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Auteur
Sylvie TAMARELLE


Dimanche 7 novembre 2021 – 32e dimanche du temps ordinaire – Mc 12, 41-44

Ce n’est sûrement pas le bruit des piécettes que la femme a mises dans le tronc du trésor du temple de Jérusalem qui a attiré l’attention de Jésus qui se trouvait là pour observer, nous dit l’évangéliste Marc au chapitre 12, 38-42.

Bruit inaudible au milieu de la foule. D’ailleurs cette veuve doit être tout autant invisible : on l’imagine bien dans des vêtements usés voire rapiécés : indigente. « Une pauvre veuve », pléonasme à cette époque où une femme qui perdait son mari était vouée à la pauvreté voire à la mendicité. Elle n’attire surement pas le regard, ni l’admiration ! Et pourtant elle est prise en exemple : elle a mis plus que tous les autres ! Elle ne compte pas. Au risque de la générosité et l’audace du don, elle s’expose au dénuement.

 

Soudain, j’ai eu envie de me mettre à côté de la colonne où Jésus se trouvait, pour tenter de regarder différemment. Du coté des personnes que je côtoie et qui ne manquent pas d’argent, de compétences en tout genre, les visages se bousculaient. Par contre, concernant celles que l’on pourrait dénommées indigentes, invisibles, voire incapables, ce fut plus long. Notre regard n’est-il pas plutôt attiré par les scintillements de ce que nous appelons la réussite et son corollaire financier ?

Délaissant ces qualificatifs d’indigent, d’invisibles, qui déjà connotent négativement les personnes, soudain j’ai vu…

Alassane, sans papier, qui revient de chercher une baguette de pain et refuse qu’on le rembourse, content de contribuer à sa façon au repas partagé, lui qui touche moins de 10 euros le week end quand il fait quelques coupes de cheveux

Abou qui travaille bénévolement à la banque alimentaire et partage avec fierté son colis, fruit de son labeur, lui qui est interdit de séjour.

Baba, d’origine mauricienne, qui nourrit sa grande famille par son travail de femme de ménage chez de multiples employeurs entre lesquels elle passe son temps à courir, et qui pourtant invite toujours largement autour d’elle sans compter.

Monica longtemps privée d’humanité dans un réseau de prostitution et qui maintenant avec son travail à temps partiel et un titre de séjour fragile offre de grand cœur des vêtements d’enfant à une amie.

Privés du nécessaire, privés d’éducation pour certains, privés de sécurité, privés de droit, mais pas privés de cœur car ils savent, tout comme la pauvre veuve, donner de leur indispensable pour le partager.

 

Je me suis dit que c’est à ce regard différent que Jésus nous invite, à cette audace du partage, du don, à cette confiance. Le royaume ne se construit pas à coup de milliards mais avec des gestes très humbles de solidarité. Alors tous ces hommes et ces femmes, différents, étrangers, sont devenus plus que des frères et des sœurs : des maîtres en humanité.


Sylvie Tamarelle