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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / Ouverture du Forum Paul de Tarse

Ouverture du Forum Paul de Tarse

Chers amis,
Désormais vous pouvez porter sur ce forum, vos remarques et questions à propos de la première tranche de lecture proposée sur le livre de D. Marguerat, Paul de Tarse, l'enfant terrible du christianisme. Mais surtout à propos des textes que je vous ai proposés de lire et de comparer : Actes 9 et Galates 1 !

Créé par : Roselyne

Date de création :

Commentaires

Posté par Chantal (visiteur)

mar 08/10/2024 - 12:12

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Le Caravage a juché Saül sur un cheval, je le vois placé par Luc sur une chaine d’usinage (Actes 9,1-22). En effet :
- le matériau de départ est costaud : Saul « respire encore menaces et meurtre » (v 1) ce n’est pas une dentelière…
- les déplacements horizontaux rythment le texte ; ils sont détaillés : verbes de mouvement (aller, sortir…) noms de ville, de rue, de maison…)
- les acteurs du récit sont mus par « Jésus », « le Seigneur » ; chacun d’eux – parfois désigné par son nom - a un rôle précis (témoins-compagnons de route, guides, hébergeur, transmetteur d’Esprit Saint, prophète pour Saul du projet du Seigneur…) ;
- il y a aussi (surtout ?) les mouvements verticaux : on verra ça plus tard.
Et cela aboutit à la fabrication d’un « instrument » (v 15). Le mot « skeuos (σκεῦος) » apparait 24 fois dans le NT dont deux autres fois seulement (2Tm) dans un sens purement métaphorique (https://www.lueur.org/bible/strong/skeuos-g4632)
Cela me conduit à chercher si ce verset 15 – pris dans son entier - n’est pas la clé de voûte du texte. Pour ébaucher une réponse, je propose de scruter les mouvements verticaux, le discours d’Ananias et la suite du récit.

Posté par Roselyne

mar 08/10/2024 - 21:24

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Bonjour,
J'avoue que je ne comprends pas bien le sens de votre intervention ni son but. Chacun peut lire et travailler le texte du chapitre 9 des Actes, mais ce forum n'est pas vraiment le lieu d'une analyse mot à mot du texte. 
Le terme skeuos qui est pour vous, semble-t-il, le noeud du texte, désigne au sens propre "un vase","un récipient", et déjà dans la Septante, on voit se dessiner un sens plus métaphorique," le corps humain", alors considéré comme instrument. C'est le cas ici et dans quelques cas surtout chez Paul (1 Th 4, 4 ; 2 Co 4, 7 etc.). C'est ici la personne comme instrument choisi par Dieu. Mais je ne crois pas que ce soit vraiment important dans la comparaison qui est proposée entre ce texte et celui de Galates 1.
 

Posté par jeanine Trentesaux (visiteur)

mer 09/10/2024 - 16:58

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Il y a souvent une confusion : on croit que Paul persécutait les chrétiens , alors que son "zèle" était pour préserver l'identité des juifs : ai je bien compris?
Je suis d'accord , il ne faut pas s'envoler trop haut !! nous ne sommes pas des exégètes !
Merci

Posté par Roselyne

jeu 10/10/2024 - 08:41

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Vous avez tout à fait raison, ce sont des Juifs que le Pharisien Saül soucieux de l'honneur de Dieu considéraient comme blasphémateurs puisqu'ils appelaient Fils de Dieu et Messie un crucifié ; selon la tradition juive (Deutéronome 27, 26), le "pendu au bois" est un maudit de Dieu.
Pour Saül, c'était le scandale absolu... avant qu'à son tour, il n'y découvre le vrai visage du Fils de Dieu !

Posté par François (visiteur)

sam 12/10/2024 - 15:29

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Comment Paul, pharisien, intransigeant sur le respect de la Loi certes, peut-il faire preuve de violence physique jusqu'à approuver la lapidation d'Etienne et monter une "expédition punitive" avec l'aval du Sanhédrin ? Si les juifs sont attachés à la pureté et à la sainteté de leur comportement pour ne pas se laisser contaminer par les païens, je ne pense pas qu'ils aient jamais cherché à convertir qui que ce soit. Les pharisiens ne sont pas des résistants "zélotes" terroristes.
Comment expliquer ce "retournement", ce "dépassement", ce "dénouement" attribué à l'initiative de Dieu ? Expression employée par les commentateurs pour éviter le mot de "conversion", sans doute inapproprié ?

