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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / La foi Chrétienne : une question ?

La foi Chrétienne : une question ?

Bonjour madame,
Permettez-moi de poser la question qui me paraît la plus déterminante pour l’identité de la foi chrétienne (comme son « autodéfinition » même), question (je devrai dire plutôt : malaise) qu’a soulevée pour moi le commentaire de D. Marguerat relatif au très célèbre hymne de Ph 2.
Mon premier « embarras » tient à l’interprétation que D. M. donne de la kénose, comme un « renoncement » (p. 298 s.) ; car, pour un homme (Jésus de Nazareth) qui n’est pas de « condition divine » (« Jésus ne s’est pas dépouillé de sa condition divine » (p. 299), citant P. Bonnard), de quoi s’est-il dépouillé ? Certes, Jésus a choisi d’être le prédicateur itinérant de la Bonne Nouvelle de la présence agissante du Règne de Dieu pour nous tous, présence advenue avec lui, Jésus choisissant cette forme de vie au lieu de demeurer dans l’existence commune, prédéterminée, de « fils de charpentier », se mariant, etc …, — et, dans cette existence-pour-nous, pour la Vie, il a nécessairement enduré (dans le monde « tel qu’il est ») une existence-vers-la-mort. Cela étant, lorsque D.M. écrit : « Le renoncement de Jésus est allé jusqu’à choisir … la condition sociale que personne ne choisit, car on l’est par naissance ou par contrainte : l’esclavage, sans droit, sans liberté, sans respectabilité » (p. 298), je ne comprends pas : l’homme Jésus n’a pas choisi la condition d’esclave (sauf au sens symbolique, et très réel, et onéreux, de « l’obéissance au Père »), n’a pas choisi la non-liberté (on a très souvent noté qu’il fût l’homme le plus libre, l’homme libre par excellence, relativement à toutes sortes de « normes », et … jusque dans son cheminement géographique !). Dans la même ligne de questionnement, lorsque D. M . écrit : « à la brillance divine, Jésus a préféré la condition la plus servile et la mort la plus ignoble qui soit » (p. 298), que signifie cette « brillance divine » alors que D. M. refuse les catégories de « nature », « substance », « essence » (p. 295), pour n’accepter que celles de fonction, relation (sur cette répugnance, philosophique, très contemporaine, de toute « ontologie », je reviendrai plus bas) ; et j’ai toujours le même questionnement sur le choix de « la condition la plus servile » (une multitude d’hommes a choisi la liberté de leur vocation de sages, de philosophes, d’artistes, de scientifiques, de réformateurs, etc …, qui ne pensaient pas avoir choisi la condition la plus servile, mais avoir obéi à leur vocation (à leur essence !) la plus profonde, et ainsi avoir vécu le plus librement du monde) ; je « passe » sur la préférence « de la mort la plus ignoble qui soit » …(n’y a-t-il pas une option pré-exégètique, dans cette vision unilatéralement, et sur-excessivement tragique de l’existence de Jésus ? Barth disait que le fond de l’Évangile était la Joie, et combien d’opposants à Jésus ne l’ont-ils pas simplement accusé de communiquer, en la vivant, trop de cette Joie ! Ce qui ne signifie pas, précisément, qu’en communiquant cette Vie (« La Vie s’est manifestée », 1 Jn 1, 2), le Fils de l’homme n’ait profondément souffert des négateurs de cette Vie).
