Groupe de Grenoble :
Pourquoi la croix, pour Paul, est-elle le centre de la foi chrétienne, alors qu’il y a eu d’autres crucifiés, avant Jésus et après lui ?
Par ailleurs, Paul affirme que la puissance de Dieu et sa sagesse se manifestent dans la faiblesse du Christ et dans la folie de la croix (p.135-136). Parle-t-il dans ses écrits de la manifestation de la puissance de Dieu dans la résurrection du Christ ?
Créé par : Claude Laval
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Merci de vos deux questions…
Merci de vos deux questions qui se font écho et se répondent l'une l'autre...
Mais je crois qu'il faut encore nuancer.
Oui, des crucifiés il y en a eu des milliers, un supplice d'abord carthaginois, dont les Romains se sont emparés ; on raconte que la révolte de Spartacus a été écrasée dans le sang et 4000 croix au moins ont été plantées le long de la voie Appia (71 av. J.C.). Mais surtout la croix était le supplice des esclaves et des ennemis publics, un supplice si honteux que, au dire de Cicéron, la bonne société ne le nomme même pas.
C’est sur ce supplice atroce et atrocement humiliant subi aussi par Jésus que Paul met l’accent. Non pas que Jésus ait souffert plus que d’autres (on a inventé pire à l’époque et surtout depuis), mais parce qu’il rejoignait ainsi les plus humiliés de la société, ceux que les Juifs considéraient comme des maudits de Dieu, et les Romains comme une non-humanité.
Pas plus que bien d’autres ! Mais, vous le dites, la foi chrétienne n’est pas seulement centrée sur la croix mais aussi sur la résurrection, comme la réponse positive de Dieu à la croix. Dit autrement la résurrection est le relèvement opéré par Dieu et l’élévation dans sa gloire du Crucifié, manifestant ainsi sa victoire sur la violence des hommes et sur la mort.
Vous me direz : facile à dire, mais comment le croire ? Certes, c’est le lieu d’une décision de foi : croire ou non que l’amour et le pardon de Dieu l’emportent sur toutes les noirceurs et les atrocités humaines.
Mais je pense qu’avec Paul, on avance encore d’un pas. Car, vous l’avez lu attentivement et bien vu qu’il n’est guère question de résurrection dans ces chapitres de 1 Corinthiens 1 et 2 : « je n’ai voulu connaître parmi vous que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (2, 2). A se demander s’il a oublié la résurrection…
On peut d’abord répondre qu’il s’adresse à des Corinthiens tellement certains d’être déjà ressuscités, qu’il fallait d’abord leur rappeler le passage par la croix. On peut répondre aussi que la résurrection viendra en son temps au chapitre 15.
Tout cela est vrai. Je pense qu’il y a autre chose : pour Paul dire que Jésus est Christ, c’est d’emblée dire qu’il est l’envoyé et le Fils de Dieu, celui qui vient du Père et que le Père a laissé le manifester dans la chair et l’histoire humaine. Dire cela, pour Paul, c’est affirmer que Jésus appartient d’emblée à la sphère divine. Je crois qu’ici, et plus encore en Galates, dont la résurrection est à peu près absente, Paul pense en termes d’incarnation. Jésus est le Fils venu dans notre humanité (et pleinement humain) pour que notre humanité partage sa vie en lien étroit avec le Père, disons trop vite sa divinité (voir Galates 4, 4-7).
En ce sens la croix de Jésus est unique, car elle est la croix du Fils de Dieu envoyé parmi nous (voilà comment les humains traitent l’envoyé de Dieu), un Fils qui épouse jusqu’au bout et au fond du fond une humanité qu’avec lui Dieu veut ramener à lui. La tradition chrétienne ira jusqu’à dire qu’il est descendu aux enfers, pour ramener à Dieu ceux aussi qui se sont égarés au plus loin de lui.