Commentaires
Le jugement
Je suis choqué par le jugement selon Jean: si on reconnait le Christ tout va bien et si on ne le reconnait pas tout va mal; et nos proches qui ne le reconnaissent pas , que deviennent ils ?
Le chapitre 25 de Matthieu me parait bien plus pertinent:
il concerne toutes les nations, le jugement final prend en compte l'activité compassionnelle des uns et des autres et non pas la reconnaissance explicite de Jésus,durant la vie ; enfin il parle bien d'un jugement final et non pas ponctuel; je vois aussi que lors des obseques d'une personne proche, les témoignages exprimés sont en quelque sorte un jugement final, soulignant les bons aspects de la personne et parfois les moins bons; ce jugement ne choque pas !!
Se dire que les bons aspects nous ont faits proches du Christ et les mauvais , éloignés du Christ, ne me choque pas .
Sur le fond, je suis…
Sur le fond, je suis entièrement d'accord avec vous, et ce n'est pas pour rien que l'Eglise (les chrétiens dans leur "sensus fidei") ont gardé 4 évangiles et pas un seul, chacun étant lié à une communauté et à son histoire, chaque fois différente. Nous l'avons lu chez Zumstein, et il faut en tenir compte, l'évangile de Jean est le texte en construction qui accompagne une communauté particulière dans les problèmes successifs qu'elle rencontre (hostilité des johannites baptistes, de la synagogue d'après 70, et enfin des gnostiques), et dans son effort pour faire faire au lecteur une avancée dans la foi à la découverte de l'identité de Jésus. Il n'est pas dit que Nicodème, la Samaritaine, ou l'aveugle-né font une profession de foi complète (?) et officielle, il est dit qu'ils avancent (et le lecteur avec) à la découverte du dessein de Dieu tel qu'il leur est présenté dans Jésus.
Les formulation polémiques, excluantes sont bien là, elles ont toujours été présentes dans l'Eglise, hélas, et il faut le regretter, voire le rejeter. En tout cas, notre travail est de les écarter avec un nouveau recul, après les avoir comprises et situées dans leur contexte.
Encore et encore, il faut interpréter à la lumière d'un passé plus riche et plus large et d'éclairages toujours nouveaux, tout en restant prudents sur ce qui reste fondamental en notre foi en un Dieu qui envoie son Fils, un Fils pleinement incarné, et qui nous a laissé son Esprit... essayons d'entendre cet Esprit aujourd'hui.
Votre remarque est…
Votre remarque est parfaitement juste, et je ne suis pas sûre de savoir répondre de façon pertinente, même si je partage totalement vos interrogations sur ce que peuvent signifier ces images aujourd'hui, et le rejet qu'elles peuvent induire.
Les formulations du Credo retenu après Nicée-Constantinople à Chalcédoine restent terriblement marquées par les représentations de l'époque. Et ces représentations de l'au-delà (avec jugement, récompenses et châtiments) se sont développées à partir du premier siècle à la fois dans le monde juif et dans le monde chrétien, surtout dans la littérature apocalyptique (voyages d'un voyant dans le temps et l'espace, lors desquels Dieu révèle son dessein final). Elles ont d'ailleurs des parallèles en monde grec (le Tartare, l'Hadès, ses fleuves et ses juges) et romain.
Elles sont très présentes dans les paraboles de Matthieu, et il est clair que Matthieu a été l'évangile privilégié par l'Eglise pendant près de 20 siècles, proche d'un judaïsme assez moralisant, et insistant sur la responsabilité humaine, liée à l'idée de jugement.
La question est : quel est le sens pour nous de ces images désuètes ? quelles bornes marquent-elles qui nous aident à vivre et à mourir ?
Probablement il s'agit de la responsabilité rappelée à chacun en lien avec la liberté que Dieu donne et respecte...
Il y a aussi l'idée que la venue du Christ (la réconciliation ultime de l'humanité en lui devant et avec Dieu) doit rester l'horizon de notre attente et de notre action. Que la notion d'urgence et de vigilance doit nous accompagner : il est urgent d'aimer, il est urgent de soigner, de guérir, de réparer le monde....
C'est en ce sens (et d'autres directions peut-être) que ces formulations ont été conservées, non pour être reçues dans leur forme imagée obsolète, mais en tant qu'elles évoquent des piliers inébranlables de notre foi. Le Seigneur vient et ne cesse de venir, et le jugement est entre nos mains à chaque instant, sous l'urgence de l'amour à partager...