Jésus, l'Evangile, et l'aurait remplacé par une religion...
Il y a même eu une série d'émissions télé de Prieur et Mordillat dans les années 2000, pour soutenir cette thèse : ils l'avaient de façon tout à fait hypocrite attribuée à Alfred Loisy en interprétant faussement son propos : Jésus annonçait le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue. Mais pour Loisy, cela signifiait que l'Eglise est la suite nécessaire et évidente de l'action de Jésus, le Royaume étant une réalité eschatologique que l'Eglise continue à annoncer.
Dit autrement : si Jésus n'avait pas remis entre les mains de ses disciples son message de vie (et sa vie même), et si ses disciples dans les quelques siècles qui ont suivi ne s'étaient pas progressivement organisés pour le vivre et le transmettre, et transmettre aux générations suivantes la force de l'Esprit qui leur avait été donnée, le mouvement de Jésus aurait tout simplement disparu, les Evangiles n'auraient pas été mis par écrit, et nous ne serions tout simplement pas chrétiens.
Lisez le plaidoyer de Gamaliel en Actes 5,34-39 : "si l'entreprise des disciples est de Dieu, vous ne pourrez pas la faire disparaître". Les différentes révoltes ou tentatives de révolution précédentes ont toutes échoué. Mais l'Evangile n'a pas échoué.
Et parce que nous sommes en régime d'"incarnation", cet Evangile confié à des femmes et à des hommes a nécessairement été portée par une sorte d'institution. Rien ne dure sans s'instituer. Et la grande "défiguration" que ces auteurs incriminent au 2ème et 3ème siècle est simplement le moyen humain, très humain, mais tout de même inspiré par l'Esprit saint, pour que la foi chrétienne ne disparaisse pas.
Une question un peu cruelle : d'où ces auteurs ont-ils reçu les mots de la foi et les paroles de l'Evangile ? Qui les leur a transmis et enseignés sinon leurs parents ou des amis, tous ayant reçu de l'Eglise et de sa grande Tradition la force de vivre, de dire et de transmettre la foi au Dieu de Jésus Christ ? Et le Nouveau Testament tout entier est l'oeuvre de cette Eglise du 2ème siècle qui a voulu fixer les grands repères d'une expérience à transmettre aux siècle suivants.
C'est vraiment d'une grande naïveté que de croire que la foi chrétienne aurait pu se transmettre de témoin en témoin, sans aucun support que l'engagement de quelques uns. C'est refuser l'incarnation, la tradition humaine qui s'inscrit dans l'histoire, et qui a donné forme à la Tradition de l'Eglise, que de vouloir aller directement à la source ; laquelle d'ailleurs ? Les évangiles sont des textes d'Eglise, fruit d'un long travail de choix, de mise en forme et de transmission dans des communautés chrétiennes qui se référaient à Matthieu, Marc, Luc, Jean, et d'auteurs qui ont écrit "selon Matthieu, selon...".
Cela ne veut pas dire que l'Eglise qui a pris forme au cours des premiers siècles soit parfaite ou intangible. Elle est très imparfaite, toujours en évolution, pécheresse et toujours cherchant plus ou moins adroitement à se réformer... Elle doit surtout ne jamais se figer en croyant avoir atteint une forme idéale ou pire la "vérité". Puisqu'elle est une réalité historique, qui doit avancer avec l'histoire humaine. De mon point de vue (discutable d'ailleurs), l'Eglise est au service de l'humanité, de sa croissance et de son bonheur, de sa réconciliation et de sa paix, et ne devra disparaître que lorsque l'humanité sera par la force de l'Esprit entièrement réconciliée (passée en Dieu ?).
Sur un point, les auteurs ont tout à fait raison. L'Eglise trahit le message vivant de l'Evangile, dès lors qu'elle se fixe une forme et renonce à évoluer et à avancer avec l'humanité qu'elle a charge d'accompagner et d'éclairer du dedans... Là est le véritable danger. La vraie tradition est actualisation perpétuelle (déjà commencée à l'intérieur du Nouveau Testament : Colossiens, Ephésiens, TIte et Timothée relisent Paul différemment, les lettres de Jean luttent contre des déviations nées de l'évangile johannique etc...). La Tradition est transmission actualisante. Et notre tâche est de faire avancer l'Eglise pour qu'elle soit toujours plus à l'écoute du monde et avance au rythme de ceux auxquels elle doit transmettre l'Evangile, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. De cela seul le témoignage vivant des chrétiens peut convaincre.