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Mort pour nos péchés

A partir de quelle expérience d'Eglise a-t-on insisté sur l'offrande du Christ "en rémission des péchés", notamment dans le récit de la Cène ou dans la Prière eucharistique actuelle, telle qu'on la trouve en Mt 26,28 mais pas encore chez Paul en 1Co 11,23-26, sinon en1Co15 "Christ est mort pour nos péchés", non pas tant d'ailleurs en réparation mais "à cause de" ou même en notre faveur ? La Lettre aux Hébreux qui parle d'expiation ou de rançon ne serait pas de Paul lui-même et d'ailleurs se réfère plutôt à Melchisédech qu'aux prêtres de l'A.T., soulignant le caractère gracieux de cette offrande de lui-même.
N'avons nous pas à nous libérer d'un poids de culpabilité qui a pesé sur nous , depuis 80 ans pour moi ?

Créé par : Griffaton Francois

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

dim 02/02/2025 - 21:55

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Une belle question. Pas simple, mais avec au moins une certitude au niveau de la réponse :

Je répondrai d'abord par la fin : surtout n'hésitez pas à vous sentir libéré du poids de la culpabilité, il est temps ! Le poids des ans et des responsabilités est déjà bien suffisant !
D'ailleurs, dans la foi chrétienne, nous n'avez même plus le droit d'être écrasé par un poids de culpabilité : "il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ, car la loi de l'Esprit de la vie en Jésus-Christ t'a libéré de la loi du péché et de la mort" (Romains 8,1). CQFD.
C'est exactement pour cela que nous lisons Paul et pouvons participer à sa jubilation !
Ensuite, il faut s'expliquer avec cette longue tradition chrétienne (car elle est juste aussi ) du pardon ou de la rémission des péchés qui nous sont donnés par l'intermédiaire de Jésus le Christ, "livré à cause de nos fautes, ressuscité en vue de notre justification " (c'est encore du Paul, Romains 4, 25).
Il faut nous resituer dans l'histoire du judaïsme d'où nous venons. La tradition juive n'a cessé d'approfondir la notion de transgression de la volonté et de la Loi de Dieu, en développant d'ailleurs une profondeur morale inégalée dans d'autres traditions. On a dit que le judaïsme était un "monothéisme éthique".
Avec le sens aigu de la transcendance de Dieu d'une part, et de l'autre de la responsabilité humaine puisque Dieu a voulu l'humain à son image, lui a confié sa création, et a donné sa Loi, pour que les hommes puissent vivre justes et heureux en sa présence. 
On connaît la suite ou plutôt l'autre bout de la lorgnette, la violence qui est partout présente dans une humanité qui se referme sur soi-même dans le refus de  l'autre ("homo recurvatus in se", dit magnifiquement saint Bernard), s'entre détruit et s'auto-détruit (Paul le déploie longuement en Romains 1, 19-33).
Les alliances, sanctionnées par la Loi, sont autant d'essais et d'efforts pour que le peuple Juif au moins se remette dans l'axe de la volonté et de la bénédiction divine. Les grands prophètes autour de l'exil, Jérémie et Ezéchiel, profondément pessimistes sur la nature humaine, attendent une alliance nouvelle, où Dieu recréera le coeur humain pour qu'il soit complice de sa volonté (Jr 31, 31s), lui donnera son Esprit, dans un coeur de chair (et non plus de pierre), un coeur capable d'aimer (Ez 36, 36s).
Je dis cela très, trop rapidement, bien sûr ; et encore plus rapidement je fais le court-circuit (mais Paul en fait souvent), pour dire, qu'au fond les premiers chrétiens ont compris que cette alliance nouvelle s'accomplissait dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, qui, en termes pauliniens, a réajusté l'humanité à la volonté bonne de Dieu ("c'était Dieu qui, en Jésus Christ, se réconciliait le monde").
Ceci dit, comment le comprendre ? Comment comprendre cette mort violente sur la croix, et l'affirmation qui surgit si peu après : "nous l'avons vu, il est vivant !". Je dirais en exagérant à peine : là, commence la théologie chrétienne....
A partir de cette affirmation première : il était mort, il est vivant, nous l'avons abandonné à la mort, et lui nous relève avec lui dans la vie !
