-- décédé le 5 mars 2016 --
Entretien réalisé chez lui, dans sa maison, dans les Côtes d'Armor
Au préalable, un tour de son jardin doté d'une magnifique roseraie, objet de tous ses soins.
Que pensez-vous, d’une manière générale, de l'Église d’aujourd’hui, de la situation des chrétiens dans le monde ?
Benoît XVI a fait déjà de bonnes choses, je crois. Il faut dire que l’Église évolue quand même assez rapidement.
Elle se met à la portée des gens au point de vue du langage. On maintient le latin évidemment, c’est une très bonne chose le latin, mais il y a aussi une ouverture : on dit des messes en français et en breton aussi, c’est très bien ! Autrement nous n’avons pas grand-chose comme documents du Vatican, c’est-à-dire on a quand même des informations : quand on nous les donne, c’est au curé de nous en parler.
On vous donne des indications ?
Des directives et tout ça, oui. On ne nous communique rien. On devrait faire des réunions et nous donner des nouvelles du Vatican.
On se voit de temps en temps pour un repas, c’est tout. Le Père Talbot de Lannion, je l’aimais beaucoup, il avait un point fort, un vrai bretonnant, grand intellectuel. On avait toutes les nouvelles.
Maintenant, c’est restreint. Je sais bien que notre curé est jeune. Il n’a pas encore d’expérience. Il faut attendre, on ne peut pas dire ce qu’il fait, il faut attendre, une année, ça ne suffit pas. On va voir. Il va quand même décider quelque chose dans sa 2e année.
Sa tâche est lourde ?
Trop lourde pour un jeune qui n’a pas d’expérience, c’est ça ! Moi je l’ai rouspété la semaine dernière parce qu’il ne m’avait pas donné de messe de la semaine ! Alors j’ai dit : « J’ai besoin d’une messe par jour pour vivre. Je ne touche que 338€/mois de retraite. Donc il me faut une messe. » Vous allez voir ça ? Dites ça à vos gens ? À vos garçons de se faire prêtre pour avoir cette retraite-là ? Non ! J’ai tenu quand même une ferme jusqu’à 38 ans : j’étais à la ferme à mon compte, j’ai donc une retraite « ferme » et avec celle de l’évêché, les deux ensemble = 380 € : ce n’est pas possible ! Il faut que j’aie des messes : une messe par jour, ça me fait 16 €/jour ; pas possible autrement. Je n’ai pas de gouvernante, je fais tout, je fais la cuisine, le ménage, ça me fait rien. Mais, il y a des frais.
Vous nous apprenez des choses qu’on ignore.
C’est ça ! Être ici ça revient cher. Je suis loin de tout mais mon essence, mon kilométrage est remboursé. C’est une initiative de l’évêché.
Et l’entretien de votre voiture ?
C’est à mon compte. Je fais 800 km/mois, c’est beaucoup trop. J’ai fait faire des radios et j’ai des vertèbres usées. Le médecin a dit : « C’est votre voiture qui vous a fait ça. Vous faites trop de kilométrage. C’est beaucoup trop avec votre Twingo là ». Il m’a dit : « Ce n’est pas une voiture de campagne ! » Alors je suis retenu à cause de ça.
Et pourtant il vous faut une voiture !
Oui parce que je ne tiens pas à lâcher Perros : c’est une bonne communauté qui m’aide beaucoup
Revenons à ce qui a préparé votre engagement.
Mon engagement ? C’est ma vocation. Dès l’enfance, très tôt puisque je me retirais, caché, pour dire la messe. J’inventais un petit truc et personne ne me voyait. Je me retirais dans un petit coin, c’était un signe. Et j’aimais aller à la messe. À l'école, on m'appelait « Le petit curé » ! Mais quand l’adolescence est arrivée, j’étais un fripon comme les autres. C’est sûr, on se reconnaît homme, alors il y a des problèmes; j’allais au bal, je me suis amusé...
Les dames de B. se rappellent de vous à l'époque, et elles disent que vous étiez bon danseur !
J’ai voulu également, comme tous les autres, me marier, donc j’ai fait un projet de mariage, mais Dieu l’a empêché à 20 jours de mon mariage ! J'ai été soutenu... Ce n’est pas moi, c'est Dieu !
Dieu l' a empêché, comment ?
