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Lundi 8 janvier 2024 – Le Baptême du Seigneur –Mc 1, 7-11

Les humains cherchent sans cesse à se dépasser ; c’est vrai, par exemple, dans le domaine sportif, mais aussi dans le monde scientifique et technique : connaître plus, aller toujours plus vite, plus loin, plus fort, toujours plus ! Ce faisant, l’humanité a l’impression de grandir. Y a-t-il un domaine où le sommet atteint ne pourra être dépassé ? 

Le récit lu ce jour nous apporte une réponse : regardons sur un axe vertical ce qui est décrit. Le baptême de Jésus est une descente au plus profond des eaux du Jourdain. À ce point bas correspond un autre point, dans les hauteurs : le ciel lui-même. C’est là que nous conduit le récit, les limites du cosmos sont franchies, le ciel s’ouvre, laissant entrevoir un dépassement du monde : « Jésus vit le ciel se déchirer. »

Cette blessure qui crève la voûte céleste donne à entendre autant qu’à voir. Une belle déclaration d’amour tombe des hauteurs. La voix d’un Père se fait entendre : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » Pour qui est attentif, la voix n’est pas lointaine. Elle s’accompagne d’un souffle (celui de l’Esprit) que visualise la colombe descendant sur Jésus. 

Certes, le Père est lointain et pourtant si proche. Il s’infiltre dans les fibres charnelles du Fils de Marie comme le vent quand il est fort s’infiltre dans une maison mal close.

Le Galiléen est plongé dans la foule humaine qui entoure le Baptiste. Il est totalement de ce monde. À son contact bien des hommes et des femmes, des pauvres surtout, découvriront que ce monde n’est pas fermé sur lui-même. Il est dépassé. Ce qui dépasse ce monde est dans le monde, infiltré dans sa chair. La double nature de Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est dévoilée.

Certes, Dieu n’est pas l’homme, la scène au Jourdain le suggère très fortement, il est au-delà des limites du ciel ; mais l’homme n’est pas sans lui. Jésus, Verbe incarné, le manifestera tout au long de sa vie terrestre. Le Dieu du ciel s’infiltre dans notre chair comme le souffle s’infiltre dans nos poumons.

Un détail dans le texte d’aujourd’hui est à souligner. Il nous est dit que « le ciel se déchire ». Les exégètes nous invitent à corréler cette expression avec le fait que lors de la crucifixion de Jésus, au moment de sa mort, lorsqu’il va rendre le souffle, lorsqu’il va « donner l’Esprit », « le voile du Temple se déchire ». Au Jourdain, Jésus vit le ciel se déchirer mais jamais cette déchirure ne s’est refermée.

Elle est toujours ouverte et les baptisés que nous sommes, c’est-à-dire l’ensemble des chrétiens, sommes invités à nous le rappeler. Chacun est plus ou moins en quête de ce qui peut faire la grandeur de l’homme mais le chrétien sait que ce qui fait la dignité irréductible de chaque être humain vient de l’amour que le Père lui porte et qui s’est manifesté en Jésus. Attention cependant, il n’est pas de lien à Dieu si nous nous replions sur nous-mêmes pour échapper à autrui. Dieu est avec nous, autre que nous, dans la mesure où nous sommes pris dans le travail de l’amour humain. Accepter d’être aimé et accepter d’aimer, telle est la seule façon de comprendre le Baptême de Jésus.

Christine TASSET

Crédit photo
Piero dela Francesca. Détail du tableau "Baptème du Christ". Domaine Public.
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