La question que vous posez est très intéressante pour moi. Même si on ne doit pas aborder les textes avec des a priori (les juifs n'ont jamais...). En regardant les récits des Actes des Apôtres, on voit que pour Luc, la mise à mort d'Etienne par lapidation n'a rien d'un événement exceptionnel ; Flavius Josèphe mentionne de la même façon la mort par lapidation de Jacques de Jérusalem le frère de Jésus en 62 ap. J.C. On ne lapidait plus guère les femmes adultères...mais visiblement la possibilité n'était pas exclue. Les juifs n'ayant pas le droit de vie et de mort qui appartenait au pouvoir romain, les mises à mort étaient liées à un soulèvement de la foule qu'on excitait et poussait à la lapidation. Ce n'était pas exclu en monde juif. Et Luc considère que le jeune Saül assiste à la scène sans broncher.
Le fait qu'ensuite il pourchassait et dévastait les disciples du Christ jusqu'à Damas reste sujet à caution (Ac 9, 2), mais Paul lui même en Galates 1, 13 évoque le fait qu'il persécutait l'Eglise de DIeu et cherchait à la détruire.
Est-ce à dire, comme le suggère D. Marguerat, que pour Luc au moins "Paul avait du sang sur les mains", je n'en sais rien ; Paul l'aurait probablement dit expressément, il ne le fait pas.

persécuté les chrétiens comme tel, et qu'il n'a cherché à convertir personne. Il s'en prend violemment à des Juifs qui en adorant le Crucifié portent atteinte à l'honneur du Dieu Unique et blasphèment son nom. Saül conçoit ce combat comme interne au judaïsme (je crois qu'il a toujours pensé que lui-même était et restait juif jusqu'au bout : mais à ce moment-là, c'est la pureté du judaïsme pharisien tel qu'il le conçoit qu'il veut défendre.

La seule "conversion" dont on puisse parler serait, selon le point de vue de Luc, dont le récit des Actes des Apôtres, une "conversion" de Saül à la foi chrétienne, dont il reçoit les signes propres : don de l'Esprit par imposition des mains, baptême, repas partagé, mission.
Paul lui-même en Galates 1, 15ss. ne parle jamais de conversion. Il dit qu'il a reçu une vocation prophétique comme celle des grands prophètes d'Israël (voir Jérémie 1, 1-5 dont il reprend les termes). Et qu'il a bénéficié d'une "révélation" ou '"apocalypse", véritable vision du dessein de Dieu pour l'humanité : la révélation que le Crucifié qu'il considérait comme maudit était le Fils envoyé par Dieu pour partager à tous les êtres humains sa filiation !
 

Posté par Bénédicte Thome (visiteur)

dim 13/10/2024 - 10:31

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Concernant ce que l on nomme "conversion" de Paul, j aime faire référence au psaume 138:"Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres...ta main droite me saisit" Ah ! cette poigne de Dieu! J'admire aussi chez Paul cette certitude de sa mission nouvelle , sans aucun besoin de consulter les apôtres de Jérusalem, sans aucun besoin d un temps de discernement… Il part , seul, en franc-tireur… comme un illuminé ( dans le bon sens du terme !) Sacré Paul ! l'Esprit Saint a fait très fort ce jour-là…

Posté par Roselyne

dim 13/10/2024 - 17:40

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Merci de cette lecture enthousiaste (au sens d'inspirée par l'Esprit) du texte de Galates 1. Paul, effectivement, comprend ce qui lui est arrivé comme une vocation prophétique, un envoi vers les non-Juifs ( exactement comme Jérémie !). En Philippiens 3, 12, il écrit comme vous le dites si bien en citant le Psaume 138 (39) : "puisque j'ai été saisi par le Christ, je poursuis pour tâcher de saisir... tendu en avant, je poursuis le but ..." Il savait par coeur les Psaumes...

