DM tente d’expliquer (p.359) le propos du disciple de Paul (Col 1,24) en indiquant que ce ne sont pas les « détresses du Christ » qui seraient insuffisantes, mais leur inscription dans la « chair » de Paul, en lien avec la nécessaire poursuite de sa mission d’évangélisation. Cette explication peine à (me) convaincre. Et dans notre échange à Grenoble, nous avons buté sur la difficulté à comprendre l’interprétation plus courante au sein de notre Église qui établit une participation de nos souffrances à celles du Christ et invite à les offrir. Pouvez-vous nous partager vos lumières sur cette question difficile ?
Créé par : Claude Laval
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Vous avez raison de soulever…
Vous avez raison de soulever la question que posent le verset de Col 1, 24 et des interprétations parfois catastrophiques qui en ont été données par un courant de la tradition chrétienne.
Fidèle à sa tradition protestante, rejointe par le magistère de l’Eglise catholique en 1998-1999, et désormais par toutes les Eglises, D. Marguerat rappelle qu’il n’y a rien à ajouter à l’œuvre de salut réalisée par Jésus Christ, qui a réconcilié l’humanité avec Dieu, l’a réajustée à la bénédiction divine. Lui et lui seul, par sa fidélité, nous a rendus justes devant Dieu, nous invitant à entrer dans sa foi pour nous configurer à lui, « le premier né d’une multitude de frères » (Romains 8,29). Il est donc exclu, dans la foi chrétienne, de dire que nous ayons quelque choses à ajouter à cette œuvre.
Mais l’auteur de Colossiens ne dit pas cela : il ne fait pas dire à l’apôtre qu’il « complète dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ », mais qu’il complète « ce qui manque aux tourments du Christ dans sa chair pour son Corps qui est l’Eglise » (l’ordre des mots n’est pas anodin, ni le fait qu’on doive lire la phrase jusqu’au bout !). Il s’agit des difficultés et tourments de la mission qui configurent progressivement l’apôtre au Christ, dans ce travail d’accroissement du Corps-Eglise, ce travail missionnaire qui ne sera achevé que quand l’Eglise (pas l’institution, le Corps du Christ) aura atteint les dimensions de l’humanité, lui sera devenue co extensive. Là réside la mission parfois douloureuse et tourmentée confiée à l’apôtre. Là aussi sont invités à coopérer tous les chrétiens.
Qu’on ait fait de cette phrase tronquée l’idée que souffrir avec et pour le Christ coopérait au salut du monde est certainement une interprétation rapide et erronée.
Cela n’a rien à voir avec le fait
d’une part que tous les chrétiens sont chargés d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut déjà offert en Jésus Christ à tous les humains, et pour cela parfois de souffrir,
d’autre part que tous les chrétiens vivent une lente configuration au Christ, qui entraîne joie immense et parfois grande souffrance,
qu’enfin un courant de spiritualité chrétienne, hérité d’Augustin, considère que tous peuvent souffrir avec Jésus Christ au bénéfice de la communauté ecclésiale, cela peut être reçu et vécu avec une extrême prudence dans la formulation. Dieu ne demande à personne de « souffrir » pour lui, même s’il arrive si souvent que certains souffrent par amour pour le Christ et pour le nom de Dieu, une souffrance qu'il faut d'abord chercher à éviter. Faut-il dire alors qu’ils « offrent cette souffrance », je trouve la formulation périlleuse.
Ils la vivent, comme leurs joies et comme toute leur vie et leur mort, dans l’amour du Christ et en lui de tous les êtres humains, et pour la plus grande gloire de Dieu qui les accompagne, cela suffit.