Commentaires
A la réflexion, la nuit…
A la réflexion, la nuit porte conseil, votre propre "analogie" avec l'icône est très parlante. Car écrire (ou peindre) une icône est une expérience spirituelle, à partir du traitement du bois, du mélange de l'oeuf et de la peinture... Peut-on considérer que Jean nous fait faire par son écriture une expérience du même ordre ?
Langage
En effet je ressens fortement que l'évangile de Jean nous propose au delà du langage une expérience spirituelle fulgurante. Mais je dois aussi avouer que mon instinct se méfie de toutes ses fibres de cette voie qui est toujours au bord du danger d’une "démission de la pensée". A ce titre la nuit m’a aussi porté conseil, celui de lire l’article du site sur le cœur sacré, illustration cristalline de ce précipice.
Bien fraternellement,
Gilles Buchet
PS : me revient à l'esprit ce célèbre aphorisme de Wittgenstein, qu’il est toujours bon de méditer avec application! "Ce qui peut-être dit, peut être dit clairement ; et ce dont on ne peut parler, il faut le passer sous silence.”
Wittgenstein a mille fois…
Wittgenstein a mille fois raison ; mais le langage, comme la musique, a parfois des ressources insoupçonnées pour dire, ou suggérer l'indicible ! A manier avec la plus grande prudence !
Vous me posez une question…
Vous me posez une question bien difficile, car vous analysez vous-mêmes les éléments de l’Ecriture johannique beaucoup mieux et avec beaucoup plus de précisions et d’outils que je ne saurais le faire.
Si je vous comprends bien, vous vous appuyez sur le caractère très imagé, métaphorique et parfois même allégorique des textes, pour nous inviter à comprendre qu’il s’agit non pas d’un langage narratif simple, mais d’un langage « analogique », c’est-à-dire qui vise toujours autre chose à la fois semblable et infiniment plus grand ou plus riche que le sens premier (qu’il ne faut pas négliger)..
Je ne sais si vous serez d’accord avec ma façon beaucoup plus terre à terre d’exprimer les choses : Jean utilise les données du réel et de l’expérience (le vent, l’eau, la lumière vs la ténèbre, mais aussi le pain, la vigne, le berger…), pour que le lecteur joue sur toute la gamme des significations et des images possibles, passant du matériel au spirituel, sans jamais lâcher l’ancrage dans le réel, car c’est là que la Parole de Dieu s’est incarnée. Ainsi, l'eau source de vie appelle l'Esprit ce souffle-vent créateur (et à l'arrière plan, le projet créateur de Genèse 1)...
C’est donc à un autre regard sur la réalité que nous vivons que Jean nous invite (soit dit en passant, ce déplacement du regard est aussi le moteur de la parabole) ; vous parlez de « contemplation », et je suis bien d’accord. Il y a d’ailleurs des épisodes qui y invitent : voir le serpent de bronze élevé devant le peuple en 3, 14 et 12, 32, à associer à 19, 37. Il faut tenir compte aussi de la reprise perpétuelle de textes de l’Ecriture qui fondent une nouvelle compréhension, et du jeu d’échos multiples qui traverse sans cesse l’Evangile.
NB : J’ai simplement l’impression que Marc de même, en invitant à contempler le Crucifié, épuisé et abandonné, appelait aussi à voir au-delà du visible !