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Dépasser l’animisme

Jacques NEIRYNCK . 24 mars 2025

Dimanche 23 mars 2025 – 3e dimanche de Carême – Lc 13, 1-9

« Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! »

Il s’agit d’un passage tout à fait surprenant de l’évangile de ce jour. À l’époque de sa rédaction, la nature et ses phénomènes sont considérés comme animistes, en ce sens que tout événement est la manifestation d’une volonté invisible, pour le Juif, de Dieu lui-même. Le concept de loi naturelle est totalement ignoré et ne sera acquis que plusieurs siècles plus tard. Mais ce passage en est l’amorce. Une tour ne s’effondre pas parce que la volonté de Dieu serait de punir ses habitants, mais parce qu’elle fut mal construite et instable. Il ne s’agit pas ici du péché de qui que ce soit, mais de l’incompétence de l’ingénieur ou de la négligence du maçon.

Dépasser l’animisme est donc dans l’ADN du christianisme et, d’une certaine façon, une preuve de son inspiration. Il faut sortir de cette fausse relation avec les phénomènes pour élaborer une science rationnelle. Si la Nature n’est pas soumise aux caprices d’êtres invisibles, on peut en observer les régularités, énoncer des lois reposant sur la causalité, contrôler leurs occurrences ou les utiliser à notre profit. En germe dans ce texte apparemment banal se trouve l’expansion de la science occidentale qui ne s’est développée que dans la chrétienté.

On peut poursuivre la réflexion un pas plus loin. Si les phénomènes se déroulent implacablement à la suite de leur propre causalité matérielle, il est inutile de s’imaginer que l’on pourrait les influencer par une prière de demande. Une juste conception de celle-ci n’est pas la manipulation de la Nature mais l’acceptation de son déploiement, on demande le courage de supporter l’insupportable, car on sait que celui-ci ne peut être supprimé. Le pèlerinage à Lourdes ne devrait pas viser une guérison miraculeuse mais le ressourcement du courage.

Il subsiste dans la pastorale l’idée qu’un miracle serait possible, en ce sens qu’une loi de la nature y serait provisoirement suspendue. On en fait même la condition pour proclamer la canonisation d’un saint. Ne serait-ce pas une subsistance de l’esprit païen ? Un chrétien témoigne de la sainteté par son action à l’égard du prochain et non par un recours au merveilleux après sa mort. Pour que la foi puisse être prise au sérieux aujourd’hui, elle doit se débarrasser de tout ce qui lui fut instillé par le monde païen où elle est née.  

Crédit photo
Image par PublicDomainPictures de Pixabay
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