Dans la même page, D. M. écrit : « Le Christ n’a pas voulu profiter des privilèges liés à ce statut (pouvoir, force, gloire) », — comment, encore une fois, dans la même ligne anti-ontologique, parler de privilèges (divins ?) dont serait favorisée la personne de Jésus, et dont il décide de « se vider », pour ne pas « outrepasser la condition humaine » (même page ; s’il décide, volontairement, « kénotiquement », de ne pas outrepasser la condition humaine, était-il alors « essentiellement » d’unique, d’exclusive condition humaine ?! …). Toujours dans cette page, n’est-ce pas une lecture unilatéralement spiritualisante (voire moralisante) de dire, avec raison, que le Christ est l’anti-Adam (le second ou le dernier Adam …), mais ceci n’est-il pas théologiquement insuffisant (je dis souvent que Jésus était Dieu, parce que c’était le seul homme qui n’ait pas voulu l’être ! mais je reconnais, contre moi, l’insuffisance théologique de ce jugement tout négatif !) ; bref : le Christ n’est-il que la créature qui a parfaitement obéi (jusqu’à l’extrême) ? … C’est ici que s’approfondit mon « malaise », car l’article du Credo (Nicée-Constantinople) affirmant : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, (...)(...). Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu né de Dieu (...)(...). Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père », cet article n’est-il pas le specificium même de la foi chrétienne, l’article avec lequel cette foi (au « Fils engendré, non pas créé … ») « tient ou tombe » ? Dit autrement : cette obéissance absolue de Jésus (pour laquelle « Dieu l’a superexalté » et lui a fait don du Nom qui est au-dessus de tout nom ») ne suppose-t-elle pas, avant son acte même, une personne « plus qu’humaine », se trouvant « en forme de Dieu » (M.D. cite lui-même J.-N. Aletti considérant que cette formule désigne la « condition divine du Christ incarné » (p. 295)). Ainsi, je trouve très « embrouillée » l’exégèse de D.M. (le Christ incarné est-il de « condition divine » (« ontologiquement », et non seulement « fonctionnellement »), oui ou non ? Et je pense dangereusement réductrice la conclusion de D.M. (p. 299) : « De la part des premiers chrétiens, il fallait de l’audace pour attribuer à Jésus ce nom que l’A.T. n’affecte qu’à Dieu : Seigneur, Kyrios. (...)(...). Comprenons : Dieu octroie son nom à celui en qui il se reconnaît totalement », — ici, je questionne : « seulement, simplement, rien de plus » ?! ; et le terme « audace » me paraît particulièrement atténuateur (ne fallait-il pas, en milieu juif farouchement monothéiste, comme une rupture instauratrice (précisément fondatrice de la religion chrétienne) pour attribuer à un homme (que M.D. nous dit « n’être pas un nouveau dieu » (dans cette même conclusion)) ce Nom, absolument et exclusivement réservé à Dieu Seul ? Ceci est d’autant plus énigmatique que M.D. nous a précisé (cf. note 272) qu’il choisissait « la foi en Jésus-Christ » (ce qui, encore une fois, me paraît le fondement obvie de la foi chrétienne) et non la célèbre « foi de Jésus-Christ » ; je me demande même, le plus simplement, comment un « croyant » pourrait-il croire en (Dieu-Père, “ou” le Fils, “ou” l’Esprit) sans croire par là-même que ces « Personnes » sont Divines, puisqu’évidemment on ne peut croire absolument qu’en Dieu Seul !
Note. Je n’ai pas la place (et ce n’est pas ici le lieu) pour questionner la répugnance toute contemporaine (venue de ma chère philosophie !) pour les catégories de « nature », « substance », « essence », « présence », pour y substituer celles de « fonction », « relation » … Mais je demande simplement : la relation de deux « êtres » ne suppose-t-elle pas non seulement l’existence, mais l’essence de ces deux êtres reliés, — lorsqu’une créature (devenant fils, par grâce) vit de la relation

