Commentaires
dessein de Dieu
Je suis tout à fait d'accord !
Je suis heurtée d'entendre à la messe cette notion de sacrifice " priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre,,, " alors que Jésus a bien dit " c'est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ", ainsi que la phrase " selon sa volonté (du Père ) s'est offert en sacrifice" : quel père digne de ce nom peut vouloir sacrifier son fils ? Dieu a bien refusé le sacrifice d'Abraham !
A quand un renouveau des textes liturgiques ?
Le dessein de Dieu
Je crois que Jésus a été condamné et crucifié car il s'est montré très critique et même hostile envers les Pharisiens et les grands-prêtres qui n'ont pas reconnu en lui le Messie envoyé par Dieu. Mais Jésus a fait de sa mort une offrande à son Père pour le salut de l'humanité. Voyant qu'il ne pouvait échapper à la mort, Lc 22, 42 "Père, si tu veux éloigne de moi cette coupe, cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne", il s'en remet au Père qui ne le condamne pas mais qui laissera faire la condamnation pour le salut de l'humanité.
Oui, le mystère de notre…
Oui, le mystère de notre salut peut être dit dans les termes où vous le faites : cette "offrande" de soi de Jésus. Au Père, si on veut, mais il ne faut jamais laisser penser que le Père ait demandé ou voulu cette "offrande"; la critique des sacrifices dans toute l'Ecriture le dit assez : Dieu n'en a nul besoin, lui qui ne veut que la vie. Alors, plutôt une offrande à une humanité dont il faut casser la violence par ce geste d'extrême acceptation qui est celui d'une victime innocente, et une remise de soi entre les mains du Père, un abandon dans un moment extrême où peut-être Jésus n'a plus compris où tout cela allait. Luc met dans sa bouche les mots du Psaume : "entre tes mains je remets mon souffle/esprit" (Lc 23,46 citant le Psaume 31,6). Jésus s'en remet totalement au Père dans une confiance absolue, quoi qui lui arrive.
Je crois que nous disons la même chose sur le fond, mais je reste prudente sur la formulation tant elle peut entraîner de fausses représentations. Je sais bien qu'on nous a appris à "offrir nos souffrances ou nos difficultés à Dieu" : mais, d'une certaine façon, c'est scandaleux. Dieu ne veut pas que nous souffrions... Il vaudrait mieux dire, peut-être, que nous abandonnons ces souffrances et difficultés "entre ses mains", à son amour, que nous nous en remettons totalement à lui.
En ce sens on peut parler avec Paul de "la foi de Jésus Christ", cette confiance sans faille et jusqu'au bout dans l'amour infini du Père. Et nous pouvons essayer d'entrer dans cette foi qu'il nous "offre" !
Je pense que le terme …
Je pense que le terme "sacrifice", trop piégé, devrait être remplacé par offrande, ou mise à disposition de soi. Avec des nuances : non pas "mon offrande" ni "la vôtre", mais peut-être celle que nous formons quand nous faisons Eglise, et c'est alors qu'on comprend mieux la formule ancienne "l'offrande qu'est toute l'Eglise". L'Eglise prémices d'une humanité ouverte et réconciliée est mise à disposition de Dieu pour servir l'humanité souffrante et si souvent manipulée par le mal.
La prière se terminait et devrait se terminer par "pour la gloire de Dieu et le salut du monde", c'est cela à quoi l'Eglise est offerte... et nous en tant qu'Eglise.
Merci pour votre question,…
Merci pour votre question, vous avez raison, on n'est jamais assez clair sur l'emploi des mots, et ils charrient avec eux des siècles de représentation parfois catastrophiques.
Pour ma part, par "dessein de Dieu", j'entends ce que tout le monde peut lire en ouvrant la Bible : Dieu crée et il trouve cela "bon", Dieu bénit les êtres vivants (Gn 1,22) et le couple humain (1,28), et il leur confie "la terre". Si les auteurs bibliques ont mis ce texte "en tête", c'est bien pour affirmer cette immense projet de bénédiction. A vrai dire, ils ne parlent pas de "dessein" de Dieu, mais de sa volonté ou plutôt encore de "ce qui lui plaît".
Si je poursuis ma lecture, je comprends que cette volonté de bénédiction, confiée à l'humanité (depuis quand ? depuis qu'elle est humanité capable d'en prendre conscience ?), les humains s'en sont toujours emparés en la détournant à son profit, en la soumettant à leur propre projet de violence.
