Hier soir notre groupe a buté sur les paroles du Jésus le soir de Pâques: "ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." Et l'infinie miséricorde de Dieu, alors? A la trappe? L'un des membres du groupe a suggéré une lecture en rapprochant cette parole du Notre Père, où on lit une phrase tout aussi dérangeante: pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Dans les deux cas, il semble que la miséricorde de Dieu soit en quelque sorte subordonnée à une décision humaine. Peut-être faut-il comprendre ces deux textes ainsi: la miséricorde de Dieu est certes infinie mais Dieu a besoin des hommes. Ne pas pardonner, ou ne pas remettre les péchés, c'est faire obstacle à la miséricorde de Dieu. Ne serait-ce pas cela, le "péché contre l'Esprit"? En tout cas, si on accepte cette lecture, une conclusion s'impose: les apôtres et leurs successeurs doivent impérativement remettre tous leurs péchés à ceux qui le leur demandent! C'est d'ailleurs ce que Jésus dit à Pierre en Mt 18:22, "je ne te dix pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois". Et la parabole qui suit immédiatement (le serviteur qui devait dix mille talents) montre bien qu'on peut faire obstacle à la miséricorde de Dieu en ne pardonnant pas soi-même.
Nous avons vraiment besoin de votre commentaire!
Créé par : Claude Mandil
Date de création :
Un grand merci de votre…
Un grand merci de votre question !
Elle est la mienne, lorsque je lis ce texte de Jean, encore plus lorsque je lis le Notre Père de Matthieu 6,12 (« comme nous AVONS remis… »), et le commentaire qui suit enfonce le clou (6,14-15) ! Notez en passant que la traduction liturgique prudente (depuis fort longtemps) a choisi pour ce verset de suivre le présent de Luc 11,4 (« comme nous pardonnons » Ouf !).
Mais je ne suis pas sûre que vous ayez besoin de mon commentaire, car vous avez-vous-même développé la question et les réponses possibles.
Je peux au moins dire deux choses : le texte de Jean reprend une formulation déjà traditionnelle, celle qu’on trouve en Mt 6,12, et sous une forme un peu plus « qumrânienne » peut-être en Mt 18,18. L’intérêt du texte de Jean, c’est que, comme en Matthieu 18, tous les disciples sont concernés (et pas seulement Pierre comme en Mt 16,19).
Je pense comme vous que l’insistance est mise ici sur la collaboration humaine à l’œuvre de Dieu, sur le fait que le pardon de Dieu doit être manifesté (dit, annoncé, rendu visible) dans la communauté humaine ; l’idée est que c’est l’accès privilégié que nous avons au pardon de Dieu, et qu’il faut que celui-ci soit dit aux êtres humains par d’autres êtres humains ; une sorte d’officialisation du pardon de Dieu.
Et pourquoi le passé chez Matthieu, cette sorte d’antériorité étonnante, et peu admissible ? Je crois qu’il faut le situer dans l’économie du Notre Père. Celui qui dit la prière est déjà pris dans la mouvance du pardon de Dieu, il sait que déjà il a été pardonné et que ses adversaires peuvent l’être aussi. Et qu'effectivement s'inscrire dans cette dynamique, c'est toujours accorder le pardon que l'on peut accorder, sachant que celui de Dieu est infiniment plus grand.
Lorsqu'on lit jusqu'au bout le chapitre 18 de Matthieu, on tombe sur la terrible parabole dite du "débiteur impitoyable", qui en dit long sur l'obligation de miséricorde qui s'impose à chacun de nous, 70 fois 7 fois !
Enfin, il y a ce côté que j’appellerai très « juif » de l’évangile selon Matthieu comme de celui selon Jean : la tradition juive a toujours tenu que l’être humain doit collaborer à sa réconciliation avec Dieu, dit autrement à son salut. Comme vous le dites, Dieu n’agit pas sans nous. Et Matthieu qui s’inscrit dans la tradition juive, sait que dans tous les cas, Dieu a déjà agi, le premier, mais qu’il nous attend.
Je crois que je n'ai fait que répéter un peu autrement ce que vous avez écrit !