Créé par : Fabre Francis

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mer 23/04/2025 - 10:32

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Bonjour, Monsieur,

Comme vous le dites vous-même, ce n’est pas le lieu de poser la question de Dieu Père, Fils et Esprit en termes d’essence, avec les catégories de nature et de personne propres à la philosophie grecque ; d’ailleurs j’en suis incapable. Mais je vais essayer de faire écho à votre question au niveau et dans le cadre de notre travail, les lettres de Paul, et la lecture qu’en fait D. Marguerat.
Pour dire rapidement un mot de l’interprétation que fait DM de l’hymne de Philippiens 2,6-11, elle s’inscrit dans un débat bien connu entre ceux qui pensent que Jésus n’est considéré que dans sa dimension et sa vie humaine, et que la kénôse est l’abaissement que la crucifixion faisait vivre à un être humain (un avilissement et une souffrance extrêmes), et ceux qui considèrent que Jésus dans sa condition divine renonce aux privilèges de cette condition pour s’abaisser dans l’incarnation et vivre sa vie humaine jusqu’au pire, la croix. 
Dans tous les cas, l’exaltation (la « superexaltation ») est un acte de Dieu qui relève Jésus de la mort et le conduit jusqu’à la gloire même du Père, dont il reçoit le Nom, le nom même de Dieu.

 

De votre côté, vous plaidez pour une condition (et même une essence divine), un temps abandonnée et enfin redonné.
Je ne suis pas d’accord avec l’interprétation de DM qui s’en tient trop (mais pas seulement) à une exaltation de l’homme Jésus, et qui, de plus, considère que la mort sur la croix a été volontairement recherchée par Jésus. Ce qui est évidemment contraire à ce que disent les évangiles (au moins les synoptiques), et d’ailleurs Paul lui-même. 
La kénôse, évidement de soi, est vécue par Jésus comme une acceptation du sort atroce que lui impose la méchanceté humaine, mais certainement pas comme une souffrance recherchée (et encore moins voulue par Dieu !).
Il me semble que, pour autant, on ne peut pas parler chez Paul en termes d’essence divine, ni non plus en termes de préexistence. Soit dit en passant, le terme même de pré-existence n’a pour moi aucun sens, puisqu’il projette des catégories du temps dans l’éternité de Dieu.

Voici comment je lis le texte de Paul, tellement difficile et complexe que je ne prétends pas le « comprendre » totalement :
Paul parle bien de Jésus comme « étant fondamentalement de condition divine » (Phl 2, 6) ; on a tort de traduire par un imparfait, il s’agit d’un participe présent -duratif- et le verbe dit bien le substrat et le fondement (huparkhôn). Cette "forme" ou "condition divine", il la garde (je ne saurais dire "ontologiquement") et ne s'en dépouille pas ; sur ce point, je ne crois pas que DM ait raison, mais je ne suis pas d'accord avec votre lecture d'un "abandon de la condition divine".
D’un bout à l’autre de son parcours humain, Jésus n’a pas revendiqué une condition et un pouvoir divin (« il n’a pas considéré comme une proie d’être égal de Dieu »). En ce sens, il est bien l’anti Adam (ou le nouvel Adam), et a vécu sa vie d’homme soumise à la violence extrême des hommes jusqu’au bout. S'il s'est dépouillé, c'est de la revendication à la puissance divine (l'être égal à Dieu) que pourtant il ne cesse de reçevoir comme don du Père.
"Il a pris une condition de serviteur (ou d'esclave)" ; Paul passe alors à l'aoriste, c'est-à-dire au temps événementiel, de l'action ponctuelle (opposée au duratif : "étant fondamentalement", sur  lequel il se détache !).
Je crois,avec Paul, qu'en tout cela, et tout au long de sa vie, Jésus est le Fils bien-aimé du Père, il est « l’Envoyé », tel que Paul l’écrit en Galates 4, 4 : « Dieu a envoyé son Fils né d’une femme, né sous la Loi ».
Pour Paul, il n’y a pas d’avant et d’après dans le projet de Dieu : l’avant et l’après sont des catégories du temps, que Jésus vit et éprouve comme Fils de Dieu incarné. 
Dit autrement, on peut parler de Jésus Fils de Dieu en tant que l’éternité de Dieu vient percuter notre temps et comme l’épouser, et s’y soumettre. Sa mort sur la croix (mort réelle, atroce et acceptée) est aussi le lieu de son exaltation dans la gloire auprès du Père. Dans cette mort le temps de Jésus (de sa naissance à son dernier souffle) me semble rentrer dans l’éternité de Dieu.
Le mystère éblouissant c’est qu’en lui, Dieu est entré dans notre espace-temps pour le transfigurer et le ramener en lui. Je crois que l’humanité est invitée en Jésus à entrer dans la gloire de Dieu (les Pères grecs parlent de « divinisation »). 
Je ne saurais en dire plus.

