Commentaires
Un grand merci pour votre…
Un grand merci pour votre réponse si chaleureuse, engagée et développée que j'épouse intégralement.
Elle me permet de réaliser à quel point j’ai pu être elliptique et manquer de clarté dans ma question. Ce n’est pas à partir d’une opposition entre l’inoui et l'humble que je ressens à partir du texte un "rétrécissement", mais bien au contraire en ce que précisément il ne fasse pas justice à l'abolition des distances et des distinctions entre l’inoui et l'humilité du quotidien, au fait que Ciel et Terre sont si proches qu’ils ne font qu’un. En somme le texte, ou du moins tel que je le lis, m'éloigne de l'humilité, humilité sanctifiée, pour me tirer vers la banalité. Mais ce n’est qu’un ressenti particulier, et ma lecture est sans doute erronée : il me serait peut être plus judicieux d'approcher l'évangile de Jean comme un tremplin pour la pensée et d’en demander moins au texte comme texte. Je vais essayer de m'y efforcer!
Mais la banalité pourrait…
Mais la banalité pourrait devenir celle du bien ou de la bienveillance quotidienne, du sourire et du courage, sans humilité particulière mais avec simplicité... Cela ferait tout de même de l'inouï !.
Votre question est vraiment…
Votre question est vraiment intéressante... si je suis sûre toutefois de bien la comprendre !
Essayons : il me semble que vous opposez le geste de Jésus (13, 4-5) dont la signification théologique est bouleversante et inouïe (le Fils de Dieu s'humilie et se fait serviteur des êtres humains, Dieu au service des humains) et l'enseignement qu'en tire Jésus pour ses disciples ("c'est un exemple pour que vous aussi.." 13,15) que vous considérez comme "une sagesse, une pratique de vie bonne", et qui vous donne l'impression d'un "rétrécissement" ou d'une "distance trop éloignée de l'acte posé par Jésus" !.
Mais n'est-ce pas justement tout l'enseignement de Jésus (voir les discours qui suivent) qui est mis en scène ici, un enseignement qu'on peut résumer dans le mot "comme" : "comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous aimés, demeurez dans mon amour...voici mon commandement :'aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés'" (15, 9-17) ?
Et si, justement, la façon dont Dieu se révèle à nous était située là exactement : dans le geste qui met au service de l'autre, le geste du serviteur ?
Faut-il vraiment attendre un nouveau Sinaï, une révélation éblouissante et tonitruante... et qui changerait quoi ?
Alors que l'enseignement constant de Jean (évangile et lettres) est exactement là : Dieu est amour, et son amour se révèle dans le geste le plus humble, celui du service du frère. "Et voici son commandement : croire au nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres, comme il nous l'a demandé ; celui qui garde ce commandement demeure en Dieu et Dieu en lui" (1 Jn 3, 23-24).
Alors vraiment je m'interroge : "rétrécissement" ou au contraire élargissement à l'infini, car il nous envoie vers l'ensemble d'une humanité à servir et à aimer. Ce que l'évangile de Jean appelle sans cesse "faire la vérité": agir, le sel moyen de "venir à la lumière de Dieu'' (3,21).
Nous n'avons pas à attendre d'autre manifestation inouïe d'un Dieu qui s'est fait homme et serviteur, que de le vivre et de le donner à voir dans notre propre vie de servie !
Et qui est capable de cet acte de "sagesse" ou de "vie bonne" ? Il y a des hommes et des femmes qui font cela et qui l'ont fait dans l'histoire.
Sont-ils si nombreux ? L'Eglise donne-t-elle vraiment cet exemple au quotidien (je ne parle pas des gestes symboliques posés une fois l'an) ?
Mais si ce petit geste "rétréci" était vécu par tous... l'humanité serait sauvée !