Dieu a remis sa main sur mon épaule ; ça j’ai ressenti d’un seul coup : « Tu n’iras pas là ! » Comme s’il me parlait là ! Il m’a pris par l’épaule ; çà a été très fort et à partir de ce jour-là, je me suis dit : « Je serai prêtre dans ma vie. » Mais je ne pouvais pas partir tout de suite, il fallait rester quelques années quand même. Et pour ma fiancée, ce fut difficile... Elle l'a compris... Je l'ai revue, bien plus tard...
Vos parents étaient agriculteurs ?
Oui, j’ai repris la ferme de mes parents. Nous étions 4 : j’étais le seul garçon avec 3 sœurs.
À 17 ans, j'ai été écrasé par une charrette. Le docteur n'en revenait pas que je m'en sois sorti. C'est Dieu qui m'a conduit. Peu à peu je me préparais, fidèle à la messe et tout ça. J’étais totalement changé. « Je suis prêt, Père, prends moi ! » Et il m'a pris...
À 38 ans, j’ai quitté la ferme et à 45 ans j’ai été ordonné à Camlez. En 5 ans, ils m’ont préparé puisque l’évêque a dit : « Oh, celui-ci c’est un adulte ; il a beaucoup d’expérience ; on ne va pas le laisser traîner les pattes au séminaire ! »
C’est donc une vocation tardive.
Une vocation aînée, on disait, oui. C’est arrivé dans ma vie, mais j’ai réussi. J’ai réussi dans toutes les paroisses parce que l’évêque m’a tout de suite envoyé à Tréguier m’occuper des jeunes. J’étais engagé totalement dans le monde des jeunes; j’avais un centre aéré juillet-août à Trestel : 110 gosses tous les jours avec 12 moniteurs à payer. En plus, j’avais mis sur pied deux camps d’ados à Carnac pendant 11 ans. .
Et avec les enfants, ça allait bien ! J’étais prêtre, j’avais quatre moniteurs à diriger, et ça se passait très bien.
J’ai été à Tréguier pendant 12 ans et tous ces jeunes gardent un bon souvenir.
Puis j’ai été à Rozprez : là j’ai été obligé de lâcher les jeunes, mais ça a été remplacé par des voyages avec des jeunes parents. Voyages que j’organise tous les ans en avril ; même ceux de B viennent.
Cette année il y a un projet en Méditerranée.
Après Rozprez ?
Rozprez 10 ans et ensuite la Roche-Derrien : ordonné en 82, j’ai pris ma retraite en 2001, j’avais 76 ans, ce qui est conseillé pour les prêtres.
Vous ne vous êtes pas mis au service d’une paroisse, vous êtes resté indépendant, vous aviez le choix ?
C’est Tréguier qui m’a été proposé très vite ; le curé est venu me voir : « Louis, est-ce que tu peux être à mon service ?» Oui, parce qu’il y avait une autre paroisse qui me voulait. Hervé, curé de Tréguier, m’a dit « Tu es sur la paroisse de Tréguier, j’ai besoin de toi. »
Je suis de service tous les jours. Je suis chez les religieuses, je suis engagé tout de même.
Vous avez beaucoup de travail.
Je suis à Paimpol et je suis à Tréguier. Je n’ai que mon lundi, c’est mon jour de désert ici.
Je reçois le lundi presque tout le temps, c’est rare les autres jours. Je dis la messe à Perros, autrement je fais la cuisine, le ménage, mes courses. C’est trop ! J’aurai 86 ans dimanche prochain. Je continue mais heureusement que j’ai mon jardin, ça me détend, ça me soulage.
