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Joseph, figure du juste

Auteur
Michel MENVIELLE


Dimanche 22 décembre 2019 – 4e dimanche de l’Avent – Mt 1, 18-25

Étant fiancée avec Joseph, Marie est trouvée enceinte (le verbe grec utilisé par Matthieu a pour sens « trouver, par hasard ou en cherchant » ; il est au passif) Comment ? Par qui ? Matthieu ne nous en dit rien : l’important ici est donc le fait que la grossesse soit connue. Joseph, ne voulant pas la compromettre, décide en lui-même de la répudier secrètement. Il en est là dans ses pensées lorsqu’un messager d’Adonaï lui est « rendu visible en songe, disant : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton épouse ; car ce [qui est] engendré en son sein vient-du souffle saint. Elle enfantera un fils, et tu le nommeras Jésus ; lui en effet sauvera son peuple de ses égarements. » (v. 20-21 – traduction au plus près du grec)

Une répudiation exposerait à tout le moins Marie au risque de l’opprobre, l’enfant qu'elle porte pouvant être considéré comme signe d’une relation avec un autre homme. En outre, Joseph sait qu’une répudiation publique, scellée par un certificat légal (Dt 24, 1), est nécessaire pour rompre le lien de fiançailles qui l’unit à Marie. Le messager invite ainsi Joseph à aller jusqu’au bout de sa démarche, et à protéger Marie en l’accueillant avec l’enfant qu’elle porte.

En travaillant ce texte, j'ai réalisé à quel point la démarche de Joseph et l’invitation du messager d’Adonaï sont en harmonie avec la réponse de Jésus à ceux qui lui ont amené une femme surprise en situation d'adultère : « Que le sans-faute de vous lance en premier une pierre sur elle. »2 (Jn 8, 7) Laisser l’initiative à la part « sans-faute », innocente et bienveillante, présente au plus intime de chacun, et pas à la violence qui y est également tapie. Dans cette perspective de lecture, le messager d’Adonaï invite Joseph à laisser le « sans-faute de lui » décider complètement de son attitude vis-à-vis de Marie. Ayant été réveillé de son sommeil, il prend avec lui Marie et l’enfant qu’elle porte.

Les paroles du messager d’Adonaï concernent également l’enfant porté par Marie. Matthieu nous dit que, le moment venu, Joseph a donné Jésus pour nom à l’enfant (v. 21), comme le messager le lui a demandé. Mais il ne nous dit pas ce que Joseph a compris des paroles du messager sur l’origine et le futur de Jésus. Je pense que Joseph les a gardées avec soin dans son cœur, ainsi que le dit Luc à propos de Marie (Lc 2, 51).

Au début du récit de cet épisode de la vie de Joseph, Matthieu indique que Joseph est un homme juste, un homme qui remplit ses devoirs envers Dieu et les hommes (v. 19 – dans le contexte polythéiste grec, « qui remplit ses devoirs envers les dieux et les hommes » est le sens premier du mot grec traduit par « juste », lorsqu’il s’agit de personnes). L’harmonie entre la démarche de Joseph, l’invitation du messager et la parole de Jésus suggère que le juste ne met pas l’accent sur la trace du mal présente en chacun de nous – tout en reconnaissant cette présence – mais sur le « sans faute de lui », présent au plus intime, et qu’il lui laisse l’initiative. Et que cette part « sans faute », présente au plus intime de chacun, est une trace de l’indicible présent en tout homme et qui le dépasse.


Michel Menvielle