Posté par Cécile Jeanne (visiteur)

mer 16/10/2024 - 11:31

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Bonjour Roselyne et tous,
En page 2 de votre feuille de route vous dites que Paul se revendique "pharisien selon la loi" et qu'il resterait fier de son obédience pharisienne au-delà de sa révélation. Cette affirmation contraste avec la controverse de la circoncision en Galates (5,4) "Vous avez rompu avec le Christ si vous placez votre justice dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce." C'est tout sauf une valorisation de la stricte obédience du pharisien rigoureux. Alors il me semble que s'il reste fier de son appartenance pharisienne, soit c'est un paradoxe du personnage ou bien une lecture erronée de cette "fierté" distanciée qui ne servirait en fait qu'à mettre en lumière sa nouvelle appartenance au Christ.

Mais vous avez raison : bien sûr, cette fierté de pharisien est renversée, comme tout ce qu'était  Paul, son identité, sa réussite. Tout est retourné, ou plutôt submergé par la rencontre avec le Christ, en qui Dieu lui révèle qu'il est  aimé, indépendamment de toutes ses qualités ! Au point que Paul dira qu'il considère tout ce qui faisait sa fierté passée comme "balayures"  (Ph 3, 4-7) ! Là je vais dans votre sens, mais vous voyez bien que la revendication de cette fierté sert à manifester la puissance du retournement ! Tout de même, j'aime bien votre expression : paradoxe du personnage ! Sa capacité de fierté, Paul la réinvestit dans le Christ ! Et il dira aux Corinthiens que Christ leur rend tout : fierté, sagesse, justice, sanctification  (1 Co 1,31).
Ensuite, vient la véritable "erreur" aux yeux de Paul, qui rendait aveugle le pharisien qu'il était : croire que Dieu tient compte de vos mérites, de vos "oeuvres" de piété ou rituelles. C'est le propos des Galates. 
Mais il faut aussi être prudent, ce que Paul refuse des pratiques juives, c'est de croire qu'elles sont voies et voies uniques de salut. Mais il leur reconnaît leur valeur traditionnelle, et il semble bien qu'avec les judéo-chrétiens pour ne pas les heurter, il pratiquait les rites de table (voir 1 Co 8 et 9, 19-21) .
 

Posté par Claude Mandil (visiteur)

mer 16/10/2024 - 17:33

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Notre groupe (dix amis) a notamment débattu et réfléchi sur la période entre le chemin de Damas et le recrutement de Paul par Barnabé à Antioche. J'avoue que nous nous sommes un peu perdus dans la chronologie, qui est bien imprécise! Mais une question émerge: quand Paul a-t-il pris conscience que sa mission était de porter l’Évangile aux "nations"? Immédiatement après sa vision, comme il semble le dire en Galates 1,16? Au terme d'une expérience mystique dans le désert d'Arabie? Lors de son retour à Tarse? A Antioche?
Mais que tout cela est passionnant!

Je suis vraiment contente que vous ayez pris conscience du "flou" de la chronologie. Actes et Galates sont incompatibles ! Alors, faut-il tenter une conciliation, ou admettre que des projets littéraires différents donnent des récits bien différents aussi... A moins qu'il n'y ait eu plusieurs rencontres entre Paul et les apôtres de Jérusalem...
Personnellement, j'admire la construction grandiose des Actes, mettant l'accord au début de la carrière de Paul, et je salue la finesse de Luc qui signale implicitement à son lecteur que Paul n'était peut-être pas là quand les fameux décrets restrictifs ont été énoncés par Jacques, et qu'il les découvre en arrivant à Jérusalem au chapitre 21 (Ac 21, 19-22). C'est bien dans le genre de Luc de tordre un peu l'histoire en laissant entendre qu'il sait ce qu'il fait.
Autrement dit, je penche pour la chronologie de Galates, mais je ne suis pas sûre que les apôtres de Jérusalem aient été aussi accueillants pour ce "fiérot" de Paul. Ils ont tout de même compris qu'il ouvrait l'avenir, et ils l'ont accepté !