Hier on m’a demandé à Minihy et je ne ferai le plus ! Ça fait 23 kms aller-retour. C’est trop ! À 86 ans, « Ne me citez (demandez) plus le soir ! », j’ai dit. Je comprends que ça rend service à certains chrétiens : qu’est-ce qu’on fait pour eux ! Mais eux, qu’est-ce qu’ils font pour nous, les prêtres ? Ils n’ont pas le temps d’aller le samedi à 15h30 à l’hôpital, on y reçoit tout le monde, il y a une grande salle pour ça. Et le dimanche, il y a le dimanche matin. Mais aller le dimanche soir, pas d’accord. Si on n’a pas un après-midi pour nous de libre, non ! Comment dire à un jeune de se faire prêtre ? Un garçon en vacances par-là, est enfant de chœur à P. Il venait me voir ces jours-ci ; il s’appelle Marc. Il m’a cherché, et il m’a trouvé ; il venait me voir et il m’a dit ses projets .Mais ses projets c’est pour se faire prêtre. C’est un garçon sérieux. J’ai dit « Mais tu n’as que 17 ans, il ne faut pas aller trop vite, aies quand même un peu plus d’expérience dans la vie, tu peux être déçu... Il faut attendre deux ans pour voir. »
Durant les 3 ans de séminaire, avez-vous été en alternance dans une paroisse ?
Non, uniquement au séminaire. Quand j’étais ordonné, c'était fini le séminaire. Il faut se lancer dans le monde. Au séminaire, c’était du raccourci, il fallait des études accélérées !
Il y a eu pour vous, des rencontres marquantes ?
Oui, j'ai été soutenu. J’étais dans une équipe. Mais « Nul n’est prophète en son pays » ! Les gens ont trouvé formidable de m'avoir. À Camlez, on me connaît pour avoir de belles roses, une serre qui m’a été donnée par les paroissiens de la Roche. De ce côté-là j’ai des visites...
Les touristes viennent me voir : « Vous n’avez pas la même façon de dire la messe que les autres ! » Il faut sortir, être soi-même, parler de Dieu avec son intérieur. Ça passe bien, tandis que réciter tout le temps, je ne peux pas !
Devenir prêtre...Vos parents vous ont laissé partir ?
J’ai perdu mon père très jeune, à peu près à 11 ans. J’étais l’homme de la maison, je dirigeais la ferme. Ma mère est venue ici avec moi : les roses, c’est ma mère qui a commencé. Pour avoir de belles roses, il faut une terre spéciale, la même que pour les vignes. D’ailleurs il y a des roses dans les vignes.
Quand j’ai appris mon intention d'être prêtre à ma mère, elle ne s’y attendait pas. Je le lui ai dit à midi, je me souviens, elle a lâché ses crêpes et elle s’est mise à pleurer. Et moi je l’ai laissée pleurer. Je suis parti faire une promenade. De retour des champs, je reviens à la maison et là je vois ma mère toute changée. Je la console. C’est fini ! Dieu était là. Elle était transformée, elle était contente… J’ai à vous dire que je suis très attaché à la Vierge Marie. Elle m’a fait signe.
Je vous le raconte. C’était en 2007, il y avait du feu dans le foyer, c’était le samedi et tous les papiers à brûler pour faire le vide autour de moi. J’ai regardé, une carte postale m’a bouleversé : Marie et son enfant ont passé la nuit sans être grillés. Le lendemain, dans la cendre, quand j’ai nettoyé, j’ai trouvé ça sur la grille au-dessus du feu (Louis est allé chercher l’image pieuse endommagée). Regardez comme le feu a fait le tour, c’est dentelé. La flamme a fait le tour. Pourquoi ? Pourquoi Marie et son enfant n’ont pas été brûlés ? La flamme a entouré la Vierge. Regardez l’enfant qui regarde sa maman. « Maman, je vais être brûlé ! » Elle sourit, tellement qu’elle est belle !
Elle a un beau visage.
C’est une photo qui était à Paris. On m’a dit, c’est un signe. C’est curieux. Pourquoi ? Regardez le regard de l’enfant qui regarde sa maman et elle qui est vers son enfant et le feu tout autour… La moitié de la carte brûlée. Pourquoi la moitié brûlée et pas Marie et l’enfant ? Je l’ai quand je dis la messe ici, elle est au pied de la croix. Tout le temps elle est là. Des signes. Alors c’est précieux. Vous êtes pratiquement les seuls à savoir. Et après je demande qu’on la mette dans mon cercueil. Je fais le Rosaire depuis des années et des années.
C’est important pour vous !
Voilà, c’est ma vie, marquée par Dieu, marquée.
Qu’est-ce qu’être prêtre pour vous ?
Être ami de tous les hommes. Si vous êtes bien vu, ça marche. Quel qu’il soit, s’il a des défauts, je les accepte. J’ai des visites, je vois des gens qui souffrent, ils ne sont pas comme nous. Il faut accepter tout le monde, tel qu’il est… essayer de l’aimer.
