Aller au contenu principal

Augmente en nous la foi

La lettre aux Corinthiens fait 25 pages dans la TOB. Paul a-t-il envoyé cette lettre en une seule fois ?
Quel était le support ? Du parchemin, du papyrus ? Qui faisait le facteur  ?
Les démonstrations de Paul pour justifier la résurrection relèvent plus du sophisme (1Co 15,13) que de la logique. C’est souvent le cas avec Jean aussi.
En fait, il part du postulat que la résurrection existe et il organise ses arguments pour justifier le postulat. Cette démarche déductive ne peut convaincre que les croyants. Les scientifiques adeptes de la démarche inductive ne peuvent y trouver leur compte. C’est sans doute pour cette raison que Jésus dit que le royaume des cieux est ouvert aux simples en esprit et aux enfants et non aux savants.
Jésus dit en Marc 10,15 : « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas ».
Il faut se faire à l’idée qu’il ne peut y avoir de démonstration définitive de l’existence de Dieu. C’est ici que la foi entre en jeu. C’est vrai qu’il faut garder un cœur d’enfant pour avoir la foi !
Il m’arrive encore de me demander si les croyants ne seraient pas victimes d’une autosuggestion collective et si le caractère insupportable de la mort ne les auraient pas amenés à échafauder cette idée de résurrection et de vie après la mort.
Ma foi a été heureusement étayée par la lecture des livres «  Jésus, l’encyclopédie » et « Après Jésus, l’invention du christianisme » auxquels vous avez largement contribué Roselyne (un immense merci à vous!) ainsi que D. Marguerat .
Ces livres ont « augmenté ma foi » pour reprendre l’expression des apôtres. En fait, outre la vie exemplaire du Christ, ce qui bouleverse mes doutes c’est le retournement des apôtres qui, après avoir abandonné Jésus au moment de son arrestation, ont par la suite consacré leur vie, jusqu’à la perdre, à annoncer la bonne nouvelle.
St Paul dit en 6, 15 que nos corps sont les membres du Christ. Ailleurs il dira que nous sommes les membres d’un corps dont le Christ est la tête. Cette métaphore vient en opposition avec le discours actuel du clergé qui affirme que l’Église est l’épouse du Christ ce qui semble bien prétentieux et sans doute faux car cela supposerait que l’Église, la communauté des croyants, est l’égale du Christ en étant métaphoriquement le versant féminin du couple et le Christ son versant masculin.
Une toute dernière question : Est-ce que les premiers chrétiens communiaient au sang du Christ ?
Désolé d’avoir été si long et merci pour votre retour.

Créé par : RICHON Philippe

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 17/01/2025 - 13:52

Permalien


Merci de cette analyse personnelle extrêmement fouillée et riche.
Je vais essayer de vous faire écho en partant des éléments les plus simples. 
1- Même si la chose reste discutée, il est plus que probable que les lettres aux Corinthiens, la première comme la seconde, rassemblent des lettres diverses écrites à plusieurs moments différents ; certaines ont pu être regroupées pour l’envoi, mais l’ensemble révèle plutôt un regroupement un peu plus tardif en vue d’une diffusion circulaire plus large. Paul dictait, et le secrétaire (voir par exemple Rm 16, 22) écrivait. Parfois Paul signe authentifiant la lettre (avec peut-être une difficulté à écrire, voir Galates 6, 11 ; 1 Co 16, 21).
On écrivait soit sur des tablettes (messages courts) soit sur papyrus. Et les premiers manuscrits chrétiens (un fragment vers 150, puis des longs morceaux d’évangile vers 200, 250) sont des papyrus jusqu’au 4ème siècle à peu près.
Le parchemin apparaît tard dès le troisième siècle av. J.C, mais il est extrêmement coûteux et rare, ; jusqu’au 4ème et même au 7ème siècle, le papyrus résiste dans la vie courante.
Si les grands textes juifs, étaient écrits sur des rouleaux, il semble bien que les chrétiens aient adopté ou même introduit le livre plié, le codex, beaucoup plus maniable et où on pouvait avoir par exemple les 4 évangiles ensemble.
Les scribes écrivaient plutôt sur des feuilles de papyrus séparées, qu’on empilait. On lit en 2 Timothée : « apporte les livres, surtout les feuillets (membranas) » (2 Tm 4,13).
Quelqu’un (de fiable) portait la lettre et sur place la lisait en la commentant. C’est le rôle de Phoébé patronne et diacre de l’Eglise de Cenchrées (Rm 16,1-2), une dame qui devait être bien corticalisée !

 