Comment le croire ? Comment même oser le dire ? 
Cela va se dire tant bien que mal, avec les moyens du bord, et ils sont nombreux : essentiellement d'abord dans les termes du judaïsme ancien, ceux du pardon des péchés, et d'un Dieu qui vient refaire alliance avec son peuple, en lui rendant la vie et en lui donnant à nouveau sa confiance, au-delà de toutes ses infidélités et ses refus (ses "péchés").
Paul est le premier à avoir déployé cette affirmation inouïe, ce mystère : grâce à lui et en lui, l'Envoyé de Dieu qui s'est livré entre nos mains jusqu'à en mourir, Dieu nous relève avec lui de la mort, en pardonnant toutes nos fautes ! Il veut regarder désormais l'humanité sur la face du Fils qui lui a fait confiance jusqu'au bout...(2 Co 5, 16-17).
Il a paru aussi évident qu'on pouvait le dire dans les termes traditionnels du judaïsme, à l'aide des catégories du Kippour :  des gestes de type sacrificiel accompagnant un repentir, et un renouvellement d'alliance.
On s'est souvenu de paroles de Jésus rendant grâce à Dieu et lui remettant sa vie jusque dans sa mort, comme un retour à Dieu Père des dons reçus. On a repris les catégories des sacrifices de louange et d'actions de grâce etc...
Tout cela apparaît à l'arrière plan des lettres de Paul, qui connaît et ne refuse pas ces diverses "explications" d'un amour de Dieu qui nous dépasse tous. Paul appelle "mystère" ce déploiement de l'amour de Dieu pour l'humanité qui culmine sur l'élévation du Fils sur la croix et dans la gloire (1 Co 2,8.). Jean ne dira pas autrement.
Dans un monde où "le sacrifice" aux divinités est propitiatoire, c'est -à-dire, essaie de les rendre favorables, mais aussi parfois expiatoire, un moyen de se faire pardonner, mais encore plus souvent action de grâce (eucharistie), toutes ces catégories ont été convoquées pour dire l'incompréhensible d'un amour de Dieu qui va jusque là...
Une partie (pas toute) de la lettre aux Hébreux, probablement adressée à des chrétiens venus du judaïsme, dit les choses en termes sacrificiels ; mais Hébreux est subtil, car le Christ est à la fois la victime et le grand-prêtre médiateur qui, une fois pour toutes, réconcilie Dieu et l'humanité... Je suis bien d'accord avec vous : nous avons du mal à entrer dans cette vision, car nous refusons un Dieu qui a besoin de réparation, mais elle a été majoritaire dans la tradition chrétienne sous formes diverses suivant les époques (expiation, satisfaction etc...).
Mais dans le Nouveau Testament elle reste plutôt marginale !
Il semble plutôt que la double tradition du dernier repas de Jésus dans les évangiles et Paul (Marc/Matthieu d'une part, Paul/Luc de l'autre) accentue soit le côté sacrifice d'alliance (avec pour arrière plan Exode 23), soit le côté alliance nouvelle et transformation de l'être humain avec pour arrière plan Jérémie 31 et Ezéchiel 36. Et dans tous les cas, action de grâce, c'est ce que fait Jésus, et c'est le sens du mot "eucharistie".
Une chose est claire, me semble-t-il, chez les principaux théologiens et exégètes actuels  (en tout cas ceux que je privilégie !!!)  : Jésus est mort pour s'être rendu et livré sans contre violence à la méchanceté de ses adversaires religieux et politique (à l'époque c'est tout un). <

Il ne s'est pas "offert en sacrifice" à un Père qui n'en a aucun besoin et qui n'est qu'amour, mais il a accepté de mourir (peut-être en évitant le pire pour ses disciples) pour que soit manifesté le pardon de Dieu à la cruauté humaine, et le fait que Dieu, selon l'espérance juive, "n'abandonne pas son fidèle à la mort" (Psaume 16). 
Ce qui dépasse nos possibilités rationnelles ; mais ce que nous pouvons accepter (ou non) dans la foi, c'est que ses disciples (des femmes d'abord, des hommes ensuite), pour l'avoir "vu vivant", "ressuscité", ont alors affirmé qu'une création nouvelle réconciliée avec Dieu, réajustée au projet créateur, était désormais en marche et que l'ancienne création devait disparaître, submergée par la nouveauté de la vie.
Et désormais, habités de l'Esprit du Ressuscité, ils ont compris que c'était à eux de jouer... sans que jamais Dieu les abandonne;
 

