Dimanche 24 janvier 2021 – 3e semaine du Temps – Marc 1, 14-20
« Venez à ma suite ! »
Voilà l’appel lancé dans un coin perdu à quatre simples pêcheurs par un homme nommé Jésus. Cela aurait pu tourner court car qui est cet homme, resté une trentaine d’année dans l’anonymat ? Comment a-t-il pris conscience de sa mission, comment l’a-t-il murie ? Nous n’avons pas d’information mais une fois sa mission démarrée par l’acte inaugural de son baptême dans le Jourdain où il est reconnu comme fils de Dieu, ni les tentations par Satan ni l’arrestation de Jean-Baptiste ne vont le stopper. Il y a dans ce récit une impression d’urgence mise sous le signe de l’approche du royaume.
Sa mission, Jésus la commence dans son pays d’origine, en Galilée (un pays pourtant d’où il ne devait rien sortir de bon selon les Écritures), et c’est là qu’il appelle ses quatre premiers disciples. Les connaît-il, les a-t-il déjà aperçus qui pêchaient chaque jour ? Et eux, l’ont-ils déjà côtoyé ? Il est probable qu’ils ont entendu, ou qu’on leur a rapporté, ce que Jésus annonce : « le Royaume de Dieu est tout proche » et dans ce 1er siècle, dans le monde juif d’alors, cela prend sens car l’attente du jugement de Dieu y est forte.
Il n’empêche, le récit paraît surréaliste. La mission qui accompagne l’appel : « je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » reste floue. Est-ce le mot pêcheur qui les met en confiance ? Car ça, ils savent faire ! L’appel et la radicalité de la réponse : « aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent », fait écho au récit de la création : Dieu dit et cela se réalise ; une façon de révéler le lien qui unit Jésus à Dieu son père.
Ces hommes simples en suivant Jésus signent un chèque en blanc et plus étonnant, Jésus aussi en les choisissant ! Il y a un troublant pari sur la confiance, de part et d’autre. Ce pari s’inscrit dans une histoire plus ancienne : Abraham, le père des croyants, lui aussi a quitté son pays, sa famille, acceptant rupture et déplacement.
Le cinéaste Robert Hossein a utilisé une représentation évocatrice : « L’image du ballon qui s’élève parce qu’on lâche du lest me plaît bien : nous avons à nous alléger pour gagner en disponibilité aux autres et à l’œuvre divine. »
Par Jésus, ce Royaume de justice et de paix s’approche mais il implique que nous prenions notre part, à sa suite pour le faire advenir.
Robert Hossein poursuit : « Je me suis avancé vers le baptême pour laisser le Christ me dépouiller de moi-même et me simplifier. » Étonnante actualité de la crise sanitaire qui à notre insu nous dépouille, nous rétrécit mais quelque part nous interpelle sur l’indispensable !
Et nous aujourd’hui, quelles certitudes avons-nous lâchées, de quoi avons-nous à nous délester ? Quels appels entendons-nous pour témoigner d’une espérance qui dépasse notre quotidien ?
Merci à Simon et André, Jacques et Jean qui, en laissant là leurs filets, nous entraînent à leur suite dans un pari fou : accueillir l’inattendu de la mission.
Ne tardons pas !
Sylvie Tamarelle