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Auteur
Anne-Joëlle PHILIPPART


Dimanche 23 juin 2018 – Le Saint Sacrement – Gn 14, 18-20 ;1 Co 11, 23-26 ;Lc 9, 11b-17

La fête du Saint-Sacrement rime, dans tant de mémoires, avec processions fastueuses de prêtres et d’évêques. Étranges parades où rien ne semble trop beau dans un défilé luxueux d’ors, chasubles, mitres et crosses. Mais que fêtent-ils donc, se demandent les badauds interloqués ?

Une nouvelle gay pride, se disent certains quand d’autres, plus anciens, se rappellent que tous ces prêtres fêtent la gloire d’un Dieu miséricordieux manifesté par son Fils venu dire au monde qu’il fallait se convertir pour entrer dans un nouveau mode de vie fait d’égalité, d’amour et de partage. Ces anciens expliquent alors que ces prêtres appellent de leurs prières l’arrivée progressive du Royaume de Dieu qui verra les puissants renversés de leurs trônes, les humbles élevés et les affamés comblés (Lc 1). Heureux les pauvres de cœur, les doux, les artisans de paix, ceux qui ont soif de justice proclament-ils (Mt 5).

Ah bon, ont dit les badauds, étonnés quand même, dans ce contexte, de voir cette parade être exclusivement masculine. Mais où sont les femmes dans votre histoire de justice et d’égalité ? Mais deux femmes sont à l’initiative de cette fête, qu’elles ont imaginée et voulue au 13e, leur répond-on. Et pourquoi ne sont-elles pas présentes, ont-ils dit ? Mais parce que, vous comprenez bien, des générations de prêtres les ont oubliées ! Leur présence auprès du Christ, son respect profond pour elles, la confiance qu’il leur faisait, leur foi, leur compréhension du message, leur courage ont été effacés des mémoires. Des siècles de dévouement, d’évangélisation, de ministère, de parole, de présence aux autels ont été recouverts d’une étrange poussière d’invisibilisation. Dommage, ont-ils affirmé.

Eh oui, qui sait si certains de ces prêtres en procession, songeurs, n’ont pas alors rêvé, comme le Christ, qu’une autre Église était possible…Et de creuser cette idée prophétique, ils ont peut-être osé penser autrement, dans la liberté de l’Esprit. L’heure serait-elle enfin venue de vivre cette joie de célébrer l’eucharistie, côte à côte, dans la mixité, la coopération et l’égalité ? Comme dans un engendrement symbolique, la présence réelle du Christ se verrait alors manifestée par une femme et un homme. Dieu fit l’Homme à son image, il le fit femme et homme (Gn 1). Enfin, ce mythe se déploie tout autrement. À la suite de Phoebé (Rm 16, 1), les femmes peuvent alors assumer pleinement leur vocation en ayant une parole d’autorité. Comme Junia et Marie de Magdala, elles peuvent porter le titre d’apôtre. Comme Marie, elles veillent sur l’Église, pasteures et médiatrices, prêtres, prophètes et reines. Ève redevient enfin la Vivante dont la présence engendre l’homme parlant, entré dans l’humanité.

Aujourd’hui, j’ai fait le rêve…qu’un jour cette Église se lèverait et vivrait pleinement sa foi en un Dieu qui a créé un monde où les humains naissent libres et égaux (d’après M.L. King). Amen.
 

Anne-Joëlle Philippart