Paul, l'apôtre des païens Nous nous interrogeons sur le titre d’ « apôtre des païens » que Paul se discerne (Rm 11,13 ; 1,5.13-14 ; 1Th 2,16) et qui semble lié à son expérience sur le chemin de Damas (Ga 1,16). En fait, l’évangélisation des païens a commencé avant Paul – à Antioche, Éphèse, Athènes et Rome en particulier -, comme en témoigne Luc, pourtant grand admirateur de Paul, qui met cette parole dans la bouche de Pierre : « Dès les premiers jours et chez vous, les nations païennes ont entendu de ma bouche la parole de l’Évangile et sont devenues croyantes » (Ac 15,7). De plus, Paul ne n'a, semble-t-il, réalisé qu’un petit nombre de fondations. L’action missionnaire a été portées dans d’autres territoires par d’autres apôtres : Pierre, par exemple, aurait évangélisé des provinces au nord de l’Asie Mineure et en Europe. Paul n’est pas le seul ni le premier à avoir évangélisé les païens. En outre, la stratégie d’évangélisation de Paul a, semble-t-il, été inventé par la communauté d'Antioche ; elle a consisté à suivre les axes de la diaspora juive, et à s’adresser d’abord aux Juifs. Les conversions ont touché principalement les craignant-Dieu, qui bien que non-Juifs, avaient déjà été convertis par les Juifs au Dieu d’Israël. Et quand Paul prend la parole devant l’Aéropage d’Athènes (Ac 17,16 ss), les païens se moquent de lui. Que pensez-vous de ce titre d’ « apôtre des païens » que les chrétiens continue à attribuer à Paul ? Merci d'avance.
Claude (pour le groupe de Grenoble).
Créé par : Roselyne
Date de création :
Voici quelques éléments de…
Voici quelques éléments de réponse !
D'après les Actes des Apôtres ce sont les Hellénistes, ces Juifs de la diaspora parlant grec qui ont d'abord porté la Bonne nouvelle de la Résurrection en Samarie (qui croyait au Dieu unique d'Israël, ch. 8), puis à cause de la p ersécution à Jérusalem (ch. 7 et 8) ils se sont dispersés plus loin, jusqu'à la fondation de l'Eglise d'Antioche (Barnabé). Ont-ils évangélisés des païens, plutôt des craignants Dieu et prosélytes déjà très judaïsés.
Luc fait en sorte que Pierre soit le premier à baptiser un vrai païen le centurion Corneille (ch. 10), mais auparavant déjà il a raconté la conversion de Paul et son départ de Jérusalem (ch. 9). En fait il sait très probablement que Paul a été le premier à passer résolument le pas et à baptiser des païens sans condition d'observance des pratiques juives, mais il veut que tout se fasse dans l'unité et assure donc l'appui de Pierre dès le chapitre 10.
Quand Barnabé et Paul reviennent de mission au ch 1425), l'auteur se garde bien de dire s'ils ont ou non baptisés des païens. Car l'aval doit être donné officiellement par les anciens et Jacques de Jérusalem (ch.
15, "l'Esprit saint et nous avons décidé que". Paul a-t-il assisté à la décision finale, lui qui emporte la lettre, alors même qu'au ch. 21 il semble ne pas avoir eu connaissance des fameuses "restrictions" ou "décrets" (21,25) ! Luc est assez subtil pour que son lecteur comprenne que son ch. 15 est une reconstruction habile mais une re-construction.
Paul est donc parti avec d'autres (jamais seul) pour une campagne d'évangélisation, poussé vers l'Europe par une vision (l'Esprit ?) en 16, 9.
Je ne crois pas du tout au fait que l'Eglise d'Antioche ait tracé les axes de sa mission, la construction lucanienne au début du ch. 13 est trop visible : Paul, parfait émissaire de l'Eglise d'Antioche ? Je rêve.
Mais il est parti sur le double réseau d'une part des synagogues qui pouvaient l'accueillir, lui et ses amis, et d'autre part des fabricants de tente, la corporation à laquelle il appartenait et qui était bien implantée (voir Ac 18, 1-2).
On voit bien d'après Galates 2, 7-8 qu'il y a eu partage des champs missionnaires, Pierre allant vers le nord est, la Bithynie (voir les lettres de ses successeurs 1 et 2 Pierre), jusqu'à Babylone où les implantations de commerce et les comptoirs juifs étaient très nombreux, Paul part vers l'ouest, le centre de l'Empire romain : il y avait des Juifs à Rome depuis fort longtemps, mais pauvres et moins nombreux ; et déjà avant Paul des chrétiens ou juifs messianisants.
Cette direction prise par Paul vers un monde plus profondément païen devient le signe de sa mission d'"apôtre des païens". Mais il suffit de lire le chapitre 16 de la lettre aux Romains pour voir qu'il était loin d'être seul !
A-t-il été bien reçu ? Luc nous raconte des échecs impressionnants à Lystre (ch. 14), puis à Athènes (ch 17, encore qu'il y ait eu des convaincus...), puis à Malte. C'est qu'il fallait d'abord annoncer le Dieu unique....
Mais en Galatie, pays où la culture romaine était peu implantée, l'accueil a été chaleureux (voir Ga 4, 12-14).
Nous allons en reparler longuement !