La tâche est rude !
Oui, mais à 86 ans, je ne fais plus de mariages, et puis quoi dire à des jeunes ? Alors j’ai dit au curé « Laisse-moi tranquille ! » Quand les jeunes venaient, je les aidais à découvrir, à se découvrir.
C’est un beau travail, une belle mission.
Être au service, ne pas refuser quand on vous demande quelque chose. Être aimable avec tous les gens. L'Église est une famille toujours bienvenue : c’est un frère qui me parle, c’est une sœur, donc il faut accepter comme ça. Oui, on ne fait pas de tri !
Votre service se situe donc après Vatican II.
Oui c’est ça. Vatican II, c’est quand même une ouverture.
Vos 3 ans de séminaire comportaient des enseignements sur le Concile ?
Oui, oui ; maintenant je ne sais pas ce qu’on étudie dans les séminaires.
Je voyage facilement. Tous les ans, je fais le Rosaire. Je pars avec mes anciens paroissiens de la Roche et d’ailleurs, de partout !
En plus, ça me plaît également d’aller en Tunisie. J’aime la Tunisie parce que j’ai toujours été bien accueilli, très bien accueilli. L’an dernier je suis allé dans un grand hôtel ; je rencontre la directrice de l’hôtel :
« Monsieur, je vous vois là souvent seul, mais est-ce que vous êtes content de votre chambre ?
- Non, je lui dis, y a trop de bruit, y a une turbine au fond du couloir qui me gêne beaucoup, je ne dors pas. Je suis venu pour me reposer.
- On va voir çà tout à l’heure »
Alors elle me dit : « Vous êtes seul ? Où est votre femme ?
- Je n’ai pas de femme.
- Vous n’avez pas de femme, mais vous êtes marié ? »
Je lui explique qu’un prêtre catholique ne se marie pas. Elle a trouvé ça… : « Ce n’est pas possible, je ne comprends pas, je ne suis pas d’accord : un homme a besoin d’une femme et une femme a besoin d’un homme ! » Elle appelle son commis et le soir, elle m’avait changé de chambre et dans la chambre, il y avait un beau colis, elle m’offrait ça la dame.
Partout, je faisais des amis partout. On m'invitait à manger. « Es-tu pris au club ? Reste avec nous ici. » Jamais ! Ils te chinent. Je les connais très bien, ça se passe bien. Ils ont de la religion ! Ils croient en Dieu, autant que nous et sont fidèles. Ils prient. J’étais à la mosquée pour les voir. Et sérieux et des jeunes bien plus que chez nous. Pourquoi essayer de les convaincre ? Pas la peine. Pourquoi, ils sont heureux ainsi et nous aussi. Chacun fait son chemin.
Après Vatican II, des laïcs se sont mis au travail ?
Oui. Quand on m’a donné une paroisse, à Rozprez, c’était très bien et ça a marché. J’étais aidé par M. M. qui m’a donné beaucoup d’aide, les équipes liturgiques.
Et les enterrements ?
Non pas à cette époque ! Quand il y a un prêtre, être avec ceux qui sont en deuil, être avec eux, partager leur deuil. Si le curé est au presbytère et les laïcs font l’enterrement, c’est pas bien ! C’est notre vocation, surtout l’enterrement.
Tréguier, Rozprez, La Roche-Derrien : ça fait 30 ans de service de paroisse. Aujourd’hui, ça fait plus de 10 ans que je suis là à Camlez. Toute la semaine, sauf mon lundi, jour de désert. Quand il y a des urgences, il faut toujours y aller. Se dire, c’est ma journée de congé, non ! Il faut y aller s’il faut y aller ! Il faut marcher !
Et les baptêmes, les mariages ?
Baptêmes, je continue, mariages non, enterrements pas tellement. Les baptêmes, c’est la joie ! J’accepte encore ! Si je ne continue pas, y aura pas de laïcs pour prendre la relève. Non, je ne suis plus responsable. Au prêtre de décider, pas à moi, sauf un proche.
Que pensez-vous de Mgr de Kervasdoué (ancien évêque) ?
