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Ga 2, 16 : la foi DE Jésus-Christ ou la foi EN Jésus-Christ ?
Bonjour Roselyne,
Dans la feuille de route n°5, vous vous interrogez sur d'où vient la traduction que Daniel Marguerat donne du verset de Ga 2, 16 (p. 207) où figure à deux reprises l'expression "la foi EN Jésus-Christ" plutôt que "la foi DE Jésus-Christ". Dans notre groupe essonnien, ce passage de la feuille de route nous a interpellés. Comparant à ce sujet les diverses bibles des participants du groupe, nous nous sommes aperçus que la traduction de la TOB avait changé au cours du temps, l'édition de 1972/1980 du NT traduit l'expression de Ga 2, 16 par "la foi EN Jésus-Christ" alors que la troisième édition de 1988/1989 le fait par "la foi DE Jésus-Christ". Peut-être Daniel Marguerat a-t-il repris une des premières éditions de la TOB dans son livre ?
Quoi qu'il en soit, ce changement dans la traduction, qui induit un changement conséquent dans la compréhension de l'épître, montre que l'interprétation des textes bibliques est un domaine susceptible d'évolutions importantes avec l'avancée du travail des exégètes traducteurs...
Avec un grand merci pour votre support dans la lecture de l'ouvrage.
Michel Martin
Un grand merci de vos…
Un grand merci de vos remarques et de votre parcours attentif dans les éditions successives de la TOB
Si vous consultez la Nouvelle Bible Segond (NBS), remarquable Bible protestante de 2002, vous verrez que l'expression est partout traduite "la foi du Christ". De même dans la Nouvelle Français Courant (NFC)...Cela veut dire que nos efforts de grammairiens et d'exégètes (un peu théologiens aussi) portent du fruit. Et je regrette tellement que la Bible de la Liturgie n'ait pas suivi.
Lors de la rencontre avec D. Marguerat aux Assises de la CCBF en octobre, il est tombé d'accord sur ce point, probablement trop pressé par son éditeur d'achever, mais il a accepté bien volontiers la formule : "Dieu nous fait crédit, et Jésus Christ, dans sa fidélité, est le garant de ce crédit". Cela m'a beaucoup réjoui !
Bonjour, Madame, Un grand…
Bonjour, Madame,
Un grand merci de vos remarques encourageantes, surtout si vous avez pu y voir plus clair dans la vague « négative » du début de la lettre aux Romains, et sur la question de l'identité ouverte qui, effectivement, devrait être celle de tout chrétien et de l'Eglise !
J’essaie de réagir à vos questions :
1° j’ai proposé de traduire le vocabulaire paulinien de la « justification », parce qu’il a tellement servi dans le débat protestant/catholique qu’il me semble avoir été durci et même d’avoir perdu son sens.
Que signifie que Dieu nous déclare et nous rend justes (« nous justifie ») ? Pour Paul, être juste devant Dieu ne peut absolument être acquis en observant parfaitement la Loi ; d’une part c’est impossible, d’autre part, l’être humain ne peut qu’en tirer une vaine prétention (tandis qu’au fond de lui, le penchant au mal demeure). Au contraire pour Paul, c’est Dieu qui a toujours l’initiative (démarche de Dieu vers l’homme), c’est lui qui nous ajuste ou nous réajuste à sa volonté, autrement dit à son action créatrice de bénédiction.
Mais, vous le demandez alors, quelle est alors la démarche de l’être humain ? Seul Jésus le Fils a été capable de répondre parfaitement à la volonté d’ajustement de Dieu, d’être en plein accord avec le dessein créateur du Père. C’est donc lui qui prend en charge notre humanité dans sa réponse de foi à Dieu, lui qui nous réajuste tous au Père, en étant parfaitement en accord avec Lui.
En 2 Corinthiens 5, 18-19, Paul dit : « c’était Dieu qui nous réconciliait avec Lui à travers le Christ, en ne tenant plu compte de nos transgressions…. » Dieu désormais nous regarde sur la face du Fils.
Et notre propre démarche consiste à entrer dans ce mouvement de fidélité/foi parfaite du Christ au Père : c’est en lui et en passant par lui que nous répondons et nous laissons ré-ajuster à Dieu.
2°- Je m’aperçois que du même coup, j’ai répondu à votre deuxième question : oui, il est important de traduire la foi DE Jésus Christ. D’abord parce qu’en grec, cette traduction s’impose !
Ensuite parce que sinon, la foi devient notre démarche vers Dieu, et finalement repose sur nos propres forces comme le faisait l’observation de la Loi ; elle devient alors une "œuvre", et c’est contradictoire avec ce que Paul ne cesse de dire : « pas par les œuvres, mais à l’initiative de Dieu, à travers le don de soi du Christ ».
3°- Je ne crois pas que « propitiatoire » gomme les références juives, au contraire. C’est le mot « expiation » qui vient du paganisme et que les chrétiens ont préféré malheureusement, alors qu'il n’est pas vraiment juif. Car le judaïsme ne pense pas qu’un sacrifice sanglant puisse « payer » (expiation) Dieu pour qu’il pardonne nos péchés ! Ce serait assez horrible.
L’idée est que le sacrifice qui rend le sang (symbole de la vie) à Dieu et revient sur le peuple (aspersion de l'autel, aspersion du peuple), manifeste que Dieu nous est propice, favorable, qu’il nous réconcilie avec lui.
N’oublions pas que ce que nous appelons « le sacrifice eucharistique » n’a rien d’une expiation, c’est un sacrifice d’action de grâce envers Dieu qui nous a pardonné et nous a redonné une vie nouvelle, dans son fils Jésus. Car Jésus ressuscité a rétabli pleinement le lien de l'humanité avec le Père.
L’Eglise devrait éviter à tout prix l’inflation des mots bizarres, notamment du mot « sacrifice », qui induit toujours l’idée que Dieu a besoin que nous souffrions, alors qu’il ne veut que nous bénir et souhaite notre bonheur.
Le seul « sacrifice » est le don de sa vie que quelqu’un (et le Christ d’abord) fait pour les autres, par amour pour eux. Donner sa vie par amour, ce n’est pas expier quoi que ce soit, mais aller jusqu’au bout de l’amour que Dieu a pour nous et veut entre nous.