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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / Vivre en paix par rapport à l’autorité politiqueca

Vivre en paix par rapport à l’autorité politiqueca

Vivre en paix par rapport à l’autorité politique (p.271). La citation sur l’autorité est difficile à comprendre.

Dans le texte, elle n’est suivie d’aucune explication d’où son application radicale.

Les explications, aussi bien de DM que de la feuille de route nous paraissent confuses.

Créé par : [Groupe de Caen A]

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mar 20/05/2025 - 22:10

Permalien

Merci de votre question. Je vais essayer de m'expliquer sur ma lecture du texte célèbre de Romains 13, 1-7.
Dans la feuille de route n°6 où je  vous invitais à lire ce que D. Marguerat en dit, j’avais essayé de vous montrer que ce texte qui a été utilisé par les états (de droit divin) et par l’Eglise pour asseoir leur pouvoir avait été l’objet d’un véritable contre sens.
Je reste globalement d’accord avec la conception de DM : pour Paul, « le pouvoir qui dévie de sa vocation reçue de Dieu perd sa légitimité ». Or, la vocation que tout pouvoir humain reçoit de Dieu, c’est de faire le bien et d’agir pour que le bien l’emporte et soit respecté. 
S’il agit à l’inverse, il n’est plus légitime.

Premier point : la traduction par « pouvoir » est mauvaise ; elle vient du fait que Jérôme a traduit en latin le mot grec « exousia » par « potestas ». Mais « exousia » dit toujours un pouvoir qu’on tient d’un autre, une autorité qui est autorisée par un autre (ex-),  dont on doit rendre compte et qui donc peut vous être retirée.
C’était le cas des magistratures et charges dans l’Empire romain. Mais pour Paul (comme pour ses contemporains), au-dessus de l’empereur, toute autorité vient de Dieu, et n'est autorisé que par Lui.

Deuxième point : il faut revenir sur la traduction habituelle du texte, et sur le contre-sens incroyable induit par une traduction inexacte :
On traduit : « Que tout être vivant soit subordonné aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’instituée par Dieu, et celles qui existent sont ordonnées à Dieu »
Mais le texte dit  « car il n’y a d’autorité que du fait de Dieu (on peut lire « qu’autorisée par Dieu »), et celles qui le sont (vraiment) sont ordonnées à Dieu ».
Ce qui revient à n’attribuer l’autorité qu’à ce qui est ordonné à Dieu, autorisé par lui, et non pas à dire que toute autorité est instituée par Dieu.
Les conséquences du contre-sens sont immenses : les autorités politiques et ecclésiales pendant des siècles se sont considérées comme instituées par Dieu en s’appuyant sur un texte qui dit le contraire. Car en creux, Paul leur dit : si vous n’obéissez pas à Dieu et ne lui êtes pas ordonné, vous perdez le titre d’autorité !
Or, comme Jésus donne autorité à ses disciples « pour chasser les démons et le mal » (Mc 3, 15), Dieu ne donne autorité aux humains, ici au « porteur de glaive que pour assurer le bien, et manifester la colère de Dieu au malfaiteur ». A nouveau, on peut lire en creux : il n’est pas pensable que le porteur de glaive se tourne contre celui qui agit bien ! Il perdrait son autorisation, sa légitimité.


Troisième point :  on néglige trop le verset 5 : « c’est pourquoi force est de se soumettre, non seulement à cause de la colère, mais aussi par acquit de conscience ».
Autrement dit, le chrétien n’obéit pas par crainte de la colère des autorités, mais parce que sa conscience l’y autorise. Ce qui fait que la conscience chrétienne intervient comme un veilleur auprès des autorités : n’agissent-elles qu’en agitant la crainte de la colère, ou véritablement en faisant le bien pour lequel elles ont été ordonnées à Dieu ?
 Et la conscience chrétienne est cette instance vigilante qui doit rappeler aux autorités ce qui précisément les « autorise » !

 

On peut s’interroger : pourquoi le texte ne présente-t-il que l’aspect positif de l’action des autorités qui agissent conformément à la volonté bonne de Dieu, et laisse-t-il le lecteur lire en creux la proposition inverse, qui met en cause toute autorité agissant contre la volonté de Dieu et le bien ?
Pourquoi Paul n’est-il pas plus clair ? Plusieurs exégètes ont répondu de façon fort intéressante :

Paul n’avait aucun intérêt à attaquer frontalement les autorités romaines ou même l’autorité de l’Empire. D’ailleurs à son époque (avant 60), l’Empire dirigé par Néron (à ses débuts) fait plutôt bien son boulot, la Pax romana n’est pas un vain mot.
Mais bien plus, on connaît chez les écrivains romains qui contestaient les magistrats des « scénarios cachés », où il suffit de renverser un discours positif pour lire les failles du pouvoir ! Et Paul savait très probablement utiliser ce « genre littéraire ».

Voilà ma lecture, j’espère avoir été plus claire. Vous me le direz.

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