Aux versets 1Co 2,3-4 Paul se présente comme ayant été « faible, craintif et tout tremblant ». En première lecture certains d’entre nous ont pensé que c’était de la belle rhétorique (en français moderne, juste de la com’) non compatible avec d’autres affirmations pauliniennes beaucoup plus véhémentes. D’autres, pour ne pas dégrader la portée du passage précédent sur la sagesse de la croix, ont considéré que les corinthiens destinataires de la lettre devaient forcément avoir en mémoire les circonstances qui justifiaient ces expressions de faiblesse et de crainte. Et vous notez en p.6 « que s’est-il donc passé à Corinthe ? »
C’est difficile de laisser la question ouverte. On peut se rappeler que Corinthe vient après Thessalonique (renvoi de Paul), après Athènes (échec du contact), forcément la superbe en prend un coup. On peut aussi se rappeler que Paul a exercé son métier de couseur de tente sans réclamer de se faire entretenir par la communauté dont il est le prophète, la position sociale n’est pas dominante. Enfin Paul enseigne que le dieu qu’il invite à suivre est mort ignominieusement, le triomphe de la résurrection au chap.15 est encore loin dans ce passage 1, 18-31.
Est-ce de bonnes directions de pensée pour interpréter la faiblesse et la crainte de Paul, attitudes qui sont vraisemblablement nécessaires pour annoncer un dieu qui accompagne les humains dans leurs propres faiblesses, souffrances et contradictions ? Peut-on disqualifier d’emblée comme non chrétiennes les prédications qui prônent un dieu de puissance et de récompense ? cf.DM pp.140-141
Et pour revenir au 1er paragraphe de la question : dans une lecture non-savante (incluant parfois le prêche dominical) n’oublions-nous pas trop souvent qu’en face d’un texte, il y avait, et il y a toujours, une communauté qu’il faut rassembler et qui peut contester ?
La question que vous…
La question que vous soulevez est une vraie difficulté.
Je me suis toujours interrogée sur ce « craintif et tout tremblant » qui convient mal au Paul dont nous connaissons les écrits et la capacité de « tonner » quand il le faut.
Mais je m’interroge surtout sur le renversement qu’il opère aussitôt (le renversement étant le principe même de sa pensée) : « non pas avec les paroles persuasives de la sagesse, mais avec une démonstration d’esprit et de puissance » (2, 4).
L’esprit, dans tout le Nouveau Testament, c’est la puissance agissante de Dieu (qu’il donne à Jésus), et je peux donc préciser ma question : comment la puissance de l’esprit a-t-elle agi dans les Corinthiens tandis que Paul parlait, avec crainte et tremblement ?
Vous dites fort justement : Paul leur annonce un Dieu crucifié, qui est du côté des faibles et des ratés (de « leur » côté, vient-il de leur dire), il n’y a pas de quoi pavoiser. J’ai longtemps pensé comme vous, qu’il y avait là un discours saisissant et bouleversant mais qui n’est pas nécessairement exaltant. Les auditeurs Corinthiens ont-ils connu un renversement intérieur, analogue à celui que Paul a vécu ?
Je suis bien d’accord sur ce point : toute annonce d’un Dieu qui récompense les puissants et ceux qui réussissent socialement est non-chrétienne. Mais ce n’était pas le cas, au contraire !
Il faut donc chercher ailleurs. Or, en écho aux « phénomènes spirituels » dont les Corinthiens se vanteront excessivement (ch. 12. 13. 14), les Actes des Apôtres suggèrent peut-être qu’il y a eu des phénomènes de prière spontanée (du type parler en langue) ou de prophétie lors de la première annonce de l’Evangile en monde grec. Des gens se sont levés parmi les auditeurs pour louer, chanter, proclamer les merveilles de Dieu, etc.
Actes 19,1-7, qu’il faut lire, suggère que le récit de Pentecôte en Actes 2, 1-13 était peut-être un phénomène de « parler en langue », avant de devenir un « parler en d’autres langues ».
Je suis très réticente et plus que réservée sur ces « phénomènes » un peu extatiques, très gênants pour mon esprit trop rationnel, mais ce n’est pas une raison pour ne pas envisager cette possibilité qui semble bien correspondre à ce que racontent Paul et les Actes…
Quant à dire qu'il serait bon qu'une communauté réagisse et conteste le prêche dominical, ou l'enseignement des biblistes et théologiens, cela me paraît hautement souhaitable. A condition que cela ne devienne pas la foire d'empoigne corinthienne, et que chacun respecte la parole non agressive de l'autre....