C’est lui qui m’a ordonné à Camlez, dans ma paroisse, là où j’ai travaillé la terre. Il était facile de contact ; il m’a apprécié : « Je veux ordonner l’abbé Hamel le plus vite possible ! » Il était très gentil : j’ai tout de suite été vicaire à Tréguier, donc il m’a fait une grâce. À Tréguier je me suis dit : ils me mettent tout de suite sur cette terre ! Ce n’est pas avec la charrue que j’allais retourner toute cette terre !
Alors que les gens de Camlez disaient : « Comment ? Celui-là curé ? C’est pas possible ! » Ils n’en revenaient pas.
Vous aviez peur ?
Pas du tout. On a des grâces. St Yves m’a aidé beaucoup et Marie. J’ai eu beaucoup de grâces. On le sent, il faut le reconnaître. C’est ça !
Donc je suis un retraité heureux avec ce que je fais.
Vous n’êtes pas tout à fait retraité !
Il faut s’occuper. Qu’est-ce que je ferai ici ? Regarder ma chatte tout le temps ?
Vous avez une chatte ?
Elle s’appelle Ségolène. Je ne l’ai pas vue ce matin ; elle est partie encore, elle fait sa campagne électorale !
Après Mgr de Kervasdoué ?
Je les aimais aussi, les autres évêques. Le suivant, plus timide ; puis, il y a eu Fruchaud. Très bien ; il venait me voir. Actuellement, Mgr. Moutel vient voir mes fleurs.
Il vous apporte des informations sur Vatican II ?
Non, quand il vient c’est pour bavarder : « Qu’est-ce que tu fais de ta vie ici ? Es-tu content ? » Il ne parle jamais de Vatican, des choses simples. L'évêque du concile, Mgr de Kervasdoué, en est revenu gonflé, c’est sûr !
Les évêques ont un rôle important.
Oui, il faut de bonnes décisions. On a eu des évêques très bien, pas durs, gentils. J’ai eu des beaux postes : Tréguier, Rozprez, la Roche-Derrien : 3 paroisses. Dès le début, ça a très bien marché ; je leur disais : « Vous ne me verrez pas, il faut que je travaille mon jardin ! »
Nous arrivons au terme de cet entretien : quelle est votre vision de l’avenir de l’Église?
Pas facile… Je crois qu’il y aura un avenir mais il y aura beaucoup de changement.
Je crois à notre nouveau pape, quand il se sentira libre. Il est encore trop entouré de cardinaux, il va faire une évolution, une ouverture. Je pense par exemple au mariage des prêtres. Pourquoi pas ? Nous avons ce genre de problèmes ; à ce sujet, j’ai entendu parler de l’Afrique, c’est pire que nous. Alors il faudra changer. Puisque le Christ était un homme marié, pourquoi nous imposer le célibat ? C’est en 900 seulement qu’on a imposé le célibat, avant les prêtres se mariaient.
Qu’on nous laisse faire le choix ; ne pas imposer. Imposer c’est mauvais. Les hommes mariés font du bon travail dans les églises, il faut le reconnaître. Donc pourquoi pas ?
Que pensez-vous de l'ordination de veufs ?
S’ils sont âgés, il vaut mieux qu’ils ne se lancent pas : être disponible pour l’Église, mais pas pour être prêtre.
Que pensez-vous du fait que des hommes mariés et veufs puissent accéder à la prêtrise ?
Qu’ils soient disponibles pour l’Église ; c’est une tout autre vie d’être prêtre. Qu’on nous laisse libre et qu’on leur demande : « Est-ce que tu peux faire cela ? » N’est-ce pas redondant ?
Une vie donnée ?
Voilà, oui, justement, justement. Et nous n’avons pas droit à l’erreur !
Y a-t-il des choses que nous avons oubliées ?
Ça va très bien !
Pour finaliser cet entretien, l'été 2015, nous sommes allés rendre visite à Louis Hamel qui, en raison de problèmes de santé, a maintenant choisi d'être admis dans la maison de retraite communale dont il dépend Sur sa porte, une plaque : « M. L. Hamel »... Il lui est demandé par la direction d'être, en ces lieux, discret sur sa pratique sacerdotale. Quelques personnes se réunissent dans l'intimité de sa chambre, pour prier, dire le chapelet ensemble.
Il se sent bien là, parmi ses concitoyens, et envisage de vendre sa maison...