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Pré-existence divine

Chère Roselyne,
Je reviens sur la synthèse n° 6 (Philippiens) où vous évoquez les 2 principales interprétations du mot kénose qui supposent une préexistence divine ou son absence préalable en proposant une troisième voix, je vous cite : "Or Paul n’emploie pas ce vocabulaire -là et ne parle jamais de pré-existence, ni d’essence à la façon des philosophes grecs."
Votre proposition est très inspirante : que le Christ soit fondamentalement "en condition divine", ce qui ne suppose pas de préexistence mais une configuration de base de l'homme qu'il était si je vous lis bien.
Mais alors comment lire cette affirmation de l'Evangile de Jean : "Avant qu'Abraham fut, Je suis" (Jean 8, 58) sans se laisser prendre les pieds dans le tapis de la pré-existence ? ou dans celui des dates de rédaction de Paul antérieur à Jean ?

Créé par : Cécile Jeanne

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mar 13/05/2025 - 20:10

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Vraiment j’apprécie énormément votre expression : « sans se laisser prendre les pieds dans le tapis de la pré-existence » ! Il est probable et bien compréhensible que l’évangéliste ( comme Paul et comme chacun de nous) se soit laissé prendre le pieds dans le tapis ! 
A sa décharge (ou pour tenter de le comprendre bien), je dirais volontiers deux choses : 
-Le grec permet d’opposer un verbe « être » duratif, celui que la philosophie depuis Platon au moins a chargé de la notion intemporelle, stable et immuable d’être ; et un verbe « devenir » qui sert de passé simple (temps de l’action passée et souvent ponctuelle), celui que la philosophie a chargé de la notion d’entrer dans la vie terrestre, un devenir changeant avec un commencement et une fin (le verbe signifie aussi « naître »). Si bien qu’en faisant dire à Jésus : « avant qu’Abraham entre dans le devenir, je suis », l’évangéliste peut opposer la temporalité d’Abraham à l’éternité (la condition fondamentale, la configuration de base ) du Je suis de Jésus.

-D'autre part, l’expression « Je suis » employée absolument dans la bouche de Jésus chez Jean (mais aussi chez Marc une ou deux fois) renvoie clairement au martèlement du Nom de Dieu dans le livre d’Esaïe, 40-45, notamment dans la version grecque, Dieu affirmant : « Moi, je suis, et il n’y en a pas d’autre » (ainsi Es 43,10. 13 etc.). Il est clair qu’en affirmant ainsi sa proximité absolue avec Dieu, Jésus se situe « avant Abraham » au sens logique comme au sens chronologique.

Quant aux dates de rédaction, il est certain que Paul écrit bien avant Jean, mais il est probable aussi que la tradition johannique n’a croisé que très tardivement la tradition paulinienne. Je crois vraiment que par des canaux différents mais aussi par des genres littéraires très différents, Paul et Jean sont souvent extrêmement proches, avec la même perception géniale du mystère du Christ.

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