Dimanche 1er novembre 2026 – Fête de la Toussaint – Mt 5, 1-12a
Pendant la période où il a parcouru les villages et les collines de son pays la Palestine, Jésus a eu beaucoup de « followers », comme on dirait aujourd’hui. Il n’était donc pas nécessaire de disposer de réseaux numériques pour qu’une incroyable heureuse nouvelle se répande : cet homme était capable de guérir toutes sortes de maladies et de redonner le goût de vivre à de nombreux désespérés.
Mais aujourd’hui, serait-il écouté celui qui dirait que les « pauvres par l’esprit » sont bienheureux, parce que Dieu s’approche d’eux et les accueille ? L’expression est difficile : qui sont-ils ? Les obscurs, les méprisés, ceux qui manquent de souffle pour se battre ; mais aussi tous ceux qui refusent de mettre leur trésor dans leurs richesses (Mt 6,21) et savent ouvrir leurs mains et leur cœur. De même, cette curieuse affirmation que la terre appartient à ceux qui pratiquent la douceur ! Ceux qui ne cherchent pas de revanches, qui sont pacifiques et dont le cœur est simple.
Nous voici, avec ce texte des Béatitudes, qui ouvre le récit de l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Matthieu, plongés dans l’intimité même du Dieu de Jésus. Et tout ceci se passe hors des villes ou des estrades, sur une montagne ou dans une plaine (Luc 6,17), avec les amis du Galiléen ou au milieu d’une foule de gens simples rassemblés.
Nous sommes bien loin du Temple magnifique de Salomon, loin des colonnades du Bernin, loin des cathédrales, des mosquées ou des synagogues. Simplement dans la campagne, au milieu des lys des champs, à portée des villages où une rumeur a circulé.
Il n’y a rien d’impossible dans le programme du Christ. Rien ne s’y achète. Nul n’en est exclu. Ici pas de calculs compliqués, de connaissances prérequises, de performances inouïes à accomplir.
On peut voir dans ces exclamations qui ont marqué les premiers chrétiens et nous parviennent toujours aussi fraîches, un portrait du Christ lui-même. On y ressent fortement son émotion, lui qui est souvent « touché aux entrailles » (Mt 9, 36 ; 14, 14 ; 15, 32, par exemple) au contact de la foule qui vient vers lui, avec ses forces et ses faiblesses, de tous ces petits qui s’agglutinent pour l’entendre, le voir, le toucher.
On peut aussi y voir le portrait en négatif de notre époque immédiate qui prône tant les valeurs de richesses matérielles, la violence verbale et physique toujours « décomplexée », la consommation à l’excès de nourritures et de loisirs, l’indifférence aux perdants d’une société où la compétition est la règle.
Pourtant ne serait-ce pas du côté de la douceur, de la sobriété et du partage que les chrétiens pourraient prendre à contre-pied la société de surabondance et d’injustice que les Béatitudes condamnent avec tristesse : comme ils sont malheureux les riches (Luc 6,24) ! Ils ont leur triste, insignifiante et périssable récompense !
Qui pourrait porter aujourd’hui une parole qui nous arrache à la morosité des chaînes d’infos, des commentateurs politiques, des slogans publicitaires ? Nous avons besoin de témoins qui aident à traduire dans nos vies la source fraîche du bonheur que contient l’Évangile : des célébrités comme le furent par exemple en leur temps, chacun à sa façon, Gandhi ou Martin Luther King, mais aussi, si nous savons les reconnaître, des citoyens ordinaires, des petites gens, qui vivent dans la douceur et la bonté, et que nous côtoyons au quotidien.
La fête de tous les saints est la fête de tous ceux qui ne cèdent pas aux conventions grégaires et aux passions tristes. C’est la fête des Bienheureux, de ceux qui prennent au sérieux l’évangile des Béatitudes, et, par petites touches ou grandes décisions, se découvrent capables de le vivre, d’entrer dans sa Joie, et d’inviter les autres à le faire.
Ce peut être notre fête.