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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / De quel salut Paul parle-t-il ?

De quel salut Paul parle-t-il ?

Paul affirme que la résurrection du Christ nous donne l’assurance que le monde est sauvé : le mal a été vaincu et rien ne peut plus nous séparer de Dieu (p.256-257.266). Mais ce salut reste à venir : est-ce bien la pensée de Paul ?
Nous nous interrogeons sur ce qui a vraiment changé, à part la liberté nouvelle du croyant vis-à-vis de la Loi et du regard menaçant du Dieu qu’il s’était imaginé.
Le chemin vers ce salut annoncé reste inconnu : le croyant n’est-il pas réduit à l’enseignement de Jésus au cours de son ministère (il est le chemin) ?

(groupe de Grenoble)

Créé par : Claude Laval

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 21/03/2025 - 18:45

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Bonjour,
Vous soulignez avec raison qu'il y a une sorte d'ambiguïté ou de tension dans les propos de Paul au sujet du salut offert en Jésus Christ ! 
Pour aller dans votre sens, on lit en Romains 5, 5 : "En ceci Dieu prouve son amour pour nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs... et si quand nous étions ennemis de Dieu nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie". Paul y articule un passé, celui de la mort et de la résurrection du Fils, qui nous a réconciliés avec Dieu, réajustés à lui, et un avenir attendu, qu'il nomme "salut", et qui est une participation à la résurrection du Christ, à sa vie nouvelle. Comment comprendre cette tension et en vivre ?
Il semble que pour Paul, l'événement de la mort et de la résurrection de Jésus Christ a ouvert un temps nouveau dans l'histoire humaine : 

un temps où l'assurance est donnée que le mal et la mort n'auront pas le dernier mot, où chacun peut être assuré d'être accueilli, aimé et pardonné par Dieu, et de pouvoir vivre dans une relation de confiance et d'espérance avec lui.
Dit en termes pauliniens : la création nouvelle a commencé ; la résurrection est en marche.
Et pourtant, comme vous le dites, bien peu de choses ont changé, sinon la liberté et l'assurance nouvelle des croyants ; et ce n'est pas rien.
Les forces du mal n'en finissent pas de mourir, et nous de nous débattre, empêtrés et parfois ligotés !
Mais on voit bien que Paul continue à attendre une rencontre finale avec le Christ, une entrée définitive dans la vie divine. 
Attendait-il la fin des temps pour sa propre vie ; c'est possible, mais ce n'est pas sûr. Je crois qu'il s'agit pour lui plutôt d'utiliser les images traditionnelles de la fin des temps pour dire qu'il nous reste encore quelque chose à attendre, une plénitude. Il est plus vraisemblable qu'il ait pensé que cette rencontre ultime est pour chacun sa mort (voyez Philippiens 1, 21 : "pour moi vivre, c'est le Christ, et mourir m'est un gain". Il est certain aussi que la vie des croyants, lorsqu'elle est vraiment animée par l'amour mutuel, est déjà une vie selon l'Esprit, une vie ressuscitée. Et c'est bien à cette vie, comme combat quotidien, que Paul ne cesse d'inviter les chrétiens des Eglises qu'il a fondées.

Vous dites : que faire alors, puisque le chemin vers ce salut est largement inconnu et qu'il sollicite notre liberté ? 

J'ai envie de dire : être conscients de la force de l'Esprit du Christ qui nous est donnée, comme d'un amour qui nous porte et nous accompagne quoi qu'il arrive, et tenter d'en vivre et de le refléter en toute liberté. 

Sous quelle forme ? Vous avez ouvert le chemin vous-même : vivre du Christ, c'est se tourner vers les évangiles, et chercher à comprendre et à contempler quel "style" de vie Jésus a mené, pour tenter d'entrer dans ce style de vie là...

Posté par Claude Laval (visiteur)

mer 16/04/2025 - 14:02

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Suite à votre réponse, à Grenoble, nous nous sommes interrogés sur la question de l’unicité du chemin que constitue le Christ. Pour Jean, il est "le" chemin (Jn 14,6) ; Paul a-t-il une conception aussi « exclusive » pour accéder au Père et à son salut ? Comment interpréter cela aujourd’hui, alors que les chrétiens sont invités à s’ouvrir au monde et à aller vers les périphéries ?

Posté par Roselyne

jeu 17/04/2025 - 12:34

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Votre question est difficile, elle est essentielle !
Il est certain que Paul a une vision assez exclusive du "chemin" vers Dieu que Jésus Christ est lui-même (Rm 10, 9). Moins que Jean cependant. Et il y a aussi tout un courant d'ouverture qui s'origine dans les lettres de Paul et traverse le Nouveau Testament.
Il faut d'abord rappeler le débat encore ouvert autour de Romains 9-11 : un texte tourmenté, difficile, où Paul tient en tension deux certitudes qui semblent incompatibles : le salut offert par Dieu passe par le Christ Jésus, tout Israël sera sauvé car les promesses de Dieu sont sans repentance. 
Pour beaucoup d'exégètes, Paul espèrerait envers et contre tout que les Juifs reconnaîtraient le Christ.
Je ne crois pas. Car le mouvement même de Romains 9-11 l'interdit. Paul avoue qu'il n'arrive pas à lier les deux termes de son équation (Maurice Vidal parlait magnifiquement de la "nécessaire incohérence" de Paul en Rm 9-11), et il s'en remet à Dieu : "O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu : Qui a connu le dessein du Seigneur... ? (Rm 11, 33-36). Dieu sauvera son peuple, et nous n'avons pas à exiger de savoir comment.
Personne n'est allé aussi loin que Paul jusqu'à Vatican II, Nostra aetate : « Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham....
Néanmoins l’ampleur de la christologie déployée dans Colossiens et Ephésiens ouvre largement ce chemin ; car le Christ y est premier né de toute création (présent à l’œuvre créatrice), et visée finale de l’humanité créée qui s’avance vers lui, tous peuples réunis (Co 1, 15-21). Mais cela n’exige pas de chacun la même confession de foi.
Je crois que nous pouvons nous appuyer sur ces ouvertures pour comprendre que le mystère du Christ est beaucoup plus vaste que tout ce que nous pouvons percevoir et imaginer. Au-delà du christianisme, au-delà du judaïsme…
Nous pouvons continuer à croire que le salut de tout être humain passe par le Christ « premier né de toute création, premier né de la résurrection », sans que nous sachions par quelles voies et par quels chemins. Et notre confession de foi reste pour nous certaine, mais d’autres confessions, d’autres façons de vivre surtout, peuvent dire autrement le même mystère dont nous ne percevons qu’un petit aspect.
Paul parle du Fils unique, premier-né d’une multitude de frères… Peut-être dans cette multitude de frères, faut-il lire le meilleur des diverses religions, philosophies et styles de vie de l’humanité dans son immense parcours !

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