Posté par Jean-Pierre Besnard (visiteur)

sam 19/10/2024 - 17:53

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Le récit de Paul en Galates de la révélation dont il a bénéficié, est une expérience spirituelle très forte qui ne comprend aucun élément spectaculaire, contrairement au récit de Luc. Luc est dans un récit théologique, théologie de l’histoire. Paul relit son expérience pour l'approfondir et trouver son chemin. Cela lui permet de lire dans le monde présent, le dessein de Dieu de salut pour tous, ce qui signifie pour lui annoncer la bonne Nouvelle aux païens. Il a bien compris les raisons de l'opposition de l’Église de Jérusalem, mais sa conviction est fondée sur son expérience spirituelle dont il ne peut douter. Il gardera donc ses distances avec l'Église de Jérusalem sans la remettre en question.
À partir de cette expérience spirituelle qui lui fait voir le monde et le dessein de Dieu avec l’Esprit Saint, il retrouve le même chemin qu’avait accompli Jésus , lisible lors de la rencontre avec la syrophénicienne Mt 15,21-28. Ce salut pour tous, qu’il professera largement en Ga 3,27-29
Il me semble plus juste de parler de révélation spirituelle que de conversion, puisque Paul se considérera Juif jusqu’au bout. Cette révélation qui sera source du déploiement de son action auprès des païens sans exclure les juifs.

J'aime beaucoup le rapprochement que vous faites entre Paul envoyé annoncer l'Evangile aux païens, et Jésus "converti", "retourné" par la syro-phénicienne (ou la Cananéenne chez Matthieu).
Ce passage aux païens, que Matthieu et Marc font vivre à Jésus, Luc n'en parle pas dans son évangile ! Il le réserve à plus tard, après la résurrection, et le récit spectaculaire du don de l'Esprit. Ce sera la décision de l'assemblée de Jérusalem où les apôtres, avec Pierre et Paul, ont compris qu'il fallait aller dans le sens de l'Esprit de Jésus : toujours plus loin, aux limites du monde juif, vers les impurs (lépreux, handicapés, publicains...), et les païens, qui sont les impurs par excellence.
Et c'est certainement ainsi que les choses se sont vraiment passées !

D'accord avec vous. Une conversion c'est un acte volontaire pour passer d'une situation que l'on juge erronée ou mauvaise à un nouvel état qui se veut différent voire opposé au précédent. Or le Christ, s'il dénonce les excès légalistes du judaïsme, s'inscrit complètement dans l'héritage du premier testament, il l'accomplit en étant ce Messie annoncé. Il est mort juif. On comprend que Paul ne se soit pas non plus pensé autrement que juif. Je me demande quand et pourquoi est intervenu le mot de conversion pour une personne juive qui "deviendrait" chrétienne ? Pour les païens de l'époque ça se comprend mais pour les juifs une "conversion" au christianisme est une rupture qu'on pourrait dire spirituellement injustifiée. Une erreur chère payée semble-t-il, car pour beaucoup de chrétiens cela a longtemps signifié un déni de filiation avec tous les excès que l'on connaît.

Oui, Paul s'est compris comme juif jusqu'au bout, ou plutôt ce qu'il ne comprend pas et ce qui le désespère, c'est que d'autres Juifs ne le suivent pas en reconnaissant dans Jésus Fils de Dieu la fine pointe des attentes d'Israël.
Ceci dit, à partir du moment où les païens, les impurs par excellence, entrent en de plus en plus grand nombre dans la foi chrétienne, on comprend que le judaïsme se soit senti trahi. A vrai dire, c'est après 70 que les deux communautés (à certains endroits) commenceront à s'exclure : voyez les imprécations contre les Pharisiens en Matthieu 23, le mot "exclu de la synagogue" en Jean 9 etc.
Mais grosso modo au cours du 2ème s. dans le peuple, les communautés vivaient en bonne entente, fêtant ensemble les fêtes juives et les fêtes chrétiennes ! Et ce sont les intellectuels Méliton de Sardes, la lettre à Barnabé (auteur inconnu) et les responsables d'Eglises qui ont durci les positions jusqu'à traiter les Juifs de "déicide" (Méliton, Lettres sur la Pâque, vers 180). Le mal était fait...