Posté par Bruno Delorme (visiteur)

sam 26/04/2025 - 15:24

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Il est toujours émouvant de voir croyants et théologiens s'extasier depuis des siècles devant le fait qu'il y aurait eu un acte extraordinaire de la part de Dieu, non pas une intrusion ou une intervention, dont l’Histoire sainte est coutumière, mais bien une irruption dans notre monde, appelée « incarnation ».
Incarnation par laquelle Dieu aurait enfin connu la condition humaine dans la chair même, en l’épousant, en assumant la condition de la créature, au moins jus-qu'aux frontières du péché.
Mais c'est là, selon moi, une croyance presque absurde et difficilement défendable.
En effet, depuis quand un Dieu, qui a lui-même créé l'être humain comme l’Univers, c’est-à-dire créature de Dieu donc, pourrait-il ignorer quoi que ce soit de l'être qu'il a lui-même créé ?
Surtout en tant que Dieu « créateur »? Et non pas en tant qu’Être suprême, Absolu impersonnel ou Divinité uniquement transcendante…
Pourquoi lui a-t-il fallu s'incarner, en tant que seconde personne de la Trinité, pour connaître enfin ce qu'une créature pouvait vivre et éprouver dans sa chair, dans son corps et dans son esprit ou sa conscience ?
Cela relève d'une vision plutôt fantasmatique.
La kénose en tant que représentation ou conception croyante provenant de Saint Paul est une notion dont la théologie s'est emparée depuis 20 siècle pour spéculer dessus de toutes les manières possibles.
Pour mémoire, je rappelle que, selon les dictionnaires du NT que j’ai pu con-sulter – comme ceux d’Ingelaere, ou de Cassel et Morel – les différentes acceptions de « kénose » vont de « vide », « sans contenu », mais aussi « vain » - pour κενοσ en grec, en tant que préposition – à «vider », « rendre vide », « anéantir », « rendre vain », pour le verbe, jusqu’à « se dépouiller soi-même » pour celui employé dans l’hymne aux Philippiens (en 2, 7).
Ce qui élargit le champ des interprétations, tout en faisant porter sur cet apax grec (c’est juste une supposition personnelle…) un poids théologique considérable.
Apparemment, peu de commentateurs ont souligné l’effet de vision quasi nihi-liste qui plane sur cette représentation du « vide »…
D’ailleurs, dans le dictionnaire grec de Bailly, toutes les acceptions de « κενοσ » sont systématiquement négatives et péjoratives.
Toutefois, ce serait oublier que ce concept est d’abord et avant une pure invention paulinienne (une seule occurrence dans tout le NT et la Bible !) et qu'en s'interrogeant sur l'incarnation au sens de la kénose, personne ne voit se dérouler le fil ou le « film », si j’ose dire ,qui aurait capté le mouvement de cette descente christique, de cet anéantissement, de cet évidement d’une personne divine en une personne humaine.
Car personne n’a jamais vu ce qui s'est passé, et si tant est cela se soit vraiment passé ainsi, lors de la « descente » du Christ dans la personne de Jésus. Et lui-même est pour ainsi dire resté incroyablement discret sur ce sujet, qui n’a été vraiment abordé que longtemps après sa mort…
En analysant ce que peut, ou pourrait ou encore aurait pu être une telle « incarnation », l’exégète comme le théologien ne fait que répéter et détailler la vision de Saint-Paul et sa conception croyante qui reste, faut-il le dire?, totalement déconnectée de la réalité de l'Incarnation que lui-même n’a fait qu’imaginer.
Mais aucun auteur chrétien n’approfondit, ne dévoile ou ne découvre le « mystère » même de cette incarnation qui reste toujours aussi obscure, qui nous échappe et qui défie l’entendement humain.
Spéculer sur la kénose, ce n'est pas entrer dans le mystère divin, c'est simplement tenter de comprendre ce que saint Paul a voulu dire, et savoir dans quelle mesure lui-même savait ce qu'il disait ou ce qu'il dictait... Et rien d’autre.
Enfin, si notre salut n'est pas conditionné par la compréhension de ce « mystère », de manière théologique ou théologale, alors les développements infinis sur la kénose et l'incarnation pourraient bien s’avérer aussi irréalistes que stériles.
Merci à vous.
B. Delorme