Et la "volonté" de Dieu est toujours de ramener l'humanité à lui, ou... de venir lui-même à l'humanité. Un Dieu qui vient à l'homme....
J'essaie de le dire dans la perspective que je trouve magnifique (et indiscutable pour les chrétiens) qui est celle d'Irénée de Lyon (vers 175 ap. J.C.) : Dieu lentement dans l'histoire s'est accoutumé à nous pour que nous nous accoutumions à lui ! C'est le long chemin d'Israël, don de la Loi, paroles des prophètes, attente d'un Dieu qui vient, serviteurs souffrants car violentés par les humains... jusqu'à ce que Dieu en son Fils vienne renouveler le coeur humain selon la prophétie de Jérémie et d'Ezéchiel : "je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous mon esprit" (Jr 31,31 ; Es 36,26). Et comme Jérémie (et d'autres), Jésus est rejeté, mis à mort. Les chrétiens, dont je suis, croient que Dieu en lui et avec lui a manifesté qu'il avait le dernier mot sur la violence et la mort par ce qu'on a appelé "la Résurrection de Jésus".
Alors pourquoi parler en termes de "sacrifice" (on en parle certainement trop aujourd'hui) ?
Parce que c'est ainsi que l'humanité a toujours cherché à combattre son penchant à la violence (parfois par une violence pire encore), à apaiser le courroux des dieux, à se réconcilier avec la divinité et à se la favoriser : en lui offrant des "sacrifices" (nourriture végétale ou animale). On parle alors de propitiation, d'expiation.
Israël, comme tous les peuples anciens, participent de cette idée du sacrifice, mais sa force et sa grandeur a été de toujours chercher à la transformer, puis-je dire à la "spiritualiser" ? en tout cas à l'accompagner d'un retour du coeur vers Dieu, d'un changement d'attitude et de vie, d'un "repentir" ou d'une "conversion". A la source, il y a le souvenir et l'idée d'une libération de l'esclavage, ce qui se dit "rachat ou rédemption". Et les "sacrifices" sont aussi utilisés pour remercier Dieu (sacrifice d'action de grâce), lui demander de renouveler son acte de salut, de rédemption.
Mais les prophètes (il suffit d'évoquer Isaïe 1,10-20, Amos 5,22 ; Jr 15, 6 etc.) n'ont cessé de refuser très vigoureusement les sacrifices sanglants d'animaux. Ceci dit, la compréhension du sacrifice en Israël n'est pas de "nourrir" la divinité ; égorger des bêtes relève effectivement d'un sacrifice sanglant, mais le sang représente la vie, et l'idée était de manifester par l'aspersion de sang que la vie appartient à Dieu et doit lui être rendue : aspersion de l'autel ; et que Dieu seul peut rendre au peuple cette vie pardonnée et renouvelée : aspersion du peuple.
Lorsque Jésus est mis à mort, mort violente voulue par les humains et jamais par Dieu, lorsqu'ils auront expérimenté et compris que Dieu l'a relevé et que la mort a été vaincue, ses disciples essaieront de dire le sens de la mort de Jésus. Et l'image du sacrifice (sanglant ?) s'impose très vite.
Mais il ne s'agit pas d'un sacrifice offert à Dieu qui n'en a aucun besoin et les déteste, il s'agit d'un don de soi fait aux humains (un sacrifice aux êtres humains?), manifestant et mettant en oeuvre le fait que Dieu leur donne sa propre vie, veut partager sa vie divine à cette humanité ... lamentable.
C'est le sens même de l'eucharistie.
La tendance sera alors de relire la vie de Jésus en termes de dessein ou de volonté de Dieu ("il fallait"), mais la volonté de Dieu n'était pas qu'il meure mais que tous vivent !
Le retour à la pensée païenne (se réconcilier la divinité, l'apaiser, accumuler auprès d'elle ses mérites) a, hélas, trop vite et trop souvent repris le dessus dans le christianisme, c'est une tentation bien humaine...et, excusez-moi de le dire, il me semble que nous sommes en plein dans un retour à cette tentation. Au lieu de comprendre que tout cela est le don qui ne cesse jamais d'un Dieu fou d'amour pour l'humanité....