Posté par jeanine trentesaux (visiteur)

mer 23/10/2024 - 11:14

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En lisant dans Galates 2(16) :"justifiés par la foi et non par les oeuvres de la loi" ,j'ai compris que Paul militait pour la gratuité de la grâce , et non sur un salut fondé sur les oeuvres de la loi et je me suis dit : c'est comme les protestants... Merci de m'éclairer sur ce point

Posté par Roselyne

mer 23/10/2024 - 18:17

En réponse à par (visiteur)

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Oui, c'est comme les protestants, mais c'est comme les catholiques aussi (et tous les chrétiens désormais) depuis les accords sur la "justification" de 1998-1999. D'abord entre les Eglises luthériennes et l'Eglise catholique, puis d'autres se sont ralliés : tous ont déclaré que la justice (traduisons le pardon et la réconciliation avec Dieu) était accordée aux êtres humains par "pure grâce", par l'initiative de DIeu seul, sans que les mérites humains y puissent rien ajouter. 
J'ajoute qu'on découvre de plus en plus aujourd'hui que la pensée de Paul est très puissante sur ce point : il affirme que nous sommes sauvés par la foi/fidélité/garantie de Jésus Christ et de lui seul. Autrement dit, Dieu d'abord nous fait crédit, et Jésus le manifeste par sa fidélité au Père tout au long de sa vie, il devient le garant de ce crédit accordé par Dieu.
Ce qui nous est demandé c'est de faire confiance : confiance à ce don inouï et gratuit de DIeu, confiance au Fils qui nous entraîne dans sa foi pour que nous devenions ses soeurs et frères. Alors commence notre "oeuvre propre" : à nous de tenter de faire confiance et d'oeuvrer pour correspondre à cet amour et à cette dignité inouïe...Avec l'aide de l'Esprit que Jésus mourant et ressuscité nous a laissé.
Paul a été revendiqué par la Réforme. Il n'est ni protestant ni catholique, il est le théologien de la grâce sans condition de Dieu pour tous !

Posté par MICHARD Geneviève (visiteur)

ven 01/11/2024 - 10:03

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Dans la préface de DM et la "feuille" de Roselyne l'ordre des 7 lettres de Paul n'est pas le même, pourquoi? est-ce important?

Dans le chapitre 1 de DM je trouve très intéressant le fait qu'il souligne les personnalités de Jésus (Galiléen... p21) qu'on pourrait qualifiée de "rurale" et celle de Paul (citadin, instruit... id.) plus "intellectuelle". C'est peut-être une manière de souligner que l'Eglise se construit sur ces 2 piliers!

Posté par Roselyne

sam 02/11/2024 - 21:21

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Bonjour,

Il ne s'agit pas de deux ordres différents, mais de deux points de vue différents.

p.12, Daniel Marguerat n'énumère pas dans l'ordre les lettres de Paul mais il cite dans le désordre des Eglises auxquelles Paul a écrit !
De mon côté j'ai extrait les 7 lettres authentiques des listes traditionnelles des lettres de Paul, dans un ordre qui est celui que vous trouvez dans les Bibles. Vous y trouverez en plus avant Philippiens, Ephésiens, et après Philippiens, Colossiens, puis après 1 Thessaloniciens, 2 Thessaloniciens. Enfin, après Philémon, les 2 lettres à Timothée et la lettre à Tite.
Cet ordre des 13 lettres correspond à peu près à ce que l'on trouve dans les listes les plus anciennes (3ème siècle probablement). Il est basé sur la longueur des lettres, de la plus longue (Romains) à la plus courte (Philémon), et pas du tout sur un ordre chronologique. Peut-être aussi a-t-on senti très vite que Romains était une lettre majeure, suivie de 1 et 2 Corinthiens  !

Par ailleurs je trouve très intéressante votre remarque sur les deux lieux emblématiques de l'Eglise : la campagne et la ville.
 Je dirais plus volontiers que cette variété des lieux (le campagnard Jésus, les pêcheurs Pierre, André, Jacques, Jean et le citadin Paul) nous montre que l'Evangile doit être annoncé en tous lieux et peut prendre corps dans tous les milieux humains quels qu'ils soient, sans condition préalable !

Posté par Michel Martin (visiteur)

mer 13/11/2024 - 12:08

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Merci beaucoup, Roselyne, pour vos documents et commentaires très éclairants.
Je m'interroge à propos de Jacques, le frère du Seigneur. Selon Luc, c'est lui qui emporte la décision finale lors du "concile / malentendu" de Jérusalem (Ac 15, 13-21). Alors qu'il n'est que peu mentionné dans l'évangile, comment, au sein de la communauté des judéo-chrétiens de Jérusalem, son autorité a-t-elle pu prendre de l'ascendant sur celle de Pierre, qui, pourtant avait été intronisé par Jésus comme chef de l'Eglise (Mt 16, 18-19) ?
Merci de bien vouloir m'éclairer à ce sujet.

