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Auteur
Jacques NEIRYNCK

Jeudi 13 mai 2021 – Ascension du Seigneur – Ac 1, 1-11 ; Ep 4, 1-13 ; Mc 16, 15-20

Cette fête a une tonalité paradoxale, car elle célèbre le départ de Jésus de Nazareth, c’est-à-dire la conclusion de l’Incarnation, les disciples livrés à eux-mêmes sous la seule action invisible de l’Esprit. Or, qui n’a jamais rêvé de vivre en Palestine au début du premier siècle, d’écouter les paroles de Jésus et d’assister à des miracles ? En ce temps-là, la Foi ne semblait pas nécessaire face à l’évidence d’un signe divin sur Terre.

En ce jour, il y a autre chose à célébrer qu’un phénomène prodigieux, une supposée lévitation de Jésus. Cette image fut imposée par les peintres, qui n’ont d’autre ressource que représenter l’invisible, comme s’il avait été possible à l’époque de photographier ou de filmer l’événement. À bien écouter les lectures dans leur sobriété, ce n’est pas de cela qu’il s’agit.
 

La première lecture, le début des Actes des Apôtres, est la plus tardive des trois, attribuée à la décennie 80, alors que l’épître date peut-être de 60 et l’évangile de 70. Cette première lecture est la seule à décrire un événement en termes réalistes, tout en lui donnant aussitôt son sens authentique par la phrase « …pourquoi restez-vous là à regarder le ciel… ». Car tel est le message de l’Ascension : passer de la nostalgie de ce qui fut à l’action qu’elle requiert.

Cette injonction est prophétique en un sens, car les peuples de l’Antiquité considéraient la Terre comme le centre immobile de l’Univers, qui était clos par une voûte sur laquelle étaient fixées les étoiles. Au-delà se situait le Ciel, demeure de Dieu et des anges, étrangement circonscrite à côté et en surplomb de l’Univers. On montait au ciel physique parce que c’était l’entrée dans le Ciel transcendant. Le premier à y être emporté par un « tourbillon » fut Hénoch, suivi d’Élie. L’Ascension de Jésus reproduit cette image biblique, qui génèrera plus tard l’Assomption.
 

Au-delà de cette imagerie traditionnelle, les trois lectures sont d’abord un appel à l’action : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toutes les nations. » Cette charge repose désormais sur les hommes comme le dit explicitement l’Épitre : « les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies […]. » On lit bien « les fidèles », pas le clergé puisqu’il n’existait pas encore à l’époque. Et donc ce matin de l’Ascension, le même appel est renouvelé : chacun est prêtre, prophète et roi. On pourrait aussi désigner cette fête comme celle de l’envoi en mission des hommes.
 

L’autre message de la célébration est l’entrée de l’homme Jésus de Nazareth dans un autre monde, où « il s’assit à la droite de Dieu », selon une autre image traditionnelle. Par cette accession au Ciel d’un homme, la promesse est faite à tous les humains. En ce sens l’Ascension prolonge et explicite Pâques. Elle annonce la Pentecôte qui matérialisera la présence de l’Esprit dans les hommes. Après que le divin s’est manifesté dans un homme, vient le temps où il s’incarne dans tous les hommes. C’est le nôtre et cette célébration a pour objectif de nous le rappeler.
 

Jacques Neirynck