Ne faites pas de ce que je vous raconte là un exposé de théologie dogmatique ; j'ai juste essayé de réagir à votre culpabilité, et de dire où, en m'appuyant maladroitement sur Paul, je croyais juste de mettre aujourd'hui l'accent pour vivre de la foi et tenter de l'annoncer.
 

Merci Roselyne, pour cette réponse libératrice qui était déjà celle de Paul.
Mais pourquoi la tradition chrétienne (je dirais "catholique") a-t-elle eu tellement besoin d'insister sur ces réparations en tous genres (expiation, satisfaction) contrôlées par un clergé tout-puissant, police des âmes (confessions) ? Et elle y revient aujourd'hui dans la liturgie : "Que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant". A-t-elle oublié les paroles des prophètes (cf. Jr 6,20) ?
Une étude sociologique s'imposerait...

Je vous remercie pour votre compassion quant à mon sentiment de culpabilité. J'apprécie votre lecture positive des événements de la mort et résurrection du Christ Jésus que vous faîtes. J'ai encore un peu de mal à suivre l'évolution de la pensée chrétienne au cours de l'histoire (même après l'étude de "Après Jésus" à laquelle vous avez contribué). Je ressens toujours une difficulté avec ce terme de sacrifice sur lequel on est revenu récemment dans la liturgie eucharistique au moment de l'offertoire pour impliquer davantage les fidèles dans le sacrifice personnel du prêtre. Mais peut-être cela déborde-t'-il l'objet de ce forum ?

Posté par Roselyne

lun 03/02/2025 - 13:42

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Merci à l'un et à l'autre de recentrer la question sur la notion, si difficile et malmenée, de sacrifice, qu'effectivement la commission chargée de la révision du missel romain a récemment remis à l'honneur, de façon à mon avis plus que malheureuse, théologiquement parlant.

Il faudrait revenir sur tout ce que représente le ou plutôt la diversité des sacrifices dans la tradition juive, en montrant à quel point les prophètes (et pas seulement eux) ont lutté contre la forme païenne (ou spontanément humaine) du sacrifice. Celle-ci consiste à tenter de se concilier par une privation de biens (ou de vie) les divinités diverses dont on peuple le ciel et qui sont toujours menaçantes (voire méchantes en monde grec, et de plus en rivalité et querelle entre elles). Dans une conception du monde où l'humanité a été façonnée "pour porter le panier des dieux" (Atra Hasis 17ème s. av. J.C.), on comprend qu'il faille bien garnir le panier, car les récoltes et la survie dépend des dieux.
Et puis, envers ces mêmes dieux cruels, on offre des sacrifices "expiatoires", comme si du sang pouvait les apaiser et les contenter...(c'est si tristement humain...) !


Or, tout le travail d'Israël sur des siècles a consisté à dénoncer ces faux dieux comme idoles mortifères et à proclamer l'immense bonté du Dieu unique qui veut du bien à l'humanité et une humanité bonne...
Les sacrifices changent alors de sens, ils deviennent remerciement, action de grâce (bien sûr on conserve des sacrifices animaux, car la vie vient de Dieu et doit lui être rendue, cela le manifeste maladroitement). Pour les méfaits commis, le sacrifice change aussi de sens, il n'est plus compensation (comme si on pouvait compenser un crime !), mais manifestation d'un désir de se réajuster à Dieu et à sa bonté...
Le principal sacrifice, celui du Kippour dit bien qu'il s'agit d'un repentir et d'un changement de coeur pour que Dieu puisse renouveler son alliance et espérer un peuple plus fidèle... Les Juifs célèbrent aujourd'hui Kippour sans animaux sacrifier : le vrai sacrifice est sacrifice du coeur, des lèvres et d'une vie renouvelée par l'amour de Dieu.

