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Thèmes / Lecture accompagnée de l'Evangile de Jean / Vos questions, vos remarques / Jugement « maintenant » et « au dernier jour »

Jugement « maintenant » et « au dernier jour »

Comme vous le dites dans la feuille de route n°5, J. Zumstein invite à déplacer l’image surplombante d’un jugement final, pour une autre façon de vivre le jugement, pour chacun ici et maintenant, dans chacun de ses choix. On trouve en effet cette perspective dans l’évangile de Jean (Jn 5,25 ; 12,31) ; ce jugement est de l’ordre du dévoilement : « C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles » (Jn 9,39). En faisant la vérité, le jugement est le moyen pour l’être humain de revenir à Dieu.

Mais Jean a conservé l’idée de « dernier jour » héritée de la tradition juive pour la résurrection des croyants (Jn 6,39). Il apparaît que Jean joue sur les deux aspects du jugement : après le dévoilement qui participe au salut de l’être humain, vient la sanction qui, dans le cas de l’incrédule, est une condamnation. Jean tient alors des propos à la tonalité apocalyptique : « celui qui n’obéit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jn 3,36). Le refus de croire laisse l’individu sans protection face à la colère de Dieu : cela constitue son jugement.

Comment réconcilier ces deux perspectives ? Comment comprendre cette colère de Dieu auquel le non-croyant ne peut échapper ? Le groupe de Grenoble aurait bien besoin de vos éclairages sur ces questions.

Créé par : Claude Laval

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 27/03/2026 - 17:58

Permalien

Vous touchez juste et je vous en remercie. Oui, Jean garde plusieurs images ou expressions, pas nécessairement cohérentes, pour dire la révélation inouïe qu'est l'enseignement et la vie de Jésus : en lui le jugement de Dieu sur les êtres humains est à l'oeuvre.
D'un côté on trouve les expressions qui disent le "maintenant", voire l'urgence du jugement qui se manifeste dans le croire (la foi au Dieu unique révélé en son Fils), et le faire ("faire la vérité"), qui sont les deux aspects d'un même "venir à la lumière" (3,18-21 par exemple, vous donnez d'autres excellentes références sur ce thème), et une participation déjà à une vie "éternelle".
De l'autre les images de type apocalyptique d'un jugement final lors de la résurrection ("je le ressusciterai au dernier jour" 6, 39-40 ; la menace de la colère 3, 36, etc), utilisée par le même Jésus qui dit aussi à Marthe  : "je suis la Résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s'il meurt vivra "  (11,25).
Devant cette situation, les commentateurs disent souvent aujourd'hui (et ils ont en grande partie raison à mon avis) que tout l'effort de l'évangéliste est de faire passer les croyants de la communauté johannique d'une foi encore proche de la foi juive en la résurrection finale des mort, à une foi au Christ vivant, mort et ressuscité, qui dans l'acte même de la foi et le faire qu'elle induit, partage dès maintenant à chacun sa vie divine, "une vie éternelle".,
Un effort pédagogique dont rend compte parfaitement le dialogue de Jésus avec Marthe au chapitre 11, 17-27.

J'ai envie d'ajouter autre chose : comme toujours dans la Bible, les choses sont dites "de plusieurs manières", et cela n'est pas vrai seulement de l'Ancien Testament (ce qui est magnifiquement résumé dans le Psaume 62,12 ; "Dieu a dit une chose, deux que j'ai entendues"), mais aussi dans les textes du Nouveau. Il n'y a pas une seule façon de dire le  mystère inouï d'un salut de tous les êtres humains dans le Christ Jésus et le partage de la vie divine proposé. Il me semble que la théologie qui s'imaginerait construire un tout parfaitement cohérent, accessible à l'esprit humain, se tromperait lourdement : comme si nous pouvions mettre la main (ou la pensée) sur Dieu, l'infiniment autre, l'infiniment aimant.... Nous sommes vite tentés d'avoir "tout compris" !
Or, les images apocalyptiques viennent apporter une autre dimension, celle de l'attente, celle d'une possibilité toujours nouvelle et toujours rouverte de revenir vers Dieu ; les menaces de type prophétiques, la colère qui vient contre "celui qui refuse de croire", sont aussi un appel à chacun de se situer devant les choix de son existence  et ce qu'ils engendrent : colère ou réconciliation ! 
J'ajoute aussi que les deux "façons" de parler du jugement sont l'une et l'autre à réinterroger sans cesse ; en gardant toujours en tête que nous ne sommes pas chargés de juger (ni les autres, ni nous-mêmes), mais bien de nous poser la question sur ce que révèle chacun de nos choix, de nos actes, de nos paroles.

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