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Auteur
Bernard DELEBECQUE

Image retirée.Depuis quelque temps en France – et il semble qu’il en soit de même dans plusieurs pays européens – se développe un courant d’hostilité, une opinion publique inamicale, voire franchement hostile, à l’encontre de résidents considérés comme extérieurs à la communauté nationale, et non pas vis-à-vis d’étrangers résidant hors de nos frontières comme le « Boche » et le « Chleuh » qui désignaient l’Allemand pour les Français il y a cinquante ans.

Les Juifs ont souffert de ce sort sur notre sol pendant longtemps. L’attitude d’une grande partie de la population française à leur égard ne naissait pas des difficultés de la cohabitation, car elles n’existaient pas. Des Français antisémites pouvaient ne pas connaître de Juifs, mais étaient affectés néanmoins par cette psychologie collective qui leur était hostile.

C’est au début de ce 21e siècle le sort des « musulmans » qui ont pris la place des « Arabes » et des « Maghrébins »...Les « Roms » les ont rejoints depuis peu.

Le combat contre ce mouvement d’opinion, cette islamophobie croissante, est nécessaire mais ne sera pas facile, puisqu’il s’agit d’un mouvement d’opinion irraisonné, fait de fantasmes et de préjugés. Il faut sans doute commencer par ne pas tolérer que cette maladie de l’âme ou de l’intelligence soit illustrée par des propos publics ou privés, notamment quand ils sont tenus par des personnes qui exercent ou rêvent d’exercer des responsabilités publiques ; il faut y réagir. Mais cela ne suffira pas, car divers phénomènes fournissent des aliments à cette islamophobie, sans qu’ils l’expliquent totalement, ni moins encorela justifient.

D’abord les incivilités dans la vie quotidienne, et plus gravement les actes délictueux dans certains quartiers, dans certains périmètres, qui ne sont pas assurément le fait exclusif des Français d’origine maghrébine et de culture musulmane : y participent aussi des « Blacks » et des « Gaulois ». Le tort porté à l’ensemble de cette population, à ces quartiers par cette minorité est considérable. Beaucoup en son sein s’en désolent et saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes pour condamner ces actes. Mais c’est de ces actes et de leurs auteurs que l’on parle à la T.V., dans les journaux, dans les cafés, dans nos salons.

Ensuite les discours hostiles aux occidentaux tenus à l’étranger par des personnalités de premier plan....et la justification de l’activité criminelle d’El Qaida, frappant aveuglément en Occident comme dans les pays dits »musulmans » en invoquant Allah ou la Coran. Les autorités musulmanes installées et reconnues ont condamné et condamnent encore cet activisme meurtrier. Mais leur condamnation est-elle reprise suffisamment dans les médias nationaux ? Est-elle relayée localement, à la base, dans les mosquées et ailleurs ? Toutefois cela suffira-t-il ? Leurs protestations contre ces agissements au nom de l’Islam ne sont pas entendues.

Enfin les nombreux reportages effectués depuis le « Printemps arabe » et au cours de l’embrasement du Proche-Orient ont porté à la connaissance d’un grand nombre de citoyens les discriminations dont étaient - et sont encore - victimes dans ces contrées non pas seulement les opposants politiques aux dictatures ou aux régimes politiques forts, mais également les minorités ethniques ou religieuses, parmi lesquelles les chrétiens sont les plus nombreux. Il est souhaitable que les communautés musulmanes présentes sur notre sol, et particulièrement leurs autorités, protestent publiquement et de manière répétée contre le sort fait à ces minorités, et le fassent savoir, en appelant au respect des Droits de l’Homme même en « Terre d’Islam », et que nous fassions connaître ces protestations autour de nous.

Je ne retiens pas parmi les facteurs d’explication de l’islamophobie les sites ouverts pour diffuser l’Islam, ou « instruire « dans cette religion, et qui véhiculent la haine, incitent au meurtre et à la violence. Peu de Français les connaissent, mais il est nécessaire que les responsables musulmans mettent en garde contre ces sites ceux et celles qu’ils pourraient attirer, et les condamnent en réfutant leurs arguments.

Dans un climat social apaisé - quand sera-t-il restauré ? - le foulard des femmes musulmanes qui le portent par piété ne posera plus de problèmes, et des tenues « exotiques » que certains et certaines portent par ostentation ne seront plus que des épiphénomènes.

Bernard Delebecque