Posté par Roselyne

dim 27/04/2025 - 14:34

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Bonjour, Monsieur, J'avoue que je ne comprends pas grand chose à votre réflexion qui commence par refuser absolument l'idée d'incarnation (croyance absurde et fantasmatique), pour finir par "conditionner notre salut à la compréhension ce de 'mystère'". Entre temps vous reprochez à Paul de ne pas savoir ce qu'il dit... en maniant comme nous le faisons tous un langage infirme, bardé d'images anthropomorphiques... Comment faire autrement ? Et qui peut prétendre "comprendre" le mystère d'un Dieu qui s'en remet aux mains des humains ?


Je vous répondrai sûrement à côté de la plaque car je ne sais pas où vous vous situez.
Mais pour moi, très simplement d'abord, l'incarnation (un mot certainement difficile et périlleux) fait partie intrinsèque de la foi chrétienne : que "la Parole de Dieu se soit faite chair et soit venue vivre parmi nous' (Jn 1), que Dieu ait "envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la Loi", je ne crois pas qu'on puisse professer la foi chrétienne indépendamment de ces affirmations. Mais personne n'est forcé de le faire, et je ne le fais qu'avec crainte et tremblement...Mais en tant que chrétienne, je le fais !
Oui, il y a un "moment  Jésus Christ mort et ressuscité" qui, pour les chrétiens a changé la face du monde et le cours de l'histoire. Mais ce moment a été longuement préparé dans  l'histoire d'Israël et la méditation des grands prophètes (et auteurs de l'Ecriture) sur cette histoire ; avec la certitude que Dieu a parlé à quelques uns (appelons-les Abraham, Moïse), a noué une alliance avec un petit peuple, lui a donné une Loi, et s'est approché au plus près des êtres humains dans les prophètes souvent persécutés de ce peuple. Qu'enfin, à ce moment de l'histoire, Dieu ait voulu se livrer entièrement aux mains des hommes en son Fils Jésus, c'est effectivement une affirmation de foi bouleversante, une "fracture", écrit Marguerat, dans notre représentation de Dieu ; un Dieu crucifié...Vidé, non de sa divinité, mais ayant renoncé à en faire un usage de puissance et de violence, pour tout parier sur la douceur et le pardon !
Je ne prétends pas avoir vu dérouler le film de cette descente christique. Mais l'hymne original de Paul (ou de ses prédécesseurs à Philippes) a bien compris qu'il fallait innover (le verbe kenoô) pour dire la nouveauté absolue de cette conception d'un Dieu qui vient servir, donner et mourir en se donnant aux mains de la violence humaine pour la désarmer. Or, le Crucifié reste bien le Fils bien-aimé, sur le visage duquel la foi peut lire la gloire de Dieu, recevoir le don de son Esprit et affirmer la victoire sur la mort, qui a nom résurrection.

