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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / Quelle espérance pour notre corps ?

Quelle espérance pour notre corps ?

Romains 8, 23 nous plonge (par le Baptême ?) dans l'attente de l'adoption, la délivrance pour notre corps (et non du corps).
2 Co 5, 6 affirme notre confiance, "tout en sachant que tant que nous habitons dans ce corps (tente), nous sommes hors de notre demeure, loin du Seigneur, car nous cheminons par la foi, non par la vue".
Est-ce une dépréciation de notre condition ou une " aspiration à revêtir un vêtement sur l'autre afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie"?
2 Co 5, 4 "Nous ne voulons pas nous dévêtir", quitter cette tente où nous gémissons pour revêtir un vêtement d'immortalité.
J'y vois une "exaltation" de notre condition corporelle en Christ comme vous le suggérez en disant que Paul et Jean qui ne se connaissaient pas se sont rencontrés théologiquement. Cf. Le Prologue de Jean et l'hymne de Ph 2.
Pourriez-vous développer ? Merci

Créé par : François Griffaton

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mar 22/04/2025 - 12:34

Permalien

Merci de ces réflexions très riches sur la "délivrance pour notre corps", c'est la bonne traduction !
Je pense éclairant de revenir sur la notion de "corps" chez Paul. 
A son époque, le mot sôma a d'abord gardé son sens ancien marqué par la tradition platonicienne, celui d'une enveloppe corruptible qui retient l'âme (psukhè) prisonnière ; celle-ci s'en délivre par la pensée, la méditation et la contemplation des idées, jusqu'à ce que le corps se décompose dans la mort, et que l'âme rejoigne une forme d'immortalité. L'expression populaire sôma sèma, "le corps est un tombeau", le dit bien.
Par ailleurs, les Stoïciens s'en sont emparés pour parler du "corps du monde", l'univers, maintenu vivant par l'âme ou la raison/parole logos ;  avec l'idée d'un embrasement et d'un renouvellement tous les 30 000 ans !

 

Paul n'a pas de mot grec pour dire l'unicité de la "personne", selon sa propre pensée juive qui ne sépare pas le corps de l'esprit et du souffle de vie ; la pensée sémitique est très unifiante pour l'être humain.
Il choisit le mot sôma  et essaie de lui faire porter cette idée d'une "personne", d'une "identité personnelle".
Pour lui, ce corps  est la personne toute entière, animée du souffle vital (psukhè n'est pas l'âme platonicienne), et plus fondamentalement dans le cas du l'être humain du souffle de Dieu (pneuma, l'esprit). Selon 1 Corinthiens 15, 35-52, ce corps dans sa réalité animée, est appelé "corps psychique", et il disparaît à la mort, mais il est ressuscité par Dieu sous forme de "corps pneumatique ou spirituel" ! Par là, Paul veut dire que c'est bien la même personne qui meurt et qui ressuscite ; mais la forme sous laquelle elle ressuscite n'a rien à voir avec sa forme mortelle, et il est insensé de poser la question : "comment les morts ressuscitent-ils ?". Je démarque : dessinez moi donc un "corps spirituel"!!!
Cet effort remarquable de Paul dit bien que nos corps (en tant qu'ils sont la totalité de notre être) sont voués à la résurrection, chacun de nous est voué à la résurrection. Mais nul ne peut dire, sauf à dire des sottises, ce que seront nos "corps spirituels", nos personnes ressuscitées !
Et sur ce point, Paul a perdu la partie. Car le mot sôma en ce sens n'a pas été repris par les pères de l'Eglise grecque et latine, qui l'ont remplacé par l'âme,  psukhè.  Au risque de confondre immortalité de l'âme et résurrection. Or la foi chrétienne n'est pas foi en l'immortalité de l'âme mais foi en la résurrection des personnes !


L'autre utilisation imagée du mot, le corps du monde selon les Stoïciens, est aussi reprise, mais surtout par les successeurs de Paul, Colossiens et Ephésiens, qui verront dans l'Eglise, "le Corps du Christ", en tant qu'elle est appelée à rassembler et à faire passer à la vie nouvelle l'humanité et le cosmos tout entier attirés vers la tête, le Christ (Colossiens 1, 15-21). Ce qu'Augustin appellera "le Christ total". 


J'espère avoir une peu éclairci cette question compliquée.
Je termine en confirmant avec vous la proximité de Paul et de Jean. Avec sur cette question, un bémol délicat : Jean au lieu de "corps" parle plutôt de "chair". C'est plus proche du vocabulaire hébreu, et moins convaincant pour nous.

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