Commentaires
Avorton
Si je puis apporter un autre élément bibliographique sur cette question cruciale, je renverrai au livre de Gérard Bonnet : "symptômes et conversion" paru aux PUF, notamment le chapitre 4 qui analyse l'apparition de Jésus à Saint-Paul sur le chemin de Damas.
C'est une lecture psychanalytique, de la part d'un analyste chrétien et qui tente de donner une autre interprétation à ce terme d'avorton. Aussi surprenante que soit à cette interprétation, je pense qu'il est parfois bon d'interroger et de bousculer les lectures trop croyantes des épîtres et des évangiles. Merci beaucoup à vous
Merci de cette indication…
Merci de cette indication. Certains commentateurs récentes en ont fait état de façon intéressante. Le risque est toujours la confusion entre l'analyse d'un personnage littéraire, le "Paul" des Actes des Apôtres (qui est une construction intelligente de Luc), et un écrivain, que ses lettres permettent d'interroger... avec prudence.
Vous posez une bonne…
Vous posez une bonne question, car tous les commentateurs et spécialistes de Paul se la posent : que signifie ce mot très rare dans la langue grecque, qui désigne le fruit d'une naissance avant terme ou d'un avortement, l'enfant mort-né ?
Le mot est employé trois fois dans la Septante, toujours de façon imagée. Ainsi Job 3,16 qui regrette de n'être pas mort en naissant.
Au 12 ème siècle, un lexicographe a pensé que c'était une insulte, comme vous le dites, des adversaires de Paul, qu'il reprendrait à son compte. Cette explication a eu du succès, elle n'est plus guère retenue aujourd'hui.
Depuis Ignace d'Antioche, les pères grecs et de nombreux commentateurs y voient plutôt une expression d'humilité.
Aujourd'hui, certains exégètes insistent sur le fait qu'il s'agit d'une action violente : Paul a été arraché à sa mère, la synagogue juive, et il est venu à la foi chrétienne de façon brutale, sans formation préalable comme ceux qui avaient connu Jésus dans les jours de sa vie. Il aurait donc été comme un "prématuré". C'est, je crois, la proposition de Michel Quesnel.
Personnellement, je trouve cela un peu contourné : je crois qu'il faut essayer de comprendre le mot dans son contexte, et relire 1 Co 15, 1-11 : Paul vient après une série de bénéficiaires de manifestations du Christ ressuscité ; il est comme en plus, et il ne se sent pas complètement digne de cet "honneur", il est "le plus petit", indigne d'être appelé apôtre. D'autant plus qu'il a persécuté d'abord l'Eglise de Dieu. Il y a bien l'idée d'un arrachement, d'un passage violent à la foi chrétienne (tout le parcours de Paul a quelque chose de violent), et d'une indignité, une infirmité (?) par rapport aux autres.
Modestie, dont Paul, très vite, s'accommode : "et sa grâce en moi n'a pas été vaine" !
D'ailleurs, "il a peiné à l'ouvrage, bien plus que les autres", alors ne nous inquiétons pas trop de cet accès d'humilité !