Posté par Bruno Delorme (visiteur)

dim 27/04/2025 - 15:26

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Très grand merci à vous, chère Madame.
Pour plus de clarté, je vous dirai simplement que je suis un ancien religieux ayant perdu la foi et qui observe les croyants avec un regard distancié et interrogatif.
Ce qui était autrefois pour moi, comme pour vous aujourd'hui, une "évidence" (au sens étymologique d' ἐνάργεια ou d'énargeia, c'est-à-dire de vie claire, de clarté et de blancheur diaphane...) est devenue un "mystère" négatif que j'interroge.
Mon livre - "Le Christ grec" paru chez Bayard, en 2009 - aborde cette question par un biais peu emprunté, la rhétorique grecque, et qui fait valoir la place non seulement de la parole croyante, mais aussi des effets de la persuasion à des fins de conversion aussi religieuse que politique. Fait trop souvent négligé par les chrétiens eux-mêmes qui s'imaginent un peu trop vite vivre déjà dans le Royaume de leur Dieu, ici et maintenant.
Il serait difficile de leur en faire grief, surtout quand on lit les textes du NT, et plus particulièrement les Evangiles, qui incitent les croyants à toujours faire et vivre "comme si...".
"Comme si..." le Christ était vraiment ressuscité, ainsi que vous le dites, "comme si..." Dieu lui-même s'était fait vulnérable en prenant sur lui notre condition mortelle, "comme si..." le Royaume était déjà là, "comme si..." nous étions déjà tous sauvés, "comme si..." la mort n'était qu'une étape transitoire, "comme si..." chacune de nos vies avait un sens plénier, "comme si..." la fraternité chrétienne et la pratique des vertus théologales étaient ici-bas la solution à tous nos problèmes, bref "comme si..." ces mêmes textes que vous prenez pour paroles divines recelaient les réponses à toutes nos questions...
Alors que ces derniers en posent autant sans y répondre...

Mais, puisque vous avez la bonté d'accepter mes commentaires sur votre beau Forum, j'aurais mauvaise grâce à vous froisser avec mes interrogations d'agnostique fervent.
Et je vous remercie encore de votre accueil et de votre aimable réponse...

Bruno D.

Posté par Roselyne

lun 28/04/2025 - 12:52

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Non, vos remarques ne me froissent pas du tout, et je comprends un peu mieux votre position. Je réagis tout de même sur deux points :
Je n'ai jamais pensé ni dit que la foi soit (pour moi) une évidence, encore moins un acquis (je ne sais pas ce que c'est que d'"avoir" ou de "perdre" la foi). La foi est un chemin ouvert (et cette ouverture est un don de Dieu), où j'accepte de m'engager au risque de faux pas, de moments d'obscurité, de déviations, mais aussi d'éclairages lumineux parfois. En tout cas un chemin où je mets en oeuvre mon intelligence pour essayer de comprendre un peu mieux, et en sachant que je ne maîtriserai rien, et qu'on est dans l'ordre du don. Et un chemin qui se poursuit tout au long de la vie avec ses turbulences et ses aleas.

Je ne suis pas d'accord du tout avec votre affirmation que les croyants font "comme si". Est-ce une traduction erronée de 1 Corinthiens 7, 29-31 ("user du monde en tant qu'on n'en abuse pas" !) ? Car Paul dit bien que les croyants vivent l'essentiel de leur vie "en tant que ne pas", en tant qu'elle leur est pleinement donnée et qu'ils en sont pleinement responsables, mais en tant qu'ils n'ont pas la maîtrise de ce qui est donné : la relation aux autres, l'amour, le bonheur et le malheur, je les vis à fond, mais en tant que je n'en suis jamais maître et propriétaire abusif et abusant.
C'est dire que  la foi est une quête, une quête de sens et de vérité, une quête de Dieu, où l'intelligence est sans cesse sollicitée et joue son rôle, mais où le but et la vérité dont on est en quête ne nous appartient pas. Et une quête toujours à reprendre...

Les évangélistes se situent sur ce chemin comme des témoins qui tentent d'éclairer la route et la quête, pour conforter cette marche vers la foi. Ils le disent clairement. Paul fait de même qui avance (il court même, mais il se sait très loin du but) en tenant par la main les membres chancelants de ses Eglises.

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