Nous aussi, nous avons trouvé extrêmement intéressantes les pages de Daniel Marguerat sur la constitution de la mémoire collective. Dans ce domaine, tous les États reconstruisent plus ou moins leur histoire, dans le but de cimenter l’unité de leur peuple, ou souvent de mieux le dominer. Mais nous avons été frappés par ce qu’il dit du premier traumatisme subi par la jeune chrétienté : la disparition en peu d’années des trois grands témoins qu’étaient Pierre, Paul et Jacques et les choix qui se présentent lorsque la mémoire directe n’existe plus : se fier à l’Esprit ? S’appuyer sur l’enseignement de Jésus préservé par la tradition orale ? Célébrer le Christ exalté sans trop considérer la vie terrestre de Jésus ? Il nous semble que c’est surtout cette troisième voie qui a été adoptée par l’Église et que le contenu des Évangiles, les actes et les enseignements de Jésus sont passés au second plan. Comment expliquer sinon tout ce qui a eu lieu au cours de l’histoire de l’Église, compromissions avec le pouvoir, élimination de ceux qui sortaient du cadre établi, violences, abus, etc. ? Pour plusieurs d’entre nous, notre formation chrétienne a eu lieu entre la dernière guerre et le concile Vatican II. On nous racontait l’histoire sainte (et que Judith coupe la tête d’Holopherne ou que Dieu extermine les premiers-nés de Égyptiens ne nous tracassait pas du tout), on nous parlait beaucoup de Dieu, qui savait tout, voyait tout et nous punirait si nous n’étions pas sages. Mais, à part le « petit Jésus » et sa mort sur la croix, on nous parlait très peu de Jésus. Et il nous a fallu de nombreuses années, après le Concile, pour approcher la Bible, en travailler des textes avec l’aide de chercheurs, de biblistes et d’exégètes, partager notre compréhension des Évangiles, pour enfin faire la connaissance de l’homme Jésus, et découvrir finalement que c’est lui, ses actes, sa parole, qui sont l’essentiel dans toute cette aventure du christianisme. Avec un peu de nostalgie d’avoir dû attendre si longtemps…
Créé par : Chantal - groupe de Bordeaux
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Comme je vous comprends !…
Comme je vous comprends ! Vous décrivez fort bien ce qu'ont vécu beaucoup de catholiques (pas tous !), avec une éducation chrétienne qui avait oublié l'Evangile pour se concentrer sur la divinité de Jésus et une image de Dieu plus maître de morale et culpabilisateur que source de miséricorde, de vie et de joie... Une chance de l'avoir découvert plus tard !
A vrai dire, il me semble qu'il y a toujours eu dans l'histoire du christianisme un mouvement de balancier, avec tantôt une insistance sur l'humanité de Jésus (François d'Assise par exemple) et tantôt une insistance sur sa divinité, voire sur une figure de Pantocratôr terrifiant !
C'est à la fois la richesse du christianisme, et son talon d'Achille. Car les deux tendances ont leur risque : à insister sur la divinité, on a déshumanisé complètement Jésus et en partie fait de Dieu un maître du ciel Tout puissant, un Jupiter ou un Zeus lointain et punissant ; mais inversement le risque, et il est fréquent, est de voir en Jésus un homme récompensé, voire divinisé par sa résurrection, à la manière des demi-dieux grecs !
Je crains qu'après une période où nous avons retrouvé avec tant de bonheur le Jésus de Nazareth, notre "frère aîné" (comme dit Paul !), nous ne retrouvions une période où l'insistance sur sa divinité l'éloigne et où le sacré (et la crainte qu'il engendre) ne reprenne le dessus.
C'est peut-être notre faute : avons-nous suffisamment compris et dit que c'est au plus profond de son humanité fragile et limitée que Jésus manifestait le plus sa divinité ? Que Dieu nous aimait assez pour abandonner en lui toute sa "puissance" et se faire un "Dieu crucifié", d'autant plus divin qu'il va au bout de son amour et s'abandonne à une humanité violente ?
C'est toujours une ligne de crête, et il me semble que nous n'aurons jamais fini de répondre à la question : "et vous qui dites-vous que je suis ?" et de le faire en scrutant l'Ecriture, Ancien et Nouveau Testament, et en prenant à sa suite, autant qu'il est possible, le chemin du don de soi .....