Avec le principe « qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière », on est en plein Réné Girard, et l'angle n'est pas du tout abordé dans la feuille de route ni dans les commentaires du forum, ce qui me surprend. On a la "foule" qui va croire en lui, une rivalité mimétique entre Caïphe et Jésus, l'unanimité persécutrice conte le héros mythique. Tous les ingrédients sont là. L’innocence total de Jésus, sans être argumentée, est en filigrane une évidence. Il circule ouvertement et ne se cache pas tel un criminel. Le bouc émissaire, bien qu’innocent, mérite la mort. Cette innocence de la victime est un fait nouveau, c’est l’inverse de ce que les mythes fondateurs ont véhiculé. Se sont les fondations de la culture de la défense des victimes… et la disparition progressive des religions archaïques basées sur les crimes rituels de différentes formes. Quid ?
Créé par : Anquetil Frédéric
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Bonjour, Monsieur, et merci…
Bonjour, Monsieur, et merci de votre remarque !
Je suis aussi intéressée que vous par les propositions de René Girard que j'ai beaucoup lu (et j'ai fait quelques compte-rendus dans les Cahiers Evangile). Les catégories anthropologiques de lecture qu'il met en place (rivalité mimétique, bouc-émissaire, réconciliation autour de l'exclusion et de la mort de la victime, reconnaissance de l'innocence de celui qui est mis à mort) sont extrêmement intéressantes. Elles permettent de mieux comprendre le texte du serviteur souffrant d'Isaïe 52-53 ; et elles sont éclairantes, bien sûr, sur les récits de la passion.
Je ne les ai pas introduites à dessein. Parce que nous n'avons pas choisi une grille de lecture a priori, sinon celle d'un exégète J. Zumstein dont le souci, comme le nôtre, est celui d'une lecture du texte avec le moins d'a priori possibles, et sans projeter d'emblée sur ce texte notre propre grille de lecture. C'est le risque de la théorie de Girard, comme souvent, c'est de connaître le sens du récit et d'avoir la vérité avant de le lire, patiemment, mot à mot. Nous pouvons (et c'est souvent le cas) retrouver bon nombre de traits que relève Girard en lisant le texte, mais d'une part, la démarche est inverse, nous partons de nos étonnements sur le texte, d'autre part, je crois ce texte infiniment plus riche et nuancé qu'une théorie si performante soit-elle !
Girard brosse à grands traits un passage des "mythes fondateurs archaïques" au retournement évangélique. Il oublie que tout le travail des prophètes a été celui-là ; il oublie que le vieux fond archaïque reste présent dans bien des passages du Nouveau Testament, qu'on n'a jamais fini de s'expliquer avec le mystère du salut : la mort du juste "pour" tous ! Excusez-moi, sa théorie a une grand part de justesse, mais elle reste un peu simpliste (si j'ose dire !!!).