L’enfance, ce n’est pas toujours le temps des rires et des chants, comme le chantait notre incomparable Casimir voici trente ans dans « L’île aux enfants ».C’est parfois la violence, l’inceste, l’exil, la misère, l’exploitation ; maux farouchement combattus par une équipe de policiers de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM) à Paris. C’est ce que nous montre avec sobriété, et sans pathos, le film « Polisse ». Les policiers des deux sexes ne sortent pas indemnes de cette lutte quotidienne, exténuante, qui les confronte aux enfants abusés et malmenés, comme aux auteurs de violences, issus de tous les milieux sociaux. Des adultes sans cesse dans le déni, auxquels il faut rappeler la loi. La vie personnelle d’Iris, Mathieu, et les autres, pâtit de ces douze heures par jour passées sur le terrain. Et parfois, l’injustice subie par les enfants et le manque de moyens qu’on leur donne, prend les brigadiers à la gorge : « Je sais bien qu’on fait du cas par cas, qu’on ne peut pas sauver le monde » dit l’un d’eux, « mais quelquefois, ça reste coincé, là, c’est trop, ça passe pas ! » Ancien travailleur social, c’est exactement ce que j’ai ressenti de longues années… Car les travailleurs sociaux voient les mêmes enfants, les mêmes drames, et travaillent souvent en liaison avec la BPM. « Pas d’affect » dit un supérieur hiérarchique ; « tu prends ça trop à cœur » déplore un collègue…que de phrases familières entendues maintes fois ! On s’attache à ces héros et ces héroïnes, Don Quichottes au jour le jour de la société moderne qui, sous des déclarations de principe, reste indifférente. Et de leur colère, de leur impuissance, ils veulent la réveiller, la confronter à ses contradictions. L’ombre qui plane sur eux nous indique au passage que, comme les travailleurs sociaux, les policiers bénéficient de bien peu de soutien psychologique. Comme eux, ils subissent la condescendance un peu méprisante des autres corps de métier : s’occuper des petits, des faibles, des exclus, ce n’est ni valorisé, ni gratifiant. Un film à voir pour aborder un autre visage de la police et un autre versant de l’enfance. Une enfance dont on vole l’insouciance et la confiance en autrui. Ces récits donnent un autre regard sur les affaires de pédophilie ou les grossesses de petites filles, ne laissant aucune place au « théorique ». Ils nous interpellent avec force sur le monde dans lequel nous vivons, un monde où les valeurs humanistes et chrétiennes sont foulées aux pieds, quand elles ne sont pas considérées comme ridicules… Michelle.C. Drouault
Auteur
Michelle C-DROUAULT