Vous avez raison : ce "Jacques de Jérusalem" est un personnage peu connu, et qui prend en Actes 15 une grande importance, comme responsable de la première Eglise de Jérusalem. On le retrouvera d'ailleurs en Actes 21, 18 réservant à Paul un accueil glacial... qui se termine par la menace d'un lynchage en règle et la mise à l'abri (mais en prison) de Paul par le tribun romain. Mais c'est Paul le premier qui le présent, dans la lettre aux Galates au chapitre 1, lorsqu'il dit être monté à Jérusalem pour interroger Céphas, et n'avoir vu aucun autre apôtre, sinon Jacques "le frère du Seigneur" (Ga 1, 18). Un peu plus loin, lorsque, dit-il, quatorze ans plus tard, il monte à nouveau à Jérusalem, il rencontre ceux qu'il appelle les "colonnes", les notables, Jacques, Céphas et Jean (Ga 2, 9), et l'ordre des noms n'est pas anodin !
Dans les évangiles, seuls Marc (6, 3) et Matthieu (13, 55) énumèrent les frères de Jésus et le premier est Jacques.
Il semble bien qu'après la mort de Jésus et l'expérience par certains de le rencontrer vivant, ressuscité, certains frères de Jésus sont venus à Jérusalem se joindre aux premiers disciples, et parmi eux Jacques. Celui-ci, resté très attaché aux pratiques juives, prendra peu à peu la responsabilité de la communauté, à la suite du départ des autres apôtres.
Par ailleurs, Flavius Josèphe, historien juif de la fin du 1er siècle, raconte dans les Antiquités juives (XX, 147 ss;) que Jacques a été lapidé sur l'ordre du grand prêtre, tandis que les pharisiens avaient tenté de le défendre. Le grand-prêtre aurait ensuite été déposé.
Cela montre au moins que Jacques, resté proche des pharisiens, était considéré comme dangereux pour leur pouvoir par la classe sacerdotale des Sadducéens.
Eusèbe de Césarée (4ème s.) raconte aussi qu'à la fin du 1er s. l'empereur Domitien, inquiet, aurait fait recherché la famille de Jésus en Judée et n'aurait trouvé que des paysans très incultes et inoffensifs.
L'historien du judaïsme Simon Mimouni a écrit un gros livre, très riche de détails sur Jacques, mais il reste d'une prudence remarquable sur tous les détails ajoutés par la suite par les Pères de l'Eglise, car la légende chrétienne s'est très vite emparée de Jacques.
Quant au débat sur le sens du mot "frère" ("le frère du Seigneur") chez Paul et les évangiles de Marc et Matthieu, je pense qu'il est totalement vain, car il est entièrement faussé par la construction dogmatique de la virginité "perpétuelle" de Marie. Il est clair que Jacques et les trois autres, plus des soeurs, sont les fils et filles de Marie, frères et soeurs plus jeunes de Jésus.
 

Posté par Philippe Richon (visiteur)

mer 27/11/2024 - 12:23

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Le conflit d'Antioche (Ac.15) est révélateur des tempéraments de Pierre et de Paul.
On voit chez Pierre une difficulté à s'émanciper de la Tradition et du regard de la société juive qu'il craint. Ga 2,12 dit qu'il craint les circoncis. Cela rappelle ses reniements.

Quand Paul dit en Ga 1,10 « Est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? », on comprend bien qu'il a fait son choix.
On ne pourrait pas dire la même chose pour Pierre dont la « tiédeur » nous le rend plus proche, plus humain.
Pourtant nous pouvons dire que nous sommes des enfants de St Paul puisque nous lui devons l'évangélisation de nos ancêtres.

Paul dit en Ga 2, 20 « Je vis mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi ». Paul est radical, comme a été radicale sa conversion sur le chemin de Damas ; il ressent l'appel du grand large.
Pierre est tout autant habité par le Christ mais sa découverte du Christ a été progressive. Pierre garde la côte en vue.

En lisant les textes, je me demandais pourquoi on n 'a pas gardé le nom de Jésus en araméen, comme sa mère et sa famille devait l'appeler.

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