De même, la Pâque célèbre chaque année, la délivrance de la servitude, le mémorial d'un Dieu qui délivre de tous les esclavages (et si possible de celui du mal). L'agneau partagé n'est pas "offert" à Dieu qui n'en aurait que faire, mais il est mangé ensemble pour manifester que Dieu unit les siens dans un projet de vie toujours renouvelé
Le dernier repas de Jésus n'est pas un repas sacrificiel, mais un repas d 'action de grâce (lisez les textes : Jésus bénit et rend grâce), il partage le pain et la coupe à ses disciples pour qu'ils s'unissent en un seul corps d'action de grâce à Dieu. Il se donne, se livre à eux et à l'humanité pour qu'elle devienne en lui et comme lui don de soi les uns au autres et louange remerciante pour Dieu qui lui donne et redonne la vie !

Chassez le paganisme (j'allais dire : chassez le naturel  !), il revient au galop ! Le fait que Jésus soit mort en croix (souffrance terrible, sang versé) a poussé toute une partie de la tradition chrétienne (à partir surtout de la lettre aux Hébreux) à revenir à une idée de sacrifice de soi offert à Dieu (toujours résurgente bien sûr dans le judaïsme). Mais c'est à ses amis que Jésus a "offert" sa vie (le pain, le vin, sa personne toute entière qui va être arrêtée d'ailleurs à leur place....), à Dieu il n'offre que l'action de grâce pour un amour qui seul lui permet  d'aller jusqu'au bout.
Et je suis plus qu'attristée que la vieille notion de sacrifice (propitiatoire, mais pire encore expiatoire) ressurgisse dans nos liturgies... 
C'est peut-être plus facile de faire obéir les gens en les culpabilisant.....
Espérons que cela changera vite !
 

Posté par Patrice (visiteur)

mar 18/02/2025 - 08:05

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À la lecture des échanges précédents, partis sur l’idée que Jésus serait « mort pour nos péchés », sur ces notions de sacrifice qu’on retrouve un peu partout dans les différentes civilisations, d’acceptable aujourd’hui il ne resterait que le « sacrifice eucharistique ». Mais des trois sens donnés à un sacrifice, c’est le moins répandu et certainement le moins évident. Le fidèle qui, au cours d’une messe, entend parler de sacrifice ne pense évidemment pas en premier à ce sens, ce n’est pas dans sa culture. Alors cela signifierait qu’on le berne en utilisant une langue de bois ?...
Pour comprendre la passivité apparente de Jésus lors de sa passion (« Il en a sauvé d’autres, qu’Il se sauve lui-même »… ou pire, « que Dieu Le sauve... »), il me semble qu’il faut aller chercher du côté de la teneur profonde du message que Jésus est venu apporter. Cette « Bonne Nouvelle » ne se résume certainement pas en deux mots, mais elle contient avant tout, si j’ai bien compris, l’annonce que Dieu aime l’homme comme un Père ET désire être aimé de ce même homme comme d’un fils. Alors, j’ai un peu envie de dire que personne n’a jamais suscité l’amour par la contrainte. La contrainte de l’amour ce serait justement de ne supporter aucune contrainte, d’être expression de la liberté de l’aimant et libération de l’aimé, et réciproquement. Alors, oui, après le lavement des pieds des disciples, la Passion de Jésus est bien l’acte d’amour suprême libre et libérateur envers l’Homme.
Suffirait-il d’envisager les autres possibilités de scénario pour s’en convaincre ?...

Un grand merci de cette réponse, qui a une double force :
nous prévenir contre une mauvaise compréhension du mot "sacrifice" ; malgré votre bienveillance, hélas, beaucoup de chrétiens y voient une acceptation par Jésus de la mort "pour plaire au Père", ou pour être en accord avec lui et, pire, obtenir par là le pardon des péchés des hommes. Or, Jésus ne "cherche pas à plaire au Père", il est en toute liberté en accord avec lui. Et le Père ne veut pas la mort, il veut la vie et la vie pour tous. Mais les êtres humains eux veulent souvent la mort, et autour de Jésus, les autorités juives et romaines ont voulu sa mort. Jésus l'accepte non pour plaire au Père, mais pour être en accord avec tout ce qu'est le Père : amour et pardon, refus de toute violence, accueil des plus exclus. A la violence, il répond alors par une demande de pardon !
Lorsque nous parlons du "sacrifice" eucharistique, nous devrions toujours penser au sens premier du mot eucharistie qui est "action de grâce", "remerciement". Pour cet amour qui nous remet tous dans la droite ligne de la bénédiction de Dieu, son pardon, et le pardon mutuel que nous devrions d'abord partager !
Nous rejoignons ainsi l'un des sacrifices les plus fréquents du judaïsme ancien : le sacrifice Todah, sacrifice de louange et d'action de grâce envers Dieu, sacrifice par ailleurs uniquement végétal.
C'est cela que nous venons célébrer en faisant mémoire de la grande action de grâce de Jésus pour l'amour et la volonté de bénédiction du Père !

