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Comme si … ne pas
Permettez-moi de dire combien ce débat sur “comme si“ et “en tant que ne pas“ me touche et me parait important. Cette expression sous deux formes différentes, évoquées à propos de la kénose, me paraissent très proches, touchant au rapport entre l’être et le faire.
Je fais comme si j’étais l’autre et je fais en tant que je ne suis pas mon ego.
“Comme si … pas“ me fait penser à l’acteur qui est celui qui maitrise le “comme si“ et qui nous fait comprendre un personnage comme s’il était lui-même ce personnage. C’est à mon sens le sommet de l’intelligence de la relation à l’autre d’avoir cette démarche d’humilité de se faire oublier pour habiter le personnage joué et le faire comprendre.
Finalement n’est-on pas acteur de sa vie ? Après être né dans un contexte donné que je n’ai pas choisi je deviens responsable de ma vie en me libérant du contexte dans lequel j’ai construit ma personnalité pour faire les choix de vie qui me font devenir moi-même acteur. Mais je joue ma vie, en assumant en partie son contexte, avec la liberté intérieure, la prise de distance et le discernement qui me permet d’agir au mieux avec les autres “comme si …. ne pas“.
Merci de cette belle analyse…
Merci de cette belle analyse, très éclairante.
Juste un petit mot et il vient de saint François d'Assise : "c'est en s'oubliant soi-même que l'on se trouve soi-même"; votre belle personne, vous-même, c'est finalement tout ce que vous faites et êtes-pour les autres !
A vos remarques qui me…
A vos remarques qui me paraissent très pertinentes, je n'ai que deux essais de réponse :
-d'abord, faut-il presser absolument chacune de ces expressions dans un texte qui a tout de même une dimension rhétorique, Paul accumulant les contraires pour décrire tous les états de la vie ?
-ensuite mon expression "propriétaire" si je l'ai employée est probablement maladroite : bien sûr que nous ne sommes pas propriétaires de nos larmes et de nos joies, mais je crois que Paul demande que nous les vivions (et que nous les vivions pleinement) en sachant que nous ne sommes jamais totalement tout-puissants, ni jamais totalement impuissants. Il introduit une distance entre nous et nos sentiments/émotions/passions, qui est de l'ordre d'un tiers qui nous accompagne, qui nous assiste, et qui est l'ultime source de notre vie et de notre mort.
Si immense que soit notre chagrin, il n'est pas le tout de nous-même, car une espérance et un amour plus grand peuvent s'y glisser.
Si intense que soit notre joie, elle n'est pas le tout de nous-même, car une autre dimension peut s'y glisser, celle d'une source plus profonde..
Je le dis très mal, mais j'ai l'impression que Paul veut nous rappeler d'une part que nous ne sommes pas l'origine de nous-même, que nous n'avons pas tout pouvoir sur nous-même, et qu'un Autre est notre source et notre fin...