2- Je ne sais pas si on peut parler de « sophisme » pour la démonstration de Paul. Dans tous les cas, l’idée d’une « démarche scientifique inductive » n’a aucun sens (elle n’a été inventée qu’au 19ème siècle par Claude Bernard). Au mieux on peut reprocher à Paul de ne pas suivre les règles de la « logique » aristotélicienne, mais il s’agit plutôt ici de rhétorique. 
Oui, Paul a un présupposé qu’il ne discute pas : la foi au Dieu créateur, Dieu de la vie, et même le Dieu des pharisiens qui n’abandonne pas ses fidèles à la mort. Paul s’inscrit dans cette foi et ne la « démontre » pas. On en a une belle confirmation dans les Actes des Apôtres : avant de prêcher Jésus ressuscité, Paul d’abord pose la foi au Dieu unique créateur (Actes 14, 15 et 17, 23ss.).
A son époque, la foi pharisienne avait près d’un siècle, les courants apocalyptiques étaient en pleine extension et il y avait déjà tout un déploiement de représentations de la fin des temps et du jugement final (l’imagination humaine est toujours active et sans limite !!!), Paul les utilise d’ailleurs, mais clairement il ne les fait pas siennes (1Th 4, 15 ; 15, 51ss.).
Son raisonnement s’appuie sur cette foi inébranlable : d’une façon ou d’une autre, Dieu n’abandonne pas les siens à la puissance de la mort. Et c’est cela qu’il appelle la résurrection des morts.
Mais la nouveauté qui est de l’ordre du kérygme, de la profession de foi, c’est que cette intervention de Dieu attendue par la foi pharisienne sur la fin des temps a déjà commencé. Autrement dit, la résurrection du Christ est pour Paul une façon d’affirmer que le salut final attendu est en marche : nous sommes déjà dans la création nouvelle, où la mort a été vaincue. 
Deux questions se posent : 
D’abord celle de représentations, dont j’ai déjà dit un mot. Et Paul a prévenu clairement, c’est une question « insensée » (v. 35), elle échappe au sens commun, au jugement pratique. Paul va essayer des images diverses, pas cohérentes… pour suggérer, mais il ne s’avance jamais sur ce que peut être « l’après-mort ». D’autant que pour lui la vie ressuscitée a déjà commencé, la résurrection c’est d’abord une façon de vivre le quotidien. 
Les évangélistes le savent bien : les récits d’acte de puissance de Jésus emploient les verbes de la résurrection (se relever, se réveiller) au double sens propre et figuré (Mc 2, 1-12) : « lève-toi et marche » est aussi une invitation à vivre en ressuscité !
Et cela rejoint votre deuxième question : la résurrection de Jésus, les « rencontres » avec le Ressuscité qui « s’est fait voir », tout cela n’est-il que la construction de cerveaux enfiévrés ? 
D’une certaine façon, vous répondez : cela dure tout de même depuis 2000 ans, avec des gens qui ne sont pas tous, et de loin, de illuminés ! Cela suffit-il ? J’ai envie de vous répondre que, dans tous les cas, sauf de réduire l’être humain a sa matérialité et à sa biologie (et encore !), les parts du psychique, de l’intellectuel et du spirituel ne sont jamais entièrement séparables.
Je dirais autrement d’une part que d’un bout à l’autre Paul (et en premier Jésus) affirment bien qu’on est dans le domaine de la foi, de la confiance, et que cela s’accompagne de l’espérance et de l’amour.
Et d’autre part qu’au lieu de rechercher des visions plus ou moins douteuses, l’évangile de Jean prévient clairement : « heureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jn 20, 29). Parfois je me dis que la foi se « vérifie » dans cet « heureux » qui reste au fondement de notre être, lorsque tout s’ébranle, et qui n’empêche pas le doute !

 

3-L’images de l’Eglise épouse du Christ remonte loin, hélas. D’abord aux images du Dieu époux de son peuple infidèle dans l’Ancien Testament (Osée 1-3 et autres), puis à la lettre aux Ephésiens au chapitre 5, 25-33, un texte difficile et utilisé de façon catastrophique (dans les cérémonies de mariage, et dans la théologie !). On peut en tirer que l’auteur a trouvé dans l’amour humain la plus belle image possible pour parler de l’amour du Christ pour son « Eglise », une Eglise bien imparfaite, qu’il doit sans cesse purifier. Ce qui est déjà intéressant. Mais l faut surtout lire ce texte dans le contexte de la lettre où l’Eglise est en fait l’humanité en voie de réconciliation que le Christ attire à lui pour la conduire à Dieu. 
J’ajoute que dans le texte d’Ephésiens, ce sont les couples humains, homme et femme, qui forment l’Eglise en marche vers le Christ.
Il faut enfin ne pas oublier (et vous le dites fort bien pour le Corps du Christ, qui vient aussi d’Ephésiens (1, 22-23 après Col 1, 18) qu’il s’agit d’une métaphore, une image. C’est-à-dire une figure de style poétique faite pour évoquer, pour suggérer, pour dire autre chose qu’elle ne dit, et donner à penser. La catastrophe, c’est la bêtise au sens fort qui consiste à prendre les métaphores pour des concepts ! Ce qu’hélas l’Eglise n’a cessé de faire….

 

4- Communier au sang, à la coupe de bénédiction, dit Paul en 1 Co 10, 16-17. Sans jamais oublier que le « sang » dans la mentalité juive, c’est la vie qui n’appartient qu’à Dieu seul. Jésus a versé son sang, c’est-à-dire donné sa vie, pour mourir avec les plus délaissés et méprisés, et manifester l’amour et le pardon du Père pour tous, au contraire de toutes les prétentions, les hiérarchies, les privilèges et les exclusions sociales et religieuses.
On peut dire en termes modernes (et un peu psy) que c’est inverser le cannibalisme, qui prend possession de la force de l’autre, en se laissant au contraire investir et transformer par le Christ pauvre et faible qui livre sa vie en nous la partageant.
Ceci dit, dans le Nouveau Testament, à part les récits de la Cène et ce texte de Paul qui témoignent d’une élaboration liturgique, il est fait référence seulement au « partage du pain » (Lc 24, 30 et 35 , Ac 2, 42 ; 20, 11 ; 27, 35).
D’après le récit de Justin (vers 160, le plus ancien récit que nous ayons du repas dominical), « on apporte du pain avec du vin et de l’eau…. Puis on fait la distribution et le partage de la nourriture eucharistique » (Première apologie 67, 5). 
Ce sont certainement les difficultés pratiques qui ont conduit à ne plus partager que le pain aux fidèles, mais cela est tardif, officiellement en tout cas à partir du 12ème siècle.
J'ai été longue, et il y aurait  encore beaucoup à dire... Vous réagirez !

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.