Posté par Bernadette Kalman (visiteur)

ven 21/02/2025 - 12:15

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Bonjour, suite au chapitre 5 , nous avons travaillé, échangé sur la croix et la place centrale qu'elle occuppe dans la théologie de Paul.
A titre personnel, je ne comprends pas pourquoi Paul dans sa théologie de la croix ne fait jamais référence au serviteur souffrant chez Isaie, en 52:12 ss. ( Serviteur abaissé et exalté comme chez Paul, serviteur méprisé, considéré comme frappé par Dieu... et tout à l'avenant, le Serviteur porte le péché de la multitude...). Figure qui fut interprétée pour penser le mystère du Christ (cf P.Bauchamp). Je trouve cela d'autant plus problématique que l'on considère souvent que le serviteur souffrant a constitué le cadre à partir duquel fut élaboré le nouveau/2ème testament ; peut-être ma question est-elle hors sujet.

Bonjour, Madame,
Non, votre question n'est pas du tout hors sujet, elle est même en plein dans le mille, si je puis dire ! Quelle(s) figure(s) de l'Ecriture ont permis à Paul de dire avec cette vigueur la seigneurie du Crucifié ? Où trouvait-on dans l'Ecriture un Messie souffrant ?
C'est une excellente question, car effectivement la figure est rare. Si vous évoquez les récits de la passion, il est clair que Marc (et Matthieu) s'appuient surtout sur le Psaume 22 (le juste souffrant qui crie vers Dieu, avant de rejoindre le grand chant de louange de l'assemblée), et Luc davantage sur le serviteur souffrant d'Isaïe 52, 13-53, 12 (mais aussi 50, 1-4 etc.) 
Alors Paul ?  Je crois que vous avez raison, le serviteur souffrant n'est pas la figure qu'il privilégie pour dire la croix et l'élévation de Jésus dans la gloire, même si elle est probablement présente en filigrane à l'arrière plan de la parole de la croix,  et davantage dans l'hymne de Philippiens 2, 6-11 (que nous travaillerons en avril).  Ainsi il est probable que l'expression très originale de la "kénôse" ("il s'est vidé") fasse écho à Isaïe 53, 12  ("il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort ) ; le mot "superexalté" de Phl 2, 16 correspond à 52, 13  : "Dieu l'a exalté"; enfin le fait que "tout genou fléchit" devant lui est une reprise d'Isaïe 45, 23.
En fait Paul focalise sur la croix, qui n'apparaît pas comme telle dans les Ecritures juives (le mot n'y est pas, et Paul cite seulement le "pendu au bois" de Dt 21, 23), et sur l'élévation du crucifié dans la gloire de Dieu.
Mais on a pu montrer aussi que Paul s'appliquait volontiers à lui-même la figure du serviteur souffrant. Notamment en Galates 1, 16 où il décrit sa vocation dans les termes d 'Isaïe 49, 1 et Jérémie 1, 1-5, et dans la seconde lettre aux Corinthiens 10-13, où il insiste sur la faiblesse extrême de l'apôtre et tout ce qu'il a souffert et traversé, tandis que la puissance du Christ travaille en lui. Voyez aussi le texte de 1 Corinthiens 4, 9-13.
Je me demande si pour Paul, le serviteur n'est pas celui qui suit le Christ, et se laisse habiter par lui (sans être encore arrivé à l'exaltation/résurrection), mais il s'appuie sur celle du Christ qui le précède (voir Philippiens 3, 8-14).
 

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