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J'ai fait un rêve à partir d'une rencontre faite le vendredi 31 décembre 2021 ! Cet après-midi-là, j'ai célébré les obsèques d'une très belle personne à l'église d'Hendaye plage. Je finissais l'homélie par ces mots : « Permettez-moi de faire une parenthèse sur l'actualité.

Le jour de Noël vous savez qu'un satellite avec un télescope énorme, sans précédent, a été envoyé dans l'espace dans le but d'en savoir davantage sur la naissance de l'univers, le Bing Bang, il y a 14 milliards d'années. C'est un progrès énorme ! Le même jour des dizaines de migrants sont morts en Méditerranée sans que cela dérange personne. Le même jour, jour de Noël, le gouvernement indien a signalé à la communauté des sœurs de Mère Teresa de Calcuta qu'elles ne peuvent plus recevoir de subsides de l'étranger, elles qui se chargent des plus pauvres !

Heureusement l'enfant de Bethléem vient nous dire à chacune et à chacun que le meilleur télescope c'est celui du Cœur. Il vient nous dire "j'avais faim et tu m'as nourri, j'étais étranger et tu m'as accueilli ! J'étais en prison et tu m'as visité !".

En 2022 continuons à entretenir la lampe de la fraternité et de l'espérance active. Je rappelle ce mot de Mère Teresa : "Ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait." Amen »


Et voilà qu'à la sortie de l'église il y avait trois migrantes africaines assises sur un banc avec leur petite valise. Je fais un pas vers elles et les salue. L'une se lève et me dit : « Nous cherchons le car pour aller à St Jean de Luz. Quelqu'un nous a dit "Allez à l'église d'Hendaye plage et on vous aidera !" » Je leur réponds : « Ici il n'y a aucun car qui passe mais vous êtes bien tombées. Je vous emmène à St Jean de Luz ! » Les trois belles demoiselles montent dans ma C3. Je les rassure en disant :

« N'ayez pas peur. Vous avez vu qu'il y avait un cercueil. Je suis le prêtre qui a célébré les obsèques. Vous comprenez ? Oui, on parle le français, on vient de Guinée Conacry.

 

  • Vous voulez aller à Bayonne pour prendre le car pour Paris ?
    • Oui c'est ça !
  • Il est à 22 heures. Je vous montre la corniche de la côte basque. Vous êtes ici au Pays basque.
    • C'est très joli ! Il y a des gens qui se baignent !
  • Oui il fait 21°, ce qui est rare en hiver. Vous aussi vous avez la mer et de bons pêcheurs. J’en ai connu certains.

Elles ont souri.

  • J’ai une question importante à vous poser. C'est le dernier jour de l'année. Avez-vous mangé ? Il est 16h bientôt.
    • Non nous n'avons pas beaucoup mangé.
  • Nous n'avons pas le temps d'aller chez moi pour manger mais on va s'arrêter à une supérette et l'une de vous va descendre pour acheter ce que vous voulez manger et boire. Ok ? Mais c'est moi qui vous invite. »

Elles sourient. Les achats se font. Je passe à la caisse. Je vais à la gare routière de St Jean de Luz (je n'avais pas le temps matériel d'aller jusqu'à Bayonne). Elles me demandent s'il y avait des contrôles. Je ne réponds pas. Le prochain bus est dans trente minutes. Elles ont le temps de se restaurer, assises sur un banc au soleil. Je leur donne de l'argent pour le voyage. Elles ne savent pas comment me remercier. En montrant leur cœur, l’une me dit : « Que Dieu vous bénisse. » Je leur dis : « C'est Dieu qui vous bénit. Il m'a mis sur votre route et j'étais très content de pouvoir vous aider. À Paris vous aurez besoin de bons samaritains. Que Dieu puisse vous en mettre d'autres sur votre route. » Une autre me dit : « C'est la première fois qu'on vient en France et qu'on va à Paris. On n'a pas de papier et pas de travail mais on va chercher ! » Je leur dis : « Vous avez beaucoup de courage ! Croyez à votre bonne étoile ! »

Elles m'ont resalué avec effusion de cœur et je les ai laissées en espérant que tout ira bien. Chose que je ne saurais pas. Mais, cette histoire d'étoile m'a mis la puce à l'oreille. Elles sont trois à être en route derrière leur étoile commune ! Trois comme les mages, trois Balthazar féminins ! Elles ont fait naître un rêve en moi !

Alors devant la gare de train qui est en face de la gare routière, j'ai une grosse pensée pour les trois migrants africains écrasés par le train, et les autres noyés dans la Bidassoa, et les centaines d'autres péris en Manche et en Méditerranée. J'ai fait alors un rêve que trois migrants soient les rois mages de la procession de l'Épiphanie qui a lieu le dimanche 2 janvier 2022. J'ai poursuivi ce rêve en voulant retourner chercher mes trois passagères pour leur demander de rester jusqu'à dimanche pour être les reines-mages d’une après-midi, pour représenter les millions d'immigré.e.s et faire de cette belle procession une prière avec nos frères pèlerins et du coup secouer les consciences ! « Tu rêves Mikel, me suis-je dit. Elles ont assez avec leur fardeau et la peur des contrôles ! Je ne vais pas leur ajouter une autre galère. De toutes façons, le protocole de la procession est inamovible ! »

Mon rêve s'arrête là. Mais voilà que le lendemain matin, le jour de l'an, j'ouvre le journal et je vois les magnifiques habits de velours dessinés gratuitement par Jean-Paul Gaultier pour les mages et les pages de l'épiphanie de 2022 et cousues par une équipe besogneuse de la paroisse. Je me suis dit : « Vraiment elles auraient été magnifiques les Guinéennes avec de telles capes et coiffures ! Cela aurait un été un évènement sans précèdent dans l'histoire locale, un scoop international, un signe fort pour la société, une avancée courageuse pour l'Église. Et ce ne sont pas les pêcheurs locaux, à qui on doit cette procession depuis leurs campagnes de pêche à Terre Neuve à partir du seizième siècle qui s'en plaindraient, eux qui ont été habitués à naviguer avec les frères africains du Sénégal, de Côte d'Ivoire et de Guinée. De plus ce serait une sacrée reconnaissance pour toutes les personnes et associations qui vivent l'hospitalité au quotidien ! »

Alors je continue de rêver à ce peuple d'accueillants en procession derrière les accueillis en habits flambants neufs, entrant à l'église Saint-Jean-Baptiste en chantant Kristo guziek dezagun egun adora !
 

Mikel Epalza, aumônier des pêcheurs, Jour de l'an 2022

Crédit photo
Crédit photo. femmes africaines © Luc Legay @ flickr